Fwd: [ℹ️Info-Migreurop] Frise chronologique interactive des réformes migratoires européennes

miladyrenoirmiladyrenoir
2026-7-3 15:19

De : Sarah Bachellerie via info-reseau info-reseau@liste.migreurop.org

Bonjour à tou·tes,

Nous venons de publier sur le site de Migreurop le travail réalisé par

Jeanne Olivet au terme de son volontariat à Migreurop-Euromed Droits,

qu’elle a réalisé à Bruxelles entre octobre 2025 et mai 2026.

Il s’agit d’une* frise chronologique interactive *retraçant les dernières

législations européennes en matière de migration (2023-2026) accompagnée

d’une *analyse sur l’accélération et la brutalisation des réformes

migratoires européennes. *Cette frise est un outil très utile pour avoir

une vue d’ensemble des dernières réformes européennes passées (Pacte,

Règlement retour, réforme des concepts de “pays tiers sûrs” et “pays

d’origine sûrs”, etc); et de celles qui sont à venir, et comprendre leur

articulation. Sur la gauche, en cliquant sur les différents dossiers ou les

types d’actes, vous pouvez choisir de faire apparaître ceux qui vous

intéressent plus particulièrement et mener vos recherches.

*Pour lire l’article en entier, cliquez ici (en français

https://migreurop.org/article3594.html?lang_article=fr, en anglai

https://migreurop.org/article3598.html?var_mode=calculs). Pour voir la

frise en plein écran, cliquez ici (en français

https://migreurop.org/frise_legislative_migration_UE_v21.html, en

anglais) https://migreurop.org/eu-migration-legislation-timeline-en.html.

FR *https://migreurop.org/frise_legislative_migration_UE_v21.html

30 juin 2026

Accélération et brutalisation des réformes migratoires : une chronologie

des législations européennes (2023-2026)

Dans le cadre de son volontariat avec Migreurop et Euromed Droits à

Bruxelles (novembre 2025-mai 2026), Jeanne Olivet a suivi les négociations

des réformes migratoires européennes. Par cette frise chronologique, elle

donne à voir l’accélération et la brutalisation des politiques migratoires

de l’UE. Elle propose également une analyse des dynamiques à l’œuvre au

sein des institutions européennes qui poussent vers des mesures de plus en

plus répressives.

*Dernière mise à jour : 25/06/2026. Pour afficher la frise en page

entière, cliquez https://migreurop.org/frise_legislative_migration_UE_v21.html

https://migreurop.org/frise_legislative_migration_UE_v21.html *

Analyse de la frise chronologique

2025-2026 : Un enchaînement ininterrompu de réformes attentatoires aux

droits

Cette frise chronologique des évolutions législatives européennes documente

l’ensemble des textes adoptés ou en cours de négociation au sein des

institutions européennes, dans le prolongement du Pacte européen sur la

migration et l’asile. Le Pacte a été adopté le 14 mai 2024 et est entré en

application le 12 juin 2026. Composé de neuf règlements et d’une directive [

1 https://migreurop.org/article3594.html?lang_article=fr#nb1] *(voir la

frise - possibilité de rendre visible chaque règlement ou de le masquer)*,

ce Pacte est censé constituer une refonte d’ensemble du cadre juridique

européen en matière migratoire. Il marque le début de nombreuses réformes

législatives en matière d’immigration et d’asile à l’échelle européenne.

Depuis, une série de réformes majeures a été adoptée de façon expéditive.

Dès le printemps 2025, trois nouveaux textes majeurs ont été proposés

le règlement

« retour » (mars 2025), la création d’une liste européenne de pays

d’origine « sûrs » (avril 2025) et la réforme du concept de pays tiers

« sûrs » (mai 2025). Ces deux derniers ont été adoptés conjointement moins

d’un an plus tard, en février 2026. Le règlement « retour » a quant à lui

été adopté le mercredi 17 juin 2026, à la suite de négociations

particulièrement rapides (position du Parlement adoptée en mars 2026, fin

des négociations en trilogues le 1er juin 2026).

La première liste européenne de pays d’origine « sûrs » *(voir dans la

frise, le dossier “Asile – pays d’origine sûrs”) *comprenant le Bangladesh,

la Colombie, l’Égypte, le Kosovo, l’Inde, le Maroc et la Tunisie ouvre la

voie à l’obligation de procédures accélérées pour les ressortissant·e·s de

ces pays, en affaiblissant ainsi leurs garanties procédurales. Le même

jour, l’élargissement du concept de pays tiers sûr* (voir dossier “Asile –

pays tiers sûrs”) *était entériné. Cette notion n’est pas nouvelle :

auparavant, un lien de connexion entre la personne et le pays (nationalité,

transit ou séjour) était nécessaire. Désormais, ce lien n’est plus requis,

et un simple accord ou arrangement entre États membres (ou l’UE) et États

tiers suffit, y compris vers des pays que la personne concernée n’a jamais

foulé. La catégorie de « pays sûr » devient ainsi un outil pour permettre

aux États européens de s’affranchir de leurs obligations internationales

plutôt qu’une garantie de protection effective.

Le nouveau règlement « retour » (voir dossier “Retour”) marque un

durcissement significatif des règles de détention et d’expulsion des

personnes étrangères. L’enfermement devient généralisé avec un

élargissement des motifs et des catégories de personnes concernées, y

compris pour les personnes dites vulnérables. La durée maximale de

détention est portée de 18 à 24 mois, avec des possibilités de prolongation

en cas de menace à l’ordre public ou à la sécurité nationale. De plus, le

règlement ‘retour’ permet le renvoi vers des plateformes d’expulsion

(return hubs) à l’extérieur et hors du contrôle de l’UE pour y envoyer de

force les personnes expulsées du territoire européen, dans le cadre

d’accords formels ou informels conclus entre États membres ou l’UE et États

“tiers” [2 https://migreurop.org/article3594.html?lang_article=fr#nb2].

Cette succession de réformes portent les attaques envers les droits des

personnes migrantes à un niveau sans précédent dans l’histoire de l’Union

européenne, en donnant un feu vert aux velléités les plus répressives des

États membres. La frise chronologique ci-dessus permet de comprendre

comment, ces dernières années, les reconfigurations de l’espace

institutionnel européen ont permis cette brutalisation des politiques

migratoires.

2024 : Un basculement historique inédit en faveur de l’extrême droite

Les concepts mobilisés dans ces dernières réformes s’inscrivent dans la

continuité historique des politiques de l’UE en matière migratoire. Pays

« sûrs », procédures accélérées, externalisation des procédures d’asile et

de l’expulsion : ces idées ne sont pas nouvelles, mais reviennent de

manière cyclique depuis plus de vingt ans. Dès 2003, Tony Blair proposait

déjà des centres de traitement des demandes d’asile hors de l’UE,

proposition reprise entre autres en 2015 par Viktor Orbán sous forme de

« camps de réfugiés hors de l’UE » [3

https://migreurop.org/article3594.html?lang_article=fr#nb3].

Jusqu’à récemment, ces propositions étaient bloquées ou atténuées par une

opposition politique et sociale suffisamment forte. En 2016, la réforme du

régime d’asile européen commun proposée par la Commission, puis celle du

règlement Dublin III, n’avait pas abouti. De même, la réforme de la

directive retour en 2018 était restée paralysée pendant plusieurs années,

grâce à une résistance politique permettant de préserver les garanties

liées aux droits fondamentaux.

Aujourd’hui, cette résistance a cédé. Ce basculement tient à une

recomposition politique majeure opérée lors des élections européennes de

juin 2024, qui ont marqué un net virage à droite du Parlement européen. Le

PPE (Parti Populaire Européen) s’est imposé comme premier groupe avec 188

sièges, tandis que les Patriotes pour l’Europe devenaient la troisième

force politique du Parlement avec 85 sièges. Sur les questions migratoires,

ces deux blocs convergent : durcissement des conditions d’accès à la

protection internationale, criminalisation accrue des migrations,

réaffirmation de la souveraineté des États face aux obligations issues du

droit international. Ce consensus se retrouve également à la Commission

européenne, incarné par le Commissaire aux Affaires intérieures Magnus

Brunner, qui défend notamment l’élargissement des compétences de Frontex et

l’amélioration de l’interopérabilité des fichiers biométriques, comme le

prévoit le Pacte. L’espace institutionnel dans les instances européennes

pour une opposition fondée sur les droits humains s’en trouve aujourd’hui

structurellement réduit, ce qui explique que ces réformes soient adoptées

sans aucune difficulté.

Avant 2024, les partis modérés au sein du Parlement européen refusaient de

s’allier aux groupes d’extrême droite, que ce soit sur des votes, des

résolutions ou des nominations. Ce cordon sanitaire a sauté, comme le

montre l’accélération des négociations européennes sur les dossiers

migratoires. Le PPE n’hésite plus à former des coalitions avec les partis

d’extrême droite pour faire adopter des textes, comme l’a démontré le vote

sur le règlement “retour” en Commission LIBE, où une alliance inédite

PPE–EfP [4 https://migreurop.org/article3594.html?lang_article=fr#nb4]–ECR

[5 https://migreurop.org/article3594.html?lang_article=fr#nb5]–ESN [6

https://migreurop.org/article3594.html?lang_article=fr#nb6] a permis

l’adoption d’un texte plus restrictif que celui initialement proposé par le

rapporteur M.Azmani du groupe Renew.

Ce glissement n’est pas apparu du jour au lendemain. Il est le produit

d’une normalisation progressive, sur trente ans, de récits qui associent

migration, insécurité et criminalité. Cela avait déjà donné lieu auparavant

à des “paquets asile”, ancêtres du Pacte, en 2003 et 2013 permettant la

création de systèmes de contrôle et de surveillance comme Eurodac [7

https://migreurop.org/article3594.html?lang_article=fr#nb7], ou encore la

création de l’agence européenne de garde-côtes et garde-frontières Frontex [

8 https://migreurop.org/article3594.html?lang_article=fr#nb8]. En

inscrivant ces représentations à l’agenda politique, et désormais

législatif, les décideur·euse·s ont créé les conditions de production de

textes législatifs dans l’urgence, s’affranchissant des exigences

démocratiques, notamment la réalisation d’études d’impact.

2023-2026 : Des négociations sous pression qui renforcent et élargissent

l’externalisation

Si les États membres de l’Union européenne peinent structurellement à

s’accorder sur certaines questions migratoires comme sur le système de

solidarité et les quotas de relocalisation, un point de convergence s’est

progressivement imposé : l’externalisation. Déléguer le contrôle migratoire

à des pays tiers, traiter les demandes d’asile hors du territoire européen,

conditionner l’aide au développement à la coopération en matière de

retours : voilà ce sur quoi des États aux traditions politiques différentes

parviennent à s’entendre. C’est précisément ce consensus qui explique la

rapidité avec laquelle les textes post-Pacte ont été adoptés *(voir la

frise). *L’externalisation est le fil conducteur dans l’ensemble des

présidences récentes du Conseil.

La présidence espagnole (second semestre 2023) s’est fixé pour objectif de

boucler les trilogues sur le Pacte avant la fin du mandat du Parlement

européen, en juin 2024 (voir dossier “Pacte : vue d’ensemble”). C’est

sous cette pression calendaire qu’un accord a été trouvé le 20 décembre

2023 (voir : “Accord du parlement et du conseil de l’UE sur 5 textes”). De

toute évidence, ce rythme soutenu n’a pas permis un examen approfondi des

impacts de chaque règlement, et notamment des volets sur l’externalisation

(comme le démontre la frise, pas d’étude d’impact et pas d’accord sur les

concepts de “pays sûrs”, qui a été reporté à plus tard, en 2026).

La présidence danoise (second semestre 2025) a poussé cette logique plus

loin encore. Le Danemark, l’un des États membres les plus engagés dans la

recherche de solutions “innovantes” (ayant envisagé tour à tour le

traitement des demandes d’asile sur une île danoise et un accord avec le

Rwanda en 2021 [9

https://migreurop.org/article3594.html?lang_article=fr#nb9]), s’est fixé

pour objectif de faire adopter la position du Conseil avant l’expiration de

sa présidence le 31 décembre 2025. L’agenda politique national danois, et

ses ambitions propres en matière d’externalisation, ont ainsi directement

conditionné le tempo élevé de la réforme du règlement retour et les

réformes des concepts de “pays tiers sûr” et “pays d’origine sûr”, aux

conséquences majeures pour les droits fondamentaux *(voir : dossier

“Retour”, et dossiers “Asile”).*

La présidence chypriote (premier semestre 2026) prolonge cette trajectoire

en se positionnant comme une « présidence de mise en œuvre ». Son ambition

centrale est de conclure le trilogue concernant le règlement ‘retour’ en

valorisant ses éléments les plus coercitifs : allongement des durées de

rétention, élargissement des motifs de détention, renforcement des

décisions de renvoi exécutoires (voir : dossier “Retour”). Chypre, qui a

enregistré le troisième nombre d’expulsions le plus élevé de l’Union au

troisième trimestre 2025, assume pleinement cette orientation.

Ce que ces trois présidences ont en commun, c’est d’avoir mobilisé leur

mandat pour faire progresser, dans l’urgence, un projet de l’Union

européenne qui externalise ses frontières tout en organisant un

désengagement progressif de ses obligations juridiques.

Deuxième semestre 2026 : les textes à surveiller

L’agenda législatif européen en matière migratoire ne s’arrête pas aux

textes déjà adoptés. Plusieurs chantiers en cours méritent une attention

particulière, car ils pourraient prolonger et approfondir les dynamiques

décrites ici.

La directive facilitation* (voir : dossier “Facilitation”)*, qui porte sur

la criminalisation de l’aide aux personnes exilées, est l’un des dossiers

les plus sensibles. Dans sa version actuelle, elle risque de fragiliser

davantage le travail des associations et des individus qui viennent en aide

aux personnes en migration, en élargissant les situations pouvant être

qualifiées pénalement d’aide à l’entrée ou au séjour irrégulier.

Les deux règlements policiers en discussion *(voir : dossier “Frontex” et

dossier “Europol 2026”)* constituent un autre terrain à surveiller. Ils

s’inscrivent dans une logique de sécurisation accrue des frontières et de

coopération policière renforcée sur les questions migratoires ; une

orientation lisible dans les arbitrages budgétaires, où les dépenses liées

au contrôle aux frontières et aux retours devraient capter près de 49 % du

budget des agences de Justice et affaires intérieures de l’Union européenne.

En particulier, la réforme du mandat de Frontex (voir : dossier “Frontex”),

prévue pour 2026 et portée par le Commissaire Magnus Brunner, vise à

élargir les compétences et les moyens (humains, financiers, matériels) de

l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes. Si cette

révision aboutit dans le sens souhaité par la Commission, elle renforcera

encore davantage le volet sécuritaire et extérieure de la politique

migratoire européenne.

Sur chacun de ces textes, la question de la majorité parlementaire sera

déterminante. L’alliance entre le PPE et les groupes d’extrême droite, qui

a été expérimentée sur le règlement “retour”, pourrait se reconstituer,

reconfigurant durablement les équilibres législatifs au Parlement européen

sur l’ensemble du champ migratoire et sécuritaire.

Texte écrit par Jeanne Olivet, le 25 mai 2026.