Fwd: [Jungles] Côte d’Opale : touristes à la plage, migrants sur le départ et l’extrême droite en embuscade [Médiapart, 30.07.2026]

miladyrenoirmiladyrenoir
2026-7-31 17:19

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De : Maël Galisson

https://www.mediapart.fr/journal/france/300726/cote-d-opale-touristes-la-plage-migrants-sur-le-depart-et-l-extreme-droite-en-embuscade

Côte d’Opale : touristes à la plage, migrants sur le départ et l’extrême

droite en embuscade

*“Alors que des exilés espèrent obtenir un « taxi-boat » pour rejoindre

l’Angleterre, des influenceurs britanniques filment les départs. Dans

l’eau, certains tiennent des propos xénophobes, se rapprochent du bateau et

posent des questions. Objectif : provoquer, enregistrer les réactions et

faire le buzz.*

Édouard Bride https://www.mediapart.fr/biographie/edouard-bride

30 juillet 2026 à 19h21

Côte d’Opale (Pas-de-Calais).– Mercredi 29 juillet, 7 heures du matin. La

protection civile, seule association mandatée par la préfecture, traverse à

vive allure la station balnéaire de Wimereux. À La Pointe aux Oies, un

groupe d’une trentaine d’exilé·es a passé quatre heures dans l’eau. Il y a

là des hommes, des femmes et des enfants.

Sur un parking, à la hâte, les rescapé·es sont pris·es en charge par les

secouristes de l’association. On dresse un barnum, on les rhabille. Quatre

enfants en état d’hypothermie ont été secourus par les pompiers un peu plus

tôt. Utopia 56 et le collectif citoyen « Alors on aide »

https://www.facebook.com/p/Alors-On-Aide-Hardelot-61580348231500/,

organisations qui viennent en aide aux exilé·es, sont là aussi pour

assister les naufragé·es.

La scène est banale sur la Côte d’Opale. Ces temps-ci, les traversées de

personnes migrantes vers l’Angleterre s’effectuent de plus en plus au sud

de Calais pour éviter les contrôles.

[image: Illustration 1]

Cette famille koweïtienne a tenté treize fois la traversée en bateau vers

la Manche. Sylvie Baudelet, du collectif citoyen Alors on Aide, réconforte

la mère de famille enceinte de quatre mois, le 29 juillet 2026, à La Pointe

aux Oies. © Photo Édouard Bride / Hans Lucas pour Mediapart

L’une des familles, dont la fille de 14 ans est handicapée et ne peut pas

marcher sur le sable – son père doit la porter sur ses épaules et la hisser

ensuite sur le bateau –, dit en être à sa treizième tentative de traversée.

Elle a été accueillie plusieurs nuits par un réseau d’hébergeurs

solidaires. Le 115 ici n’accepte pas les personnes en situation

irrégulière, comme l’a révélé Mediapart

https://www.mediapart.fr/journal/france/220224/dans-le-pas-de-calais-la-preference-nationale-est-deja-l-oeuvre-pour-l-hebergement-d-urgence-des-exiles.

Cette famille koweïtienne, dont la mère est enceinte de quatre mois, sera

emmenée cette fois-ci à l’hôtel sur décision de la préfecture. Le reste du

groupe repart sur les routes, en errance.

Dans l’attente du « taxi-boat »

Simultanément, près de trente kilomètres plus au sud, à Hardelot, un groupe

d’une soixantaine d’exilé·es est bloqué par les gendarmes au niveau des

dunes. Adultes et enfants patientent, sous le soleil, gilets de sauvetage

sur le dos. Avec les beaux jours et dans l’espoir d’une mer calme, beaucoup

de familles tentent la traversée. L’accord franco-britannique baptisé « one

in, one out

https://www.mediapart.fr/journal/international/100725/la-france-et-le-royaume-uni-veulent-s-echanger-des-vies-humaines-pour-combattre-l-immigration

»

https://www.mediapart.fr/journal/international/100725/la-france-et-le-royaume-uni-veulent-s-echanger-des-vies-humaines-pour-combattre-l-immigration,

reconduit en juin, n’y change rien. Ils et elles attendent leur

« taxi-boat », ces embarcations légères parties de la baie de Somme qui

longent les côtes pour récupérer leurs passagers et passagères directement

dans l’eau, avant de mettre le cap sur l’Angleterre.

Quatre bénévoles de l’association locale Opal’Exil proposent leur aide. Les

gendarmes acceptent qu’elles installent leurs tables pliantes sur le sable,

au pied des immeubles de tourisme. Pain, lait, compotes, confiture et eau.

On sert les enfants, par dizaines, en premier. Les touristes, en maillot de

bain, observent la scène, médusé·es. Plusieurs apportent discrètement des

bouteilles d’eau aux bénévoles.

[image: Illustration 2]

Sur la plage d’Hardelot (Pas-de-Calais), des personnes exilées attendent un

« taxi-boat » sous l’œil des touristes, le 29 juillet 2026. © Photo Édouard

Bride / Hans Lucas pour Mediapart

D’autres personnes migrantes s’approchent. Elles aussi attendent un

« taxi-boat » et ont toutes passé plusieurs jours dans les forêts des

alentours, loin des campements de Calais et de Dunkerque, dans l’attente

d’une fenêtre météo favorable.

Brigitte, bénévole de 67 ans, soigne les plaies d’un Afghan à l’ombre des

immeubles. *« Ces gens sont déglingués. Ils manquent et ils souffrent de

tout. On est là parce que rien n’est fait pour eux. Pas même les besoins

vitaux comme boire, manger, être changé quand on est tombé à l’eau. »*

Quelques minutes plus tard, ce mercredi, une centaine de personnes

s’enfoncent dans l’eau. Le pneumatique arrive, charge ses passagers dans la

cohue où chacun joue sa vie. Tous n’ont pas de gilet de sauvetage. Un homme

boit la tasse, regagne le rivage torse nu sur le sable. Il prie. Les

secours en mer ramènent les personnes qui n’ont pas pu se hisser sur

l’embarcation.

À bord de ce petit canot, une femme hurle, ses cris déchirent la plage.

Elle n’a pas pu partir. Mais ses enfants sont dans le bateau en partance

pour l’Angleterre, seuls. Les bénévoles d’Opal’Exil s’approchent, tentent

de la rassurer. Les secours vont tenter de rattraper le bateau et récupérer

ses enfants. Plusieurs adolescent·es et enfants sont ensuite ramené·es à

terre, mais pas les siens. Touristes, gendarmes et photographes se mêlent à

la scène.

[image: Illustration 3]

Des bénévoles de l’association locale Opal’Exil réconfortent une mère dont

les enfants sont partis à bord d’un « taxi-boat » vers l’Angleterre, le 29

juillet 2026, à Hardelot. © Photo Édouard Bride / Hans Lucas pour Mediapart

Cent mètres plus loin, le « taxi-boat » s’arrête. Avarie moteur. À dix

mètres du rivage, les exilé·es attendent que le moteur reparte. Les

vidéastes et photographes se rapprochent. Chris Philp, député conservateur

britannique, se filme de l’eau jusqu’aux genoux, face caméra, avec les

exilé·es dans son dos. Il se recoiffe un brin et, pour ses followers,

raconte : *« Regardez, ces migrants illégaux vont arriver chez nous et la

police française ne fait rien. »*

Questionnés par Mediapart, les gendarmes expliquent qu’ils

n’interviennent pas « à partir du moment où le bateau flotte ». *« Ce

n’est plus de notre ressort. Ça dépend de la préfecture maritime. On

n’arrête pas les bateaux quand ils sont à l’eau. »*

Sur la plage, des touristes et l’extrême droite britannique

Dans l’eau, d’autres vidéastes, dont certains sont d’extrême droite et

tiennent des propos xénophobes, se rapprochent du bateau, posent des

questions. Les exilé·es saisissent le piège, leur hurlent de partir,

jettent un gilet de sauvetage. Le ton monte. Les gendarmes, qui ont ordre

de rester sur la terre ferme, assènent des ordres en anglais pour appeler

au calme. Les associations présentes (les quatre femmes d’Opal’Exil et

trois bénévoles d’Utopia 56) entrent dans l’eau, font écran de leurs corps

sans violence devant les caméras.

[image: Illustration 4]

Alors que le « taxi-boat » est en panne, touristes et journalistes filment

la scène. © Photo Edouard Bride / Hans Lucas pour Mediapart

La présence de militant·es d’extrême droite anti-immigration sur le sol

français est régulièrement observée depuis plusieurs mois. Avec parfois des

violences à la clé envers les exilé·es. La technique est simple : provoquer

et filmer leurs réactions pour faire le buzz. Le 23 juillet, un influenceur

anglais, « The Nowhere Photographer », a par exemple filmé à leur insu des

bénévoles en train de distribuer des vivres à des naufragé·es. Tournées sur

un ton martial, ses vidéos accusent les associations d’aide au passage – ce

dont elles se défendent.

Trente minutes plus tard, après s’être arrêté devant les dunes d’Hardelot,

alors que les esprits s’échauffent sur la plage, le bateau repart dans les

cris de joie des exilé·es. Entre-temps, la mère de famille a réussi à se

hisser à bord pour retrouver ses enfants. Quelques heures plus tard, leur

bateau atteindra bien la côte, escorté par la marine française jusqu’aux

eaux britanniques.

Brigitte, Cindy, Nathalie et Émilie, d’Opal’Exil

https://www.instagram.com/opalexil/, replient leurs tables. Des manteaux,

des sacs à dos jonchent le sol. Elles en récupèrent une partie pour leurs

futures maraudes, nettoient les déchets. Elles repartent ensuite dans leurs

voitures chargées de vivres et de vêtements secs à la rencontre d’un autre

groupe de 90 personnes, sans eau ni nourriture, dans les dunes de

Sainte-Cécile, 12 kilomètres plus au sud.

Plus tard sur cette même plage d’Hardelot, dans la nuit, un homme est mort

en tentant de monter à bord d’un autre « taxi-boat ». Trois autres corps de

personnes exilées ont été découverts à Dunkerque le lendemain, jeudi 30

juillet. ”