Fwd: [Jungles] "On ne s'habitue jamais" : les sauveteurs en mer de Calais face aux drames des traversées de la Manche [France bleu, 8.10.2026]

miladyrenoirmiladyrenoir
2026-10-12 12:22

———- Forwarded message ———

De : Maël Galisson

https://www.ici.fr/emissions/l-info-d-ici-ici-nord/deux-migrants-morts-au-large-de-la-manche-on-ne-s-habitue-jamais-reagit-la-snsm-de-calais-5778690

“On ne s’habitue jamais” : les sauveteurs en mer de Calais face aux drames

des traversées de la Manche

[image: illustration agrandir l’image] Philippe Darques, président et Régis

Holy, patron de la SNSM de Calais © Radio France - Paola Guzzo

Paola Guzzo https://www.ici.fr/les-equipes/paola-guzzo

Diffusé le jeudi 8 octobre 2026 à 6h32

*Alors que les traversées de la Manche se multiplient et que les drames

s’enchaînent, les sauveteurs de la SNSM de Calais sont en première ligne.

Deux bénévoles racontent les scènes qui les hantent, les vies qu’ils n’ont

pas pu sauver et celles qu’ils ont réussi à arracher à la mer.*

Les tentatives de traversées de la Manche se multiplient, ces derniers

jours. Dans un post publié mercredi sur leurs réseaux sociaux, la SNSM

(Société Nationale de Sauvetage en Mer) de Berck raconte une tentative de

sauvetage survenue dans la nuit de dimanche à lundi, la *mort de deux

exilés* et l’évacuation de 5 blessés, brûlés par l’essence répandue dans

une embarcation qui transportait plus d’une centaine de personnes à son

bord, dont beaucoup de femmes et d’enfants. Les sauveteurs de la SNSM sont

régulièrement confrontés au drame, mais comment vit-on ces évènements quand

le seul but de cette association est de sauver des vies ? Deux bénévoles de

la SNSM de Calais répondent à ICI Nord.

“C’est absolument abominable”

Quand Philippe Darques prend place autour de la grande table du SNSM de

Calais, il affiche un air las et fatigué. Le président de la station de

Calais tente depuis quelques jours d’organiser, ce samedi et “à la bonne

franquette”, l’inauguration d’un petit local qui servira dorénavant à

désengorger leurs bureaux pour stocker du matériel, le tout en prenant

aussi des nouvelles de ses collègues d’autres stations. “*Ces gens qui se

blessent, qui perdent la vie en mer en tentant de passer en

Grande-Bretagne… On ne s’habitue jamais*”, souffle-t-il en référence au

sauvetage, dimanche soir, mené par la SNSM de Berck.

”*J’ai eu le patron de Berck au téléphone ce matin. Il m’a raconté ces

scènes d’horreur, ces blessés, ces morts bien entendu, mais aussi des gens

gravement brûlés, d’un bébé qui a failli perdre la vie”,* relate l’homme au

gilet floqué du nom de son association, “*nous avons découvert que le

mélange entre l’eau de mer et l’essence des bateaux était extrêmement

corrosif. Le patron de Berck me disait qu’en essayant de sortir des gens de

l’embarcation qui était en train de couler, il leur a arraché la peau. Il a

pris quelqu’un par la main, il a eu la peau de la main de cette personne…

Vous vous rendez compte? C’est absolument abominable.”*

35 bénévoles mobilisables à tout moment

Des expériences traumatisantes comme celle-ci, qui nécessitent souvent un

accompagnement psychologique pour les personnes secourues mais aussi pour

les sauveteurs et sauveteuses, le patron de la SNSM de Calais, Régis Holy,

en a vécu d’autres. Le naufrage tragique de novembre 2021, il y a cinq

ans, est encore frais dans sa mémoire. “*J’ai eu la malchance de tomber sur

27 personnes à l’eau, 27 morts*”, se souvient celui qui gère les bateaux à

la SNSM de Calais. *“Vous savez, quand vous êtes dans cet état-là, quand

vous rentrez à la maison, c’est pas le top. On se sent fatigué et on se

sent désolé de ne pas les avoir ramenés vivants.”*

Au sein de la station de Calais, 35 bénévoles sont mobilisables à toute

heure du jour et de la nuit, alors Philippe Darques s’accroche à d’autres

souvenirs, des soirées durant lesquelles des vies ont été sauvées. Son

téléphone à la main, il montre la photo d’un sauveteur en train de donner

un biberon à un bébé enveloppé dans une couverture de survie : “*iI faisait

nuit noire, un vent à décorner les bœufs, comme on dit à Calais. Tout le

monde ce jour-là a été sauvé, y compris ce couple d’Afghans avec leur

bébé”,* raconte le septuagénaire, “*et voyez, cette image d’un sauveteur

français en train de nourrir un bébé afghan blotti contre lui, qui est

passé à un cheveu de la mort… L’image est extraordinaire.”*

Les “pompiers de la mer”

“Nous on est exactement les pompiers de la mer’” renchérit Régis Holy,

surnommé “La grenouille” pour ses capacités de plongeur, “*il y a aussi des

feux que nous devons éteindre, nous sommes des pompiers, mais un peu

invisibles, au loin, au large.”*

”*Il faut bien penser que ces gens viennent de pays en guerre la plupart du

temps, subissent la faim, la pauvreté, ils ont parcouru des milliers de

kilomètres quand ils arrivent sur les côtes du Calaisis. Les côtes

anglaises ne sont qu’à 15 kilomètres, on les voit*“, ajoute Philippe

Darques, “*tout le monde dans l’équipage se dit : ‘Si j’étais à leur place,

qu’est ce que je ferais ?‘” On ferait la même chose, on prendrait sous

notre bras nos enfants, nos femmes et on tenterait aussi cette traversée,

aussi dangereuse soit-elle.“*