Dans Soleil d’Hiver, Gregory Dargent compose les nuances d’un deuil

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2026-9-3 10:23

Dans Soleil d’Hiver, Gregory Dargent compose les nuances d’un deuil -

01 septembre 2026 •

Écrit par Lou Tsatsas https://fisheyemagazine.fr/auteur/lou-tsatsas/

[image: Dans Soleil d’Hiver, Gregory Dargent compose les nuances d’un deuil]

© Gregory Dargent

Publié aux éditions Le Mulet, Soleil d’Hiver se lit comme un récit intime

croisant la perte, l’exil et les liens que l’on noue. Une œuvre à la poésie

viscérale, composée par le photographe et musicien Gregory Dargent.

Soleil d’Hiver est né du deuil. Celui de Gregory Dargent, à la mort de sa

mère, en 2019, mais aussi celui de son père, bouleversé par la disparition

de sa femme qui fait surgir en lui un besoin de parler d’un autre

déchirement : son départ d’Alger lorsqu’il était enfant. *« C’est au retour

du funérarium qu’il me parla clairement, pour la première fois, du pont du

bateau, des côtes de l’Algérie dont il s’éloigne pour ne jamais y

retourner, et de son sentiment de solitude face à la mer »,* se souvient le

photographe. Quelques mois plus tard, celui-ci développe une pellicule,

restée logée dans un de ses boîtiers. Elle lui dévoile deux images

saisissantes : sa mère morte, en robe blanche avant son incinération, et

l’écume des vagues lors de son arrivée sur le territoire. Un diptyque

convoquant le chagrin double, qui devient alors source d’inspiration. *«

J’ai ensuite lu Nostalgie, histoire d’une émotion mortelle de Thomas

Dodman, dans lequel l’historien raconte que la nostalgie était considérée

comme une malade potentiellement transmissible. Je suis ainsi parti de

cette hypothèse : avais-je été contaminé par la nostalgie tue de mon père ?

»,* explique-t-il.

[image: personne près d’une balustrade]© Gregory DargentRenforcer la

connexion

Musicien et photographe, c’est naturellement que Gregory Dargent tisse des

ponts entre sa pratique instrumentale et visuelle. Deux approches

habituellement aux antipodes l’une de l’autre : si, pour lui, la

composition se vit en groupe, l’image est foncièrement solitaire. Pour *Soleil

d’Hiver*, cependant, l’artiste fait évoluer sa démarche : il crée une

performance live en solo, exercice profondément intime à l’origine *de «

déflagrations sonores et visuelles furieuses »*. Ses photographies, quant à

elles, sont le fruit d’un échange longuement attendu avec son père, après

des années de mutisme*. « Pendant des mois, je lui rendais visite avec un

sac rempli de boîtiers et de films, mais le courage me manquait. Il y a un

an, exactement, je lui ai enfin demandé, et la réponse fut aussi simple que

mes peurs étaient grandes »*, confie-t-il. En juillet 2023, finalement, un

événement renforce davantage encore cette connexion : après dix-huit

voyages en Algérie, Gregory Dargent se voit refuser l’entrée sur le

territoire. Impuissant, il aperçoit à son tour la baie d’Alger s’éloigner,

la mer le séparer de son pays d’origine.

[image: abstraction en noir et blanc]© Gregory Dargent

[image: chats noirs sur une montagne de déchets]© Gregory Dargent

[image: personne de dos]© Gregory Dargent

L’intime devenu universel

Dans Soleil d’Hiver, les séquences en noir et blanc jalonnent l’ouvrage.

Elles disent la peur de l’effacement, les ruines d’une identité arrachée.

Çà et là, comme une rupture de rythme, des clichés en couleurs dynamitent

l’obscurité*. « Comme des blasts soudains, soubresauts du réel face à mes

questions. Des villes embrasées, un joueur d’oud ressemblant à mon père

dans un monde onirique, un livre finissant dans les flammes »,*commente

Gregory Dargent. En filigrane, il y a la quête intime qui ambitionne de

devenir universelle, la mélancolie d’une enfance égarée, le besoin de

réparation d’une histoire, d’une relation, ou bien d’un souvenir. Il y a

des questions, évoquées avec une poésie noire, granuleuse, et des réponses

sous la forme de morceaux instrumentaux. Il y *a « un exil vécu jeune, un

passé silencieux, des deuils, nos héritages et la vie nous poussant,

peut-être, dans certaines directions sans que nous ne comprenions

réellement leur sens »,* conclut l’auteur.

[image: paysage expérimental]© Gregory Dargent[image: paysage en noir et

blanc]© Gregory Dargent[image: paysage urbain]© Gregory Dargent