Fwd: [🗣️Discussion-Migreurop] Article Le Monde

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2026-6-2 21:59

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De : Cyrille CASANOVA

L’UE se dote d’un régime draconien d’expulsion des sans-papiers - Les

Etats, le Parlement et la Commission européenne se sont entendus sur la

création de centres de rétention à l’étranger

Philippe Jacqué

Bruxelles- bureau européen

Depuis 2018, ce projet législatif de l’Union européenne sur les expulsions

des personnes sans papiers restait encalminé. Lundi 1er juin, les Etats, le

Parlement et la Commission se sont finalement entendus pour adopter un

règlement qui va encore durcir la politique migratoire européenne, en

complétant le pacte asile et migration (qui rassemble déjà une dizaine de

législations), que les Etats doivent appliquer d’ici au 12 juin, deux ans

tout juste après son adoption.

Le nouveau texte sur les « retours », le terme communément utilisé au

niveau européen, était pour beaucoup le « lien manquant » de cette nouvelle

politique migratoire plus stricte. Alors que les différents règlements

contenus dans le pacte prévoient d’enregistrer, de filtrer, d’autoriser ou

de refuser la protection aux demandeurs d’asile, il sera désormais plus

facile pour les Etats de renvoyer les étrangers en situation irrégulière,

quitte Ă  les relocaliser dans des Etats dont ils ne sont pas issus. Les

Etats pourront notamment développer des « plateformes de retour » dans des

pays hors du Vieux Continent, afin de contourner le refus de certains pays

d’origine de reprendre leurs ressortissants.

« Il était temps que l’Europe mette en place un système à la fois crédible

et applicable dans la pratique, salue Malik Azmani, l’eurodéputé libéral

Renew chargé de la législation. Notre objectif était clair : mettre en

place un système de retour efficace, équitable et applicable, en veillant à

ce que le texte soit juridiquement solide. »« Grâce à ces nouvelles règles,

nous avons davantage de contrôle sur qui peut entrer dans l’UE, qui peut y

rester et qui doit en partir », se félicite Magnus Brunner, le commissaire

européen chargé de l’immigration, qui déplorait que seulement 28 % des

mesures d’obligation de quitter le territoire européen sont exécutées.

« Pendant des années, l’Europe a envoyé le pire message possible : même si

vous n’aviez pas le droit de rester, il y avait de fortes chances qu’il ne

se passe rien », juge François-Xavier Bellamy, vice-président du Parti

populaire européen (PPE), le premier parti du Parlement. « L’Europe

commence enfin à se donner les moyens d’exécuter ses décisions de retour »,

se réjouit Fabrice Leggeri, du groupe d’extrême droite Patriotes pour

l’Europe.

Sous l’effet conjugué d’Etats membres toujours plus fermes en matière

d’immigration et d’un Parlement européen où le PPE dispose désormais d’une

majorité alternative avec les groupes d’extrême droite, la législation a

été durcie à tous les niveaux : des sanctions plus strictes seront prises

contre les sans-papiers refusant de quitter le territoire de l’UE, y

compris des saisies de documents d’identité. Les Etats pourront garder

certains étrangers, dont des enfants, en centre de rétention jusqu’à deux

ans, voire deux ans et demi, si les autorités l’estiment nécessaire.

Si le texte encourage le recours aux retours volontaires, il fait des « retours

forcés l’option par défaut pour les personnes en situation irrégulière »,

regrette Picum, un réseau européen d’ONG de soutien aux sans-papiers. De

plus, il autorise une surveillance plus intrusive, des visites

domiciliaires, ainsi que le bannissement de toute entrée en Europe pour les

expulsés pendant dix ans, voire vingt ans, contre cinq ans auparavant.

Pour l’eurodéputée écologiste Mélissa Camara, ce texte est un « recul

historique pour les droits fondamentaux des personnes exilées ». « Il

permet de renvoyer les familles dans n’importe quel pays du monde, avec

lequel elles n’auront aucun lien », déplore l’eurodéputée libérale Fabienne

Keller, en rupture avec son groupe, Renew, sur le sujet. C’est une « honte »,

renchérit sa collègue de la gauche radicale, Estrella Galan. Ce

règlement « étend

la détention et les pouvoirs policiers coercitifs à la manière de l’ICE [la

police de l’immigration aux Etats-Unis], supprime les garanties et consacre

la criminalisation systématique et la violation des droits fondamentaux des

personnes migrantes ».

« Plateformes de retour »

Un dernier affrontement a eu lieu pour raccourcir le délai d’application.

Alors que l’essentiel des colégislateurs souhaitait se donner un an pour

appliquer la nouvelle législation, le temps que les Etats puissent

s’organiser, le PPE a insisté pour rendre effectif un maximum de

dispositions sous quelques semaines.

Les Etats et le Parlement ont trouvé un compromis, autorisant dans

l’immédiat l’application d’un certain nombre d’articles, comme le respect

des droits fondamentaux des sans-papiers, le soutien Ă  Frontex ou la

création des centres de retour dans des pays tiers. Mais « les visites

domiciliaires ou les sanctions contre les sans-papiers ne seront

applicables que dans un an », glisse une source au fait des négociations.

Pour la droite et l’extrême droite, les « plateformes de retour » sont l’un

des « trophées » de cette négociation. Si la France n’entend pas soutenir

ce type de projets, l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Grèce et les

Pays-Bas y travaillent déjà. « Nous nous réunissons régulièrement et

espérons pouvoir annoncer une nouvelle étape vers la fin de l’année »,

confie le représentant de l’un de ces pays. Pour convaincre des Etats

tiers, ils espèrent monnayer de l’aide au développement ou offrir des visas

étudiant ou de travail…

Plusieurs noms de pays d’accueil ont fuité ces derniers mois, du Rwanda à

l’Ouganda, en passant par l’Ouzbékistan. « Il y a des discussions tous

azimuts, mais si des noms commencent Ă  sortir, cela risque de mettre en

danger nos négociations, confie un autre diplomate européen. Le mieux, ce

serait de commencer un projet pilote de faible ampleur, afin de démontrer

que cela peut fonctionner. Maiscela prendra du temps. »