Fwd: [đŸ—ŁïžDiscussion-Migreurop] SĂ©nĂ©gal : l'Union europĂ©enne construit deux centres pour les exilĂ©s interceptĂ©s ou secourus dans l'Atlantique (Infomigrants)

miladyrenoirmiladyrenoir
2026-8-31 08:48

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De : Claire Rodier claire.rodier@free.fr

SĂ©nĂ©gal : l’Union europĂ©enne construit deux centres pour les exilĂ©s

interceptĂ©s ou secourus dans l’Atlantique

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https://www.infomigrants.net/fr/post/73331/senegal–lunion-europeenne-construit-deux-centres-pour-les-exiles-interceptes-ou-secourus-dans-latlantique#

Par MaĂŻa Courtois https://www.infomigrants.net/fr/author/maia%20courtois/

Infomigrants 28/08/2026

https://www.infomigrants.net/fr/post/73331/senegal–lunion-europeenne-construit-deux-centres-pour-les-exiles-interceptes-ou-secourus-dans-latlantique

Deux centres pour personnes migrantes au SĂ©nĂ©gal, dont l’ouverture est

prĂ©vue pour l’un en 2026, pour l’autre en 2027, sont financĂ©s par l’Union

europĂ©enne. L’objectif affichĂ© est de garantir le bon dĂ©roulement des

procédures administratives post-interceptions et post-sauvetages, avec la

protection des publics les plus vulnérables. Mais des risques de

transformation Ă  des fins de dĂ©tention, dans le cadre des enquĂȘtes sur les

passeurs, existent.

Un premier centre d’accueil temporaire pour migrants au SĂ©nĂ©gal financĂ© par

l’Union europĂ©enne (UE), en cours de construction, va ĂȘtre rendu

opĂ©rationnel d’ici la fin de l’annĂ©e. Un second va suivre dans le courant

de l’annĂ©e 2027. Les deux visent Ă  recevoir les personnes exilĂ©es secourues

ou interceptées en mer par les autorités du pays.

Le premier centre, dont les travaux sont en cours “depuis dĂ©but 2026”, sera

situĂ© Ă  Dakar mĂȘme. Le second est prĂ©vu dans la rĂ©gion de Saint-Louis, au

nord du pays, proche de la frontiĂšre avec la Mauritanie, selon les

informations du site spécialisé Africa Intelligence, confirmées par

InfoMigrants auprÚs de la Commission européenne. Les travaux débuteront

trĂšs prochainement.

Si l’UE ne participera pas à la gestion quotidienne des lieux, il s’agit

bien d’un projet de la Direction gĂ©nĂ©rale de la migration et des affaires

intĂ©rieures (DG Home) de l’Union europĂ©enne, avec une enveloppe financiĂšre

dĂ©diĂ©e. Le partenariat opĂ©rationnel mis en Ɠuvre au SĂ©nĂ©gal, qui comprend

la construction de ces centres mais aussi d’autres types de soutien

matĂ©riel, est “dotĂ© d’une enveloppe totale de 35,75 millions d’euros”,

précise la Commission.

Des centres qui aident les autorités à retenir les migrants

post-interceptions

Mais Ă  quoi servent ces deux centres, et pourquoi cet intĂ©rĂȘt de l’Union

europĂ©enne dans leur financement ? Pour le comprendre, il faut s’intĂ©resser

à ce qu’il se passe dans les suites des interceptions et secours en mer

menés par les autorités sénégalaises. En théorie, les autorités ont le

droit de détenir pendant 72 à 96 heures les passagers secourus ou

interceptĂ©s dans l’Atlantique. Dans la pratique, les autoritĂ©s locales

n’ont pas d’espace suffisant pour hĂ©berger les gens dans les locaux de

police, explique une analyse de l’ONG StateWatch parue fin 2025

https://statewatch.org/analyses/2025/exporting-carceral-migration-management-30-million-from-the-eu-to-senegal-for-migration-control/

sur

ce sujet.

D’autant que les embarcations contiennent parfois plus d’une centaine,

voire plusieurs centaines, de passagers. Échappant aux locaux de police,

“les migrants se fondent souvent dans la population locale, ce qui ralentit

l’enquĂȘte et empĂȘche d’apporter un soutien adaptĂ© aux victimes”, observait

l’Organisation internationale des migrations (OIM) dans un rapport de 2022

https://dtm.iom.int/es/node/26096. Les autorités ont parfois recouru à

des infrastructures informelles comme des salles de classe, note l’OIM.

[image: Des migrants secourus par la Marine nationale sénégalaise, le 22

mai 2026. Crédit : Marine nationale sénégalaise]Des migrants secourus par

la Marine nationale sénégalaise, le 22 mai 2026. Crédit : Marine nationale

sénégalaise

La construction de ces deux centres financĂ©s par l’UE rĂ©pond donc, d’abord,

Ă  “un besoin exprimĂ© par les autoritĂ©s sĂ©nĂ©galaises, qui souhaitaient

disposer d’un mĂ©canisme national capable d’assurer une meilleure

organisation de l’accueil et de l’orientation des personnes secourues en

mer”, assume le porte-parolat de la Commission europĂ©enne.

La durĂ©e d’hĂ©bergement y sera limitĂ©e Ă  “72 heures”, indique encore la mĂȘme

source. Une durĂ©e pouvant cependant ĂȘtre prolongĂ©e “par l’autoritĂ©

sénégalaise compétente dans certaines circonstances exceptionnelles liées à

des vulnérabilités spécifiques, à des besoins en matiÚre de santé ou de

protection.”

A LIRE AUSSI

Sur la route des Canaries, les traversées avec passeurs sont perçues comme

“moins chĂšres” et “plus simples” malgrĂ© les risques

https://www.infomigrants.net/fr/post/71781/sur-la-route-des-canaries-les-traversees-avec-passeurs-sont-percues-comme-moins-cheres-et-plus-simples-malgre-les-risques

Mais que se passe-t-il ensuite, Ă  l’intĂ©rieur de ces centres ? La

Commission, qui qualifie bien ces infrastructures de centres d’accueil, met

en avant un objectif humanitaire : “Venir en aide aux migrants dùs leur

dĂ©barquement sur le territoire sĂ©nĂ©galais”. Avec une attention particuliĂšre

portée aux mineurs non accompagnés, femmes enceintes, victimes de traite ou

encore demandeurs d’asile.

Ceci étant, dans la pratique, les 72 heures de rétention permettent aux

autorités de procéder à des interrogatoires de passagers pour savoir, par

exemple, qui était le pilote du bateau, ou dans quelles circonstances a eu

lieu la tentative de traversĂ©e, explique l’analyse de StateWatch.

Entre passeurs et migrants, une frontiÚre floue dans la loi sénégalaise

DĂšs lors, les ONG craignent que ces centres servent, au-delĂ  de leur

objectif initial d’accueil affichĂ©, de lieux d’enquĂȘte sur les passeurs

voire de dĂ©tention prolongĂ©e. Le SĂ©nĂ©gal pĂ©nalise l’acte de “migration

illĂ©gale”, via une loi adoptĂ©e en mai 2005. L’article 4 spĂ©cifie : “Est

punie de 5 à 10 ans d’emprisonnement et d’une amende de 1 000 000 à 5 000

000 [de francs CFA] la migration clandestine organisée par terre, mer ou

air; que le territoire national serve de zone d’origine, de transit ou de

destination.”

Or, ce terme de “migration clandestine” a une acception large - voire

floue, selon plusieurs ONG et enquĂȘtes journalistiques. Le mĂ©dia

d’investigation Follow the money

https://www.ftm.eu/articles/ordinary-people-caught-up-in-eu-migrant-crackdown-in-senegal

a

par exemple démontré comment cette loi sénégalaise de 2005 pouvait aboutir

Ă  des condamnations de personnes exilĂ©es elles-mĂȘmes. Un rapport de Human

Rights Watch (HRW) dĂ©taille la mĂȘme problĂ©matique avec le recours Ă  des

centres d’un modĂšle similaire, financĂ©s par l’UE, dĂ©veloppĂ©s en Mauritanie

https://www.hrw.org/report/2025/08/27/they-accused-me-of-trying-to-go-to-europe/migration-control-abuses-and-eu

.

[image: Vue d’ensemble d’une plage surnommĂ©e “l’aĂ©roport” – un point de

dĂ©part utilisĂ© par les migrants tentant de rejoindre l’Europe via la route

de l’Atlantique – Ă  Mbour, au SĂ©nĂ©gal, le 9 mars 2026. CrĂ©dit : Patrick

Meinhardt / AFP]Vue d’ensemble d’une plage surnommĂ©e “l’aĂ©roport” – un

point de dĂ©part utilisĂ© par les migrants tentant de rejoindre l’Europe via

la route de l’Atlantique – Ă  Mbour, au SĂ©nĂ©gal, le 9 mars 2026. CrĂ©dit :

Patrick Meinhardt / AFP

Comme le rappellent rĂ©guliĂšrement plusieurs ONG, Ă  l’instar du rĂ©seau PICUM

(Plateforme pour la coopération internationale sur les migrants sans

papiers), les poursuites engagĂ©es Ă  l’encontre des migrants enfreignent

“les articles 5 et 16 du Protocole des Nations Unies contre le trafic

illicite de migrants, qui interdisent le recours à la législation

anti-trafic Ă  l’encontre des migrants eux-mĂȘmes”.

Mais dans le texte, la loi sĂ©nĂ©galaise de 2005 “n’empĂȘche pas la

pénalisation de migrants, en contradiction avec ce protocole des Nations

Unies”, souligne Leonie Jegen, doctorante pour la recherche en sciences

politiques Ă  l’UniversitĂ© d’Amsterdam, jointe par InfoMigrants.

C’est que ce type de convention internationale n’est pas contraignant

juridiquement. “Il y a eu des tentatives de rĂ©former la loi depuis 2018,

afin de l’aligner davantage sur ce protocole des Nations Unies. Il existe

mĂȘme un avant-projet de loi relatif Ă  la lutte contre le trafic illicite de

migrants adoptĂ© au niveau technique. Mais cette rĂ©forme n’a pas encore Ă©tĂ©

conclue”, retrace la chercheuse, qui travaille depuis plusieurs annĂ©es sur

l’externalisation des politiques migratoires europĂ©ennes, notamment en

Afrique de l’Ouest.

“PossibilitĂ© de dĂ©tention”

“ReplacĂ©s dans leur contexte”, les centres d’accueil financĂ©s par l’UE dans

des pays tiers “rĂ©vĂšlent un risque trĂšs Ă©levĂ© que les ‘interceptions Ă  des

fins de recherche et de sauvetage’ se transforment en ‘interceptions à des

fins de dĂ©tention’”, estime l’analyse de StateWatch. Il existe selon l’ONG

un “risque important” que ces nouveaux centres d’accueil temporaire “se

transforment de facto en centres de dĂ©tention”.

De fait, la note conceptuelle de la Commission européenne

https://statewatch.org/wp-content/uploads/2026/06/flexible-mechanism-for-migration-and-forced-displacement-in-sub-saharan-africa-prC3A9vention-de-la-migration-irrC3A9guliC3A8re-depuis-le-sC3A9nC3A9gal.pdf

datée

d’octobre 2024 Ă  l’origine du projet, rĂ©vĂ©lĂ©e par StateWatch, mentionne

“une zone distincte pour les passeurs / trafiquants prĂ©sumĂ©s”. Une zone

dĂ©diĂ©e aux “auditions” et Ă  la “possibilitĂ© de dĂ©tention”, selon la note.

Interrogée à ce sujet, le porte-parole de la Commission ne confirme pas

spĂ©cifiquement l’existence de ces zones, mais laisse aux autoritĂ©s

sénégalaises la latitude de la gestion administrative des lieux.

“L’objectif de ces centres est de garantir que, pendant le dĂ©roulement des

procĂ©dures administratives habituelles, les personnes bĂ©nĂ©ficient d’une

protection, d’une assistance et d’un enregistrement dans des conditions

dignes et sĂ»res”, explique la Commission.

De plus, l’instance europĂ©enne invoque la signature d’un “contrat

spécifique signé début 2026 avec la Commission nationale des droits de

l’Homme, une tierce partie indĂ©pendante”, afin de garantir que les

activitĂ©s de gestion de ces centres “respectent et prĂ©servent les droits de

l’Homme”. “Ces centres ne sont pas destinĂ©s Ă  offrir un hĂ©bergement Ă  long

terme et ne sont liĂ©s Ă  aucune procĂ©dure de retour”, rĂ©affirme le

porte-parole.

Externalisation du contrĂŽle migratoire

La note conceptuelle d’octobre 2024 indique que l’UE a initialement prĂ©vu

de financer la construction de quatre centres d’accueil du mĂȘme type.

InterrogĂ©e aux sujets des deux autres centres potentiels, la Commission n’a

pas apportĂ© d’élĂ©ments de rĂ©ponse.

Le site spécialisé Africa Intelligence rappelle que ces structures

s’inscrivent dans une “stratĂ©gie d’externalisation du contrĂŽle migratoire

promue par Bruxelles dans la rĂ©gion”. Ce mĂ©dia Ă©voque une “discussion

Ă©largie entre Dakar et Bruxelles en vue d’un partenariat plus global”

notamment “lors de la venue d’une mission de haut niveau de l’UE au SĂ©nĂ©gal

en mars”. Ainsi qu’un investissement matĂ©riel : le SĂ©nĂ©gal a rĂ©ceptionnĂ© 11

vedettes neuves et six reconditionnĂ©es en ce mĂȘme mois de mars, pour mener

les opĂ©rations de secours et d’interception en mer.

A LIRE AUSSI

Les centres de rĂ©tentions italiens en Albanie “mettent en pĂ©ril la

sĂ©curitĂ©, la libertĂ© et les droits” des migrants, selon Amnesty

International

https://www.infomigrants.net/fr/post/73236/les-centres-de-retentions-italiens-en-albanie-mettent-en-peril-la-securite-la-liberte-et-les-droits-des-migrants-selon-amnesty-international

Le nouveau Pacte migratoire européen, entré en vigueur en juin, accélÚre

ces dynamiques d’externalisation du contrĂŽle migratoire europĂ©en. “L’un des

changements principaux prĂ©vus, c’est la crĂ©ation de ‘hubs de retours’.

Selon le MMC [Centre sur la migration mixte, un centre de recherche

internationale basé à Dakar, ndlr], le Sénégal était évoqué par plusieurs

sources comme partenaire potentiel pour la mise en place de ces centres de

retour”, commente Leonie Jegen.

“SĂ©nĂ©gal, Ghana, Mauritanie, Rwanda, OuzbĂ©kistan
 De nombreuses pistes

d’États partenaires circulent, sans confirmation Ă  ce stade”, prĂ©cisait Ă 

ce sujet FranceInfo

https://www.franceinfo.fr/monde/europe/union-europeenne/que-sont-les-hubs-de-retour-ces-centres-dans-des-pays-tiers-que-vient-d-approuver-l-ue-et-qui-pourraientt-accueillir-des-migrants-expulses_8016236.html,

citant la spécialiste Ravenna Sohst, analyste au centre de recherche

Migration Policy Institute Europe. InterrogĂ© sur l’existence ou non de

négociations avec le Sénégal à ce sujet, le porte-parolat de la Commission

europĂ©enne n’a pas rĂ©pondu.

Quoi qu’il en soit, cette externalisation du contrĂŽle migratoire “bĂ©nĂ©ficie

Ă  beaucoup d’acteurs, puisqu’elle va de pair avec de l’argent dĂ©bloquĂ© pour

des projets de dĂ©veloppement”, rappelle la chercheuse.

En revanche, pour la société civile sénégalaise, cette politique reste

“trĂšs opaque”. Ces derniĂšres annĂ©es, des manifestations publiques ont dĂ©jĂ 

eu lieu contre les restrictions mises par l’UE sur les dĂ©livrances des

visas, qui sont un levier fort de négociations pour les Européens face à

l’État sĂ©nĂ©galais. Ou encore, contre la prĂ©sence de Frontex.

L’agence des gardes-frontiĂšres europĂ©ens n’opĂšre plus dans le pays depuis

  1. Mais selon des documents produits par l’UE en juin 2022 et analysĂ©s

notamment par la presse sénégalaise

https://dialoguemigration.com/en/news/eu-senegal-focus-on-frontex-and-its-impunity-protocol-to-curb-irregular-migration-candidates/,

les autorités européennes cherchent à redéployer Frontex au Sénégal. Pour

l’heure, l’organisation dĂ©ploie des vols de surveillance au-dessus des eaux

voisines du Cap-Vert, afin de garder un Ɠil sur la route de l’Atlantique.

Les premiÚres opérations ont été officiellement lancées en novembre 2025

https://www.frontex.europa.eu/media-centre/news/news-release/frontex-and-cabo-verde-launch-aerial-surveillance-to-strengthen-maritime-awareness-and-save-lives-at-sea-c0uEB1

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