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De : Maël Galisson
lemonde.fr/international/article/2026/06/23/migration-un-premier-pas-vers-une-europeanisation-de-la-gestion-des-traversees-de-la-manche_6708581_3210.html
Migration : un premier pas vers une européanisation de la gestion des
traversées de la Manche
(« Un dedans, un dehors ») expire en octobre, la Commission européenne a
présenté un plan d’action dans lequel la France salue une reconnaissance du
caractère européen de ce dossier. *
Par Philippe Jacqué http:///signataires/philippe-jacque/ (Bruxelles,
bureau européen) et Julia Pascual http:///signataires/julia-pascual/
Publié hier à 10h07, modifié hier à 12h13
Il faut lire entre les lignes. Le plan d’action publié le 18 juin par la
Commission européenne sur « la route de la Manche » ressemble à une
énième revue de mesures opérationnelles déjà éculées, et de vœux pieux pour
lutter contre les traversées du détroit du Pas-de-Calais par des migrants à
bord de canots pneumatiques de fortune.
Ce plan est une victoire politique, modeste mais réelle, de la France qui
tâche d’européaniser la gestion de sa frontière avec la Grande-Bretagne
depuis le Brexit, voté par référendum il y a dix ans jour pour jour, le
23 juin 2016.
*« C’est la première fois qu’un document de la Commission entérine le fait
qu’il s’agit d’un problème européen. C’est fondamental »*, souligne une
source Place Beauvau, sous le couvert de l’anonymat.
Après la publication du texte, la France, la Belgique, l’Allemagne et les
Pays-Bas ont salué, dans un communiqué commun, *« une étape importante de
la stratégie à l’échelle européenne de prévention de l’immigration
irrégulière transmanche »*. Que Berlin, Amsterdam et Bruxelles s’associent
à Paris crédibilise la démarche diplomatique.
Le principe d’un retour vers la France
L’annonce du plan d’action va de pair avec la fin programmée, en octobre,
de l’accord migratoire franco-britannique « One in, one out » (« Un dedans,
un dehors »). Conclu en juillet 2025, lors d’une visite d’Etat d’Emmanuel
Macron au premier ministre britannique Keir Starmer, qui a démissionné
lundi 22 juin
l’accord bilatéral prévoit que des migrants ayant traversé la Manche
peuvent être renvoyés en France. En contrepartie de quoi, et sur une base
réciproque, Londres accepte d’accueillir sur son territoire des demandeurs
d’asile se trouvant en transit en France.
Cet accord actait pour la première fois le principe d’un retour vers
l’Hexagone de personnes refoulées du Royaume-Uni. Il s’inscrivait dans des
négociations plus larges, qui ont notamment permis à la France d’obtenir,
en avril, une nouvelle enveloppe de plus de 750 millions d’euros, versés
entre 2026 et 2029 par Londres pour renforcer la frontière.
Le bilan du « One in, one out » est toutefois assez modeste. Selon nos
informations, au 18 juin, un peu plus de 1 100 personnes ont été réadmises
en France, parmi lesquelles une majorité de ressortissants érythréens,
afghans, soudanais, iraniens et somaliens. Des volumes faibles, rapportés
aux plus de 10 000 personnes qui ont rejoint l’Angleterre en *« small
boats »* depuis le début de l’année – et plus de 200 000 depuis fin 2018 et
l’apparition de ce phénomène.
En outre, les associations de défense des migrants sont très critiques,
telle Médecins sans frontières, qui dénonce *« un marchandage cynique de
vies humaines »*. L’ONG intervient auprès des personnes renvoyées en France
après, notamment, une consultation psychologique, et décrit chez elles
des *« troubles
de stress aigu »* et une « désorientation », de sorte que si elles sont
censées pouvoir demander l’asile en France, dans les faits, une partie
d’entre elles disparaît aussitôt.
Pour Londres et Paris, l’objectif affiché était de dissuader les personnes
d’entreprendre une traversée de la Manche. « C’est être un peu naïf,
relativise une source policière.* On a une baisse des départs depuis les
plages de l’ordre de 40 % depuis le début de l’année, mais c’est à mettre
en regard avec la baisse massive des arrivées en Europe. »*
« Une logique de petits pas »
Les entrées irrégulières sur le continent ont en effet été observées, ainsi
qu’une chute du même ordre de grandeur, selon les données de l’agence
européenne Frontex. Londres a néanmoins maintenu la pression pour obtenir
la prorogation du « One in, one out », dans un contexte où Keir Starmer
était fragilisé sur la scène politique nationale.
Mais d’après la source Place Beauvau citée plus haut, l’accord ne se
prolongera pas au-delà d’octobre, et le plan d’action annoncé par la
Commission le 18 juin a vocation à se substituer à l’approche
bilatérale : *« C’est
une première étape. On est sur une logique de petits pas. »* Sollicité, le
ministère de l’intérieur n’a pas confirmé.
Si la France s’accroche toujours à l’objectif d’un accord migratoire global
entre l’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni, qui prévoirait des
réadmissions vers l’UE et des voies légales pour des demandeurs d’asile qui
ont des attaches outre-Manche, la copie se tient très éloignée de cette
perspective. Pour cause : les Etats du sud de l’Europe, étant aussi les
Etats d’entrée sur le continent, y sont hostiles car ils redoutent de subir
ces réadmissions. Dès lors, la Commission européenne, qui assure être *« au
service de tous les Etats »* en matière migratoire, n’entend pas s’engager
sur ce terrain tant qu’aucun compromis n’est trouvé entre eux.
Le plan d’action s’en tient donc à évoquer sommairement des efforts communs
en matière de diplomatie migratoire, de lutte contre les réseaux de
passeurs et de contrôle de la frontière au travers, notamment, des moyens
de Frontex. Là encore, les effets réels sont limités. Si le ministère de
l’intérieur français a demandé quelque 300 effectifs « Frontex » sur le
littoral nord, rien ne présage une quelconque concrétisation, et ils ne
sont que quelques dizaines déployés à ce jour.
Le 22 juillet, l’UE et le Royaume-Uni se retrouveront pour un sommet à
Bruxelles. L’immigration devrait être à l’ordre du jour des discussions.”