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De : Claire Rodier claire.rodier@free.fr
SĂ©nĂ©gal : lâUnion europĂ©enne construit deux centres pour les exilĂ©s
interceptĂ©s ou secourus dans lâAtlantique
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Par MaĂŻa Courtois https://www.infomigrants.net/fr/author/maia%20courtois/
Infomigrants 28/08/2026
Deux centres pour personnes migrantes au SĂ©nĂ©gal, dont lâouverture est
prĂ©vue pour lâun en 2026, pour lâautre en 2027, sont financĂ©s par lâUnion
europĂ©enne. Lâobjectif affichĂ© est de garantir le bon dĂ©roulement des
procédures administratives post-interceptions et post-sauvetages, avec la
protection des publics les plus vulnérables. Mais des risques de
transformation Ă des fins de dĂ©tention, dans le cadre des enquĂȘtes sur les
passeurs, existent.
Un premier centre dâaccueil temporaire pour migrants au SĂ©nĂ©gal financĂ© par
lâUnion europĂ©enne (UE), en cours de construction, va ĂȘtre rendu
opĂ©rationnel dâici la fin de lâannĂ©e. Un second va suivre dans le courant
de lâannĂ©e 2027. Les deux visent Ă recevoir les personnes exilĂ©es secourues
ou interceptées en mer par les autorités du pays.
Le premier centre, dont les travaux sont en cours âdepuis dĂ©but 2026â, sera
situĂ© Ă Dakar mĂȘme. Le second est prĂ©vu dans la rĂ©gion de Saint-Louis, au
nord du pays, proche de la frontiĂšre avec la Mauritanie, selon les
informations du site spécialisé Africa Intelligence, confirmées par
InfoMigrants auprÚs de la Commission européenne. Les travaux débuteront
trĂšs prochainement.
Si lâUE ne participera pas Ă la gestion quotidienne des lieux, il sâagit
bien dâun projet de la Direction gĂ©nĂ©rale de la migration et des affaires
intĂ©rieures (DG Home) de lâUnion europĂ©enne, avec une enveloppe financiĂšre
dĂ©diĂ©e. Le partenariat opĂ©rationnel mis en Ćuvre au SĂ©nĂ©gal, qui comprend
la construction de ces centres mais aussi dâautres types de soutien
matĂ©riel, est âdotĂ© dâune enveloppe totale de 35,75 millions dâeurosâ,
précise la Commission.
Des centres qui aident les autorités à retenir les migrants
post-interceptions
Mais Ă quoi servent ces deux centres, et pourquoi cet intĂ©rĂȘt de lâUnion
europĂ©enne dans leur financement ? Pour le comprendre, il faut sâintĂ©resser
Ă ce quâil se passe dans les suites des interceptions et secours en mer
menés par les autorités sénégalaises. En théorie, les autorités ont le
droit de détenir pendant 72 à 96 heures les passagers secourus ou
interceptĂ©s dans lâAtlantique. Dans la pratique, les autoritĂ©s locales
nâont pas dâespace suffisant pour hĂ©berger les gens dans les locaux de
police, explique une analyse de lâONG StateWatch parue fin 2025
sur
ce sujet.
Dâautant que les embarcations contiennent parfois plus dâune centaine,
voire plusieurs centaines, de passagers. Ăchappant aux locaux de police,
âles migrants se fondent souvent dans la population locale, ce qui ralentit
lâenquĂȘte et empĂȘche dâapporter un soutien adaptĂ© aux victimesâ, observait
lâOrganisation internationale des migrations (OIM) dans un rapport de 2022
https://dtm.iom.int/es/node/26096. Les autoritĂ©s ont parfois recouru Ă
des infrastructures informelles comme des salles de classe, note lâOIM.
[image: Des migrants secourus par la Marine nationale sénégalaise, le 22
mai 2026. Crédit : Marine nationale sénégalaise]Des migrants secourus par
la Marine nationale sénégalaise, le 22 mai 2026. Crédit : Marine nationale
sénégalaise
La construction de ces deux centres financĂ©s par lâUE rĂ©pond donc, dâabord,
Ă âun besoin exprimĂ© par les autoritĂ©s sĂ©nĂ©galaises, qui souhaitaient
disposer dâun mĂ©canisme national capable dâassurer une meilleure
organisation de lâaccueil et de lâorientation des personnes secourues en
merâ, assume le porte-parolat de la Commission europĂ©enne.
La durĂ©e dâhĂ©bergement y sera limitĂ©e Ă â72 heuresâ, indique encore la mĂȘme
source. Une durĂ©e pouvant cependant ĂȘtre prolongĂ©e âpar lâautoritĂ©
sĂ©nĂ©galaise compĂ©tente dans certaines circonstances exceptionnelles liĂ©es Ă
des vulnérabilités spécifiques, à des besoins en matiÚre de santé ou de
protection.â
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Sur la route des Canaries, les traversées avec passeurs sont perçues comme
âmoins chĂšresâ et âplus simplesâ malgrĂ© les risques
Mais que se passe-t-il ensuite, Ă lâintĂ©rieur de ces centres ? La
Commission, qui qualifie bien ces infrastructures de centres dâaccueil, met
en avant un objectif humanitaire : âVenir en aide aux migrants dĂšs leur
dĂ©barquement sur le territoire sĂ©nĂ©galaisâ. Avec une attention particuliĂšre
portée aux mineurs non accompagnés, femmes enceintes, victimes de traite ou
encore demandeurs dâasile.
Ceci étant, dans la pratique, les 72 heures de rétention permettent aux
autorités de procéder à des interrogatoires de passagers pour savoir, par
exemple, qui était le pilote du bateau, ou dans quelles circonstances a eu
lieu la tentative de traversĂ©e, explique lâanalyse de StateWatch.
Entre passeurs et migrants, une frontiÚre floue dans la loi sénégalaise
DĂšs lors, les ONG craignent que ces centres servent, au-delĂ de leur
objectif initial dâaccueil affichĂ©, de lieux dâenquĂȘte sur les passeurs
voire de dĂ©tention prolongĂ©e. Le SĂ©nĂ©gal pĂ©nalise lâacte de âmigration
illĂ©galeâ, via une loi adoptĂ©e en mai 2005. Lâarticle 4 spĂ©cifie : âEst
punie de 5 Ă 10 ans dâemprisonnement et dâune amende de 1 000 000 Ă 5 000
000 [de francs CFA] la migration clandestine organisée par terre, mer ou
air; que le territoire national serve de zone dâorigine, de transit ou de
destination.â
Or, ce terme de âmigration clandestineâ a une acception large - voire
floue, selon plusieurs ONG et enquĂȘtes journalistiques. Le mĂ©dia
dâinvestigation Follow the money
https://www.ftm.eu/articles/ordinary-people-caught-up-in-eu-migrant-crackdown-in-senegal
a
par exemple démontré comment cette loi sénégalaise de 2005 pouvait aboutir
Ă des condamnations de personnes exilĂ©es elles-mĂȘmes. Un rapport de Human
Rights Watch (HRW) dĂ©taille la mĂȘme problĂ©matique avec le recours Ă des
centres dâun modĂšle similaire, financĂ©s par lâUE, dĂ©veloppĂ©s en Mauritanie
.
[image: Vue dâensemble dâune plage surnommĂ©e âlâaĂ©roportâ â un point de
dĂ©part utilisĂ© par les migrants tentant de rejoindre lâEurope via la route
de lâAtlantique â Ă Mbour, au SĂ©nĂ©gal, le 9 mars 2026. CrĂ©dit : Patrick
Meinhardt / AFP]Vue dâensemble dâune plage surnommĂ©e âlâaĂ©roportâ â un
point de dĂ©part utilisĂ© par les migrants tentant de rejoindre lâEurope via
la route de lâAtlantique â Ă Mbour, au SĂ©nĂ©gal, le 9 mars 2026. CrĂ©dit :
Patrick Meinhardt / AFP
Comme le rappellent rĂ©guliĂšrement plusieurs ONG, Ă lâinstar du rĂ©seau PICUM
(Plateforme pour la coopération internationale sur les migrants sans
papiers), les poursuites engagĂ©es Ă lâencontre des migrants enfreignent
âles articles 5 et 16 du Protocole des Nations Unies contre le trafic
illicite de migrants, qui interdisent le recours à la législation
anti-trafic Ă lâencontre des migrants eux-mĂȘmesâ.
Mais dans le texte, la loi sĂ©nĂ©galaise de 2005 ânâempĂȘche pas la
pénalisation de migrants, en contradiction avec ce protocole des Nations
Uniesâ, souligne Leonie Jegen, doctorante pour la recherche en sciences
politiques Ă lâUniversitĂ© dâAmsterdam, jointe par InfoMigrants.
Câest que ce type de convention internationale nâest pas contraignant
juridiquement. âIl y a eu des tentatives de rĂ©former la loi depuis 2018,
afin de lâaligner davantage sur ce protocole des Nations Unies. Il existe
mĂȘme un avant-projet de loi relatif Ă la lutte contre le trafic illicite de
migrants adoptĂ© au niveau technique. Mais cette rĂ©forme nâa pas encore Ă©tĂ©
conclueâ, retrace la chercheuse, qui travaille depuis plusieurs annĂ©es sur
lâexternalisation des politiques migratoires europĂ©ennes, notamment en
Afrique de lâOuest.
âPossibilitĂ© de dĂ©tentionâ
âReplacĂ©s dans leur contexteâ, les centres dâaccueil financĂ©s par lâUE dans
des pays tiers ârĂ©vĂšlent un risque trĂšs Ă©levĂ© que les âinterceptions Ă des
fins de recherche et de sauvetageâ se transforment en âinterceptions Ă des
fins de dĂ©tentionââ, estime lâanalyse de StateWatch. Il existe selon lâONG
un ârisque importantâ que ces nouveaux centres dâaccueil temporaire âse
transforment de facto en centres de dĂ©tentionâ.
De fait, la note conceptuelle de la Commission européenne
datée
dâoctobre 2024 Ă lâorigine du projet, rĂ©vĂ©lĂ©e par StateWatch, mentionne
âune zone distincte pour les passeurs / trafiquants prĂ©sumĂ©sâ. Une zone
dĂ©diĂ©e aux âauditionsâ et Ă la âpossibilitĂ© de dĂ©tentionâ, selon la note.
Interrogée à ce sujet, le porte-parole de la Commission ne confirme pas
spĂ©cifiquement lâexistence de ces zones, mais laisse aux autoritĂ©s
sénégalaises la latitude de la gestion administrative des lieux.
âLâobjectif de ces centres est de garantir que, pendant le dĂ©roulement des
procĂ©dures administratives habituelles, les personnes bĂ©nĂ©ficient dâune
protection, dâune assistance et dâun enregistrement dans des conditions
dignes et sĂ»resâ, explique la Commission.
De plus, lâinstance europĂ©enne invoque la signature dâun âcontrat
spécifique signé début 2026 avec la Commission nationale des droits de
lâHomme, une tierce partie indĂ©pendanteâ, afin de garantir que les
activitĂ©s de gestion de ces centres ârespectent et prĂ©servent les droits de
lâHommeâ. âCes centres ne sont pas destinĂ©s Ă offrir un hĂ©bergement Ă long
terme et ne sont liĂ©s Ă aucune procĂ©dure de retourâ, rĂ©affirme le
porte-parole.
Externalisation du contrĂŽle migratoire
La note conceptuelle dâoctobre 2024 indique que lâUE a initialement prĂ©vu
de financer la construction de quatre centres dâaccueil du mĂȘme type.
InterrogĂ©e aux sujets des deux autres centres potentiels, la Commission nâa
pas apportĂ© dâĂ©lĂ©ments de rĂ©ponse.
Le site spécialisé Africa Intelligence rappelle que ces structures
sâinscrivent dans une âstratĂ©gie dâexternalisation du contrĂŽle migratoire
promue par Bruxelles dans la rĂ©gionâ. Ce mĂ©dia Ă©voque une âdiscussion
Ă©largie entre Dakar et Bruxelles en vue dâun partenariat plus globalâ
notamment âlors de la venue dâune mission de haut niveau de lâUE au SĂ©nĂ©gal
en marsâ. Ainsi quâun investissement matĂ©riel : le SĂ©nĂ©gal a rĂ©ceptionnĂ© 11
vedettes neuves et six reconditionnĂ©es en ce mĂȘme mois de mars, pour mener
les opĂ©rations de secours et dâinterception en mer.
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Les centres de rĂ©tentions italiens en Albanie âmettent en pĂ©ril la
sĂ©curitĂ©, la libertĂ© et les droitsâ des migrants, selon Amnesty
International
Le nouveau Pacte migratoire européen, entré en vigueur en juin, accélÚre
ces dynamiques dâexternalisation du contrĂŽle migratoire europĂ©en. âLâun des
changements principaux prĂ©vus, câest la crĂ©ation de âhubs de retoursâ.
Selon le MMC [Centre sur la migration mixte, un centre de recherche
internationale basé à Dakar, ndlr], le Sénégal était évoqué par plusieurs
sources comme partenaire potentiel pour la mise en place de ces centres de
retourâ, commente Leonie Jegen.
âSĂ©nĂ©gal, Ghana, Mauritanie, Rwanda, OuzbĂ©kistan⊠De nombreuses pistes
dâĂtats partenaires circulent, sans confirmation Ă ce stadeâ, prĂ©cisait Ă
ce sujet FranceInfo
citant la spécialiste Ravenna Sohst, analyste au centre de recherche
Migration Policy Institute Europe. InterrogĂ© sur lâexistence ou non de
négociations avec le Sénégal à ce sujet, le porte-parolat de la Commission
europĂ©enne nâa pas rĂ©pondu.
Quoi quâil en soit, cette externalisation du contrĂŽle migratoire âbĂ©nĂ©ficie
Ă beaucoup dâacteurs, puisquâelle va de pair avec de lâargent dĂ©bloquĂ© pour
des projets de dĂ©veloppementâ, rappelle la chercheuse.
En revanche, pour la société civile sénégalaise, cette politique reste
âtrĂšs opaqueâ. Ces derniĂšres annĂ©es, des manifestations publiques ont dĂ©jĂ
eu lieu contre les restrictions mises par lâUE sur les dĂ©livrances des
visas, qui sont un levier fort de nĂ©gociations pour les EuropĂ©ens face Ă
lâĂtat sĂ©nĂ©galais. Ou encore, contre la prĂ©sence de Frontex.
Lâagence des gardes-frontiĂšres europĂ©ens nâopĂšre plus dans le pays depuis
notamment par la presse sénégalaise
les autorités européennes cherchent à redéployer Frontex au Sénégal. Pour
lâheure, lâorganisation dĂ©ploie des vols de surveillance au-dessus des eaux
voisines du Cap-Vert, afin de garder un Ćil sur la route de lâAtlantique.
Les premiÚres opérations ont été officiellement lancées en novembre 2025
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