Fwd: [Jungles] Aux procès de passeurs, faute de parties civiles, la voix des victimes n’existe pas [La Voix du nord, 10.06.2026]

miladyrenoirmiladyrenoir
2026-6-11 09:39

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De : Maël Galisson

https://www.lavoixdunord.fr/1711082/article/2026-06-10/aux-proces-de-passeurs-faute-de-parties-civiles-la-voix-des-victimes-n-existe

La Voix du Nord (site web)

Dunkerque, mercredi 10 juin 2026 767 words

*Aux procès de passeurs, faute de parties civiles, la voix des victimes

n’existe pas *

Aicha Noui

*Dans les procès des réseaux de passeurs, comme celui qui s’est ouvert à

Dunkerque ce 11 juin, il y a une constante, la voix des victimes n’est

jamais entendue ni défendue, et absente des débats, faute de constitution

de parties civiles. *

Rola Al Mayali, 7 ans, Dina Ratham Shafi, 24 ans, leurs noms résonnent dans

la salle d’audience du tribunal correctionnel de Dunkerque. Des noms, des

états civils, des photos de leur visage à la morgue défilent et puis plus

rien. Écran noir. Pas un souffle, pas une voix ne s’élève pour parler

d’elles

https://www.lavoixdunord.fr/1601345/article/2025-06-30/proces-des-passeurs-lille-un-delibere-une-goutte-d-eau-dans-la-manche-mais-une

, évoquer leur vie, leur parcours, leur mort dans des conditions

effroyables.

Rola, Dina, et toutes les victimes, mortes, blessées, traumatisées à vie

par ces traversées de l’enfer : leur voix est absente des débats, une

constante dans ces procès de réseaux de

https://www.lavoixdunord.fr/1651404/article/2025-11-30/comment-les-proces-contre-les-reseaux-de-passeurs-s-inscrivent-dans-le-paysage

passeurs

https://www.lavoixdunord.fr/1651404/article/2025-11-30/comment-les-proces-contre-les-reseaux-de-passeurs-s-inscrivent-dans-le-paysage

car les parties civiles sont inexistantes. « *À ma connaissance, dans la

pratique, personne ne s’est jamais constitué partie civile jusqu’à

maintenant mais ça pourrait être prochainement le cas car j’ai des dossiers

en ce sens*», espère M e Chaudey.

Ce mercredi 11 juin, un réseau de passeurs est jugé, suspecté d’être

impliqué dans l’organisation de plusieurs traversées vers le Royaume-Uni

entre 2023 et 2024 dont celles qui avaient coûté la vie à Rola Al Mayali

https://www.lavoixdunord.fr/1527052/article/2024-11-26/c-etait-la-meilleure-l-ecole-rola-al-mayali-7-ans-morte-noyee-dans-le-canal-de-l

sur le canal de l’Aa

https://www.lavoixdunord.fr/1436726/article/2024-03-03/une-embarcation-chavire-sur-le-canal-de-l-aa-une-fillette-de-7-ans-est-decedee

à Watten le 3 mars 2024, et à Dina Ratham Shafi, morte asphyxiée

https://www.lavoixdunord.fr/1487637/article/2024-07-28/un-migrant-est-mort-au-large-de-calais-lors-d-une-tentative-de-traversee-de-la

sur un pneumatique surchargé au large de Marck le 28 juillet 2024. Mais

entre les murs de la salle d’audience, personne n’est là pour parler en

leur nom ou en celui de leurs proches.

Ça interroge

La salle résonne de ce vide. Si la constitution de parties civiles pour les

proches ou les survivants est loin d’être évidente en raison de leur

situation irrégulière – beaucoup sont encore en exil et « *et on perd leur

trace rapidement* », nous indique la procureure en marge du procès –,

l’absence de constitution de parties civiles des associations d’aide

aux migrants, en revanche, interroge. Car dans l’absolu, la loi le permet

https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1127 pour ce

type d’associations. « *Quand on n’est pas victime, normalement, on ne

peut pas se porter partie civile mais il y a une dérogation pour les

associations dans un certain cadre* », signale M e Hertel, avocat à

Dunkerque. Cette dérogation doit évidemment s’inscrire dans les statuts des

associations, si c’est le cas « *elles ont les habilitations à se porter

partie civile pour l’intérêt général* », appuie la procureure. *Elles le

font d’ailleurs dans d’autres dossiers donc pourquoi pas là ?*»

« Quand on n’est pas victime, normalement, on ne peut pas se porter partie

civile mais il y a une dérogation pour les associations dans un certain

cadre. »

Silence assourdissant

Si rien dans leur statut ne les en empêche, ni la loi, pourquoi ne le

font-elles pas lors de ces procès des réseaux de passeurs ? On sent qu’on

lève un lièvre. Utopia 56 reconnaît avoir les habilitations pour se porter

partie civile dans ce type de procès mais ne le fait pas : « *Quand on se

constitue partie civile, c’est plus dans des dossiers où on va pointer la

responsabilité de l’État et des politiques publiques. L’État veut se

déresponsabiliser et tout mettre sur le dos des *passeurs , argue

l’association. On fait partie par exemple des plaignants contre les

militaires du CROSS

https://www.lavoixdunord.fr/1642943/article/2025-11-04/naufrage-dans-la-manche-en-2021-les-militaires-suspectes-de-non-assistance

dans le dossier du naufrage de 2021, et on a porté plainte contre des

policiers pour omission de porter secours dans la mort de Jumaa Al Hassan

https://www.lavoixdunord.fr/1527059/article/2024-11-26/ils-l-ont-vu-disparaitre-jumaa-27-ans-fui-la-guerre-et-s-est-noye-dans-l-aa-sous

en 2024. »

Mais en quoi se positionner contre des politiques publiques à la frontière

empêcherait-il de se constituer partie civile dans le cadre de ces procès

de réseaux de

https://www.lavoixdunord.fr/1651404/article/2025-11-30/comment-les-proces-contre-les-reseaux-de-passeurs-s-inscrivent-dans-le-paysage

passeurs

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et défendre uniquement l’intérêt des victimes ? L’un n’empêche pas

l’autre. À cette observation, on perçoit un certain malaise. Utopia 56

avance aussi « *le coût financier, la difficulté de trouver des avocats…*»

Mais le constat est implacable, entre la défense des réseaux

de passeurs présumés, le ministère public et les questions des juges, il

n’y a pour l’heure, aucune place pour les victimes et leurs proches, faute

de parties civiles. Un silence assourdissant.

D’autres associations ont été contactées, l’Auberge des migrants,

Salam, ou Médecins

sans frontières, nous n’avons pas eu de réponse.