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De : Maël Galisson
“On ne s’habitue jamais” : les sauveteurs en mer de Calais face aux drames
des traversées de la Manche
[image: illustration agrandir l’image] Philippe Darques, président et Régis
Holy, patron de la SNSM de Calais © Radio France - Paola Guzzo
Paola Guzzo https://www.ici.fr/les-equipes/paola-guzzo
Diffusé le jeudi 8 octobre 2026 à 6h32
*Alors que les traversées de la Manche se multiplient et que les drames
s’enchaînent, les sauveteurs de la SNSM de Calais sont en première ligne.
Deux bénévoles racontent les scènes qui les hantent, les vies qu’ils n’ont
pas pu sauver et celles qu’ils ont réussi à arracher à la mer.*
Les tentatives de traversées de la Manche se multiplient, ces derniers
jours. Dans un post publié mercredi sur leurs réseaux sociaux, la SNSM
(Société Nationale de Sauvetage en Mer) de Berck raconte une tentative de
sauvetage survenue dans la nuit de dimanche à lundi, la *mort de deux
exilés* et l’évacuation de 5 blessés, brûlés par l’essence répandue dans
une embarcation qui transportait plus d’une centaine de personnes à son
bord, dont beaucoup de femmes et d’enfants. Les sauveteurs de la SNSM sont
régulièrement confrontés au drame, mais comment vit-on ces évènements quand
le seul but de cette association est de sauver des vies ? Deux bénévoles de
la SNSM de Calais répondent à ICI Nord.
“C’est absolument abominable”
Quand Philippe Darques prend place autour de la grande table du SNSM de
Calais, il affiche un air las et fatigué. Le président de la station de
Calais tente depuis quelques jours d’organiser, ce samedi et “à la bonne
franquette”, l’inauguration d’un petit local qui servira dorénavant à
désengorger leurs bureaux pour stocker du matériel, le tout en prenant
aussi des nouvelles de ses collègues d’autres stations. “*Ces gens qui se
blessent, qui perdent la vie en mer en tentant de passer en
Grande-Bretagne… On ne s’habitue jamais*”, souffle-t-il en référence au
sauvetage, dimanche soir, mené par la SNSM de Berck.
”*J’ai eu le patron de Berck au téléphone ce matin. Il m’a raconté ces
scènes d’horreur, ces blessés, ces morts bien entendu, mais aussi des gens
gravement brûlés, d’un bébé qui a failli perdre la vie”,* relate l’homme au
gilet floqué du nom de son association, “*nous avons découvert que le
mélange entre l’eau de mer et l’essence des bateaux était extrêmement
corrosif. Le patron de Berck me disait qu’en essayant de sortir des gens de
l’embarcation qui était en train de couler, il leur a arraché la peau. Il a
pris quelqu’un par la main, il a eu la peau de la main de cette personne…
Vous vous rendez compte? C’est absolument abominable.”*
35 bénévoles mobilisables à tout moment
Des expériences traumatisantes comme celle-ci, qui nécessitent souvent un
accompagnement psychologique pour les personnes secourues mais aussi pour
les sauveteurs et sauveteuses, le patron de la SNSM de Calais, Régis Holy,
en a vécu d’autres. Le naufrage tragique de novembre 2021, il y a cinq
ans, est encore frais dans sa mémoire. “*J’ai eu la malchance de tomber sur
27 personnes à l’eau, 27 morts*”, se souvient celui qui gère les bateaux à
la SNSM de Calais. *“Vous savez, quand vous êtes dans cet état-là, quand
vous rentrez à la maison, c’est pas le top. On se sent fatigué et on se
sent désolé de ne pas les avoir ramenés vivants.”*
Au sein de la station de Calais, 35 bénévoles sont mobilisables à toute
heure du jour et de la nuit, alors Philippe Darques s’accroche à d’autres
souvenirs, des soirées durant lesquelles des vies ont été sauvées. Son
téléphone à la main, il montre la photo d’un sauveteur en train de donner
un biberon à un bébé enveloppé dans une couverture de survie : “*iI faisait
nuit noire, un vent à décorner les bœufs, comme on dit à Calais. Tout le
monde ce jour-là a été sauvé, y compris ce couple d’Afghans avec leur
bébé”,* raconte le septuagénaire, “*et voyez, cette image d’un sauveteur
français en train de nourrir un bébé afghan blotti contre lui, qui est
passé à un cheveu de la mort… L’image est extraordinaire.”*
Les “pompiers de la mer”
“Nous on est exactement les pompiers de la mer’” renchérit Régis Holy,
surnommé “La grenouille” pour ses capacités de plongeur, “*il y a aussi des
feux que nous devons éteindre, nous sommes des pompiers, mais un peu
invisibles, au loin, au large.”*
”*Il faut bien penser que ces gens viennent de pays en guerre la plupart du
temps, subissent la faim, la pauvreté, ils ont parcouru des milliers de
kilomètres quand ils arrivent sur les côtes du Calaisis. Les côtes
anglaises ne sont qu’à 15 kilomètres, on les voit*“, ajoute Philippe
Darques, “*tout le monde dans l’équipage se dit : ‘Si j’étais à leur place,
qu’est ce que je ferais ?‘” On ferait la même chose, on prendrait sous
notre bras nos enfants, nos femmes et on tenterait aussi cette traversée,
aussi dangereuse soit-elle.“*