*(commentaire: si qq1 écrit encore “montée” de l’extrême droite, hein,
….)*
Démocratie https://basta.media/Democratie –Droites extrêmes
https://basta.media/extremes-droites
Remigration Summit : l’extrême droite européenne rassemblée pour promouvoir
l’expulsion de masse des immigrés
*La seconde édition du « Remigration Summit », un évènement identitaire
organisé par d’ex-néonazis, a lieu ce 30 mai à Porto. De nombreux partis
politiques européens y prônent la déportation des immigrés dans leur pays
d’origine. *
par Maël Soto https://basta.media/mael-soto
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A gauche, Hilaire Bouyé, membre de Reconquête, et Jean-Yves Le Gallou,
ancien membre du FN/RN. A droite, des militants d’un groupe néonazi suisse.
Tous participent au Remigration Summit. Illustration Basta!
« Save Our Nation ! Re-mi-gra-tion ! », scande l’assemblée, reprenant le
slogan lancé par Dries Van Langenhove. L’ex-député du parti d’extrême
droite belge Vlaams Belang, condamné cette année à un an de prison avec
sursis pour racisme, négationnisme et vente d’armes, expose son plan en
trois étapes pour la « remigration » : expulsion des immigrés sans papiers,
retour forcé des immigrés régularisés délinquants, et « incitation » au
départ pour les citoyens naturalisés considérés comme *« hostiles à
l’Europe »*.
La scène se déroulait devant 400 personnes dans un théâtre de la banlieue
de Milan (Italie), lors de la première édition du Remigration Summit, le
17 mai 2025. Un an plus tard, ce samedi 30 mai 2026, se tient la seconde
édition de ce sommet à Porto, au Portugal. Les organisateurs de l’évènement
se définissent comme une « ONG identitaire de lobby pour la remigration ».
Les conférences d’identitaires et d’ex-néonazis venus de toute l’Europe
vont s’enchaîner tout au long de la journée.
Leur objectif ? Imaginer des politiques d’expulsion forcées qui visent les
immigrés sans papiers, quelle que soit la raison pour laquelle ils ne sont
pas encore régularisés, mais aussi les personnes d’origine étrangère
naturalisées ou « descendants d’immigrés non assimilés ». *« Ils ne
peuvent pas parler de déportation, qui convoque des univers de
représentation rarement positifs. Ils parlent donc de remigration »*,
explique à Basta! Marion Jacquet-Vaillant, maîtresse de conférences en
science politique à l’université Paris-Panthéon-Assas, et spécialiste de
l’extrême droite.
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Eva Vlaardingerbroek, influenceuse identitaire au million d’abonnés,
intervenante du Remigration Summit.
Parmi les participants, vêtus pour l’occasion de costumes-cravates et
confortablement installés dans des fauteuils en velours rouge, se cachent
d’ex-néonazis et membres de groupuscules d’extrême droite identitaire. *« Le
style vestimentaire ne masque pas les idées extrémistes, théories du
complot et idées inconstitutionnelles exprimées par les intervenants »*,
commente le groupe antifasciste portugais Boicote Remigration Summit,
mobilisé contre le sommet. *« Le Remigration Summit normalise les discours
haineux et les discriminations, affectant la sécurité, la cohésion sociale
et les droits humains. »*
Des partis politiques d’extrême droite de toute l’Europe
Les intervenants y ressassent un discours nauséabond : l’Europe *« blanche
et chrétienne »* doit se réveiller avant d’être effacée, la remigration
constituerait le seul rempart face au pseudo « grand remplacement » – une
théorie du complot inventée par l’extrême droite.
À côté des discours, l’évènement permet la mise en réseau de partis
politiques et de militants identitaires européens. *« Nous voulons dépasser
les débats nationaux isolés pour faire émerger un cadre européen commun
autour de la remigration »*, explique Martin Sellner, militant identitaire
autrichien et organisateur du sommet, au média d’extrême droite suisse *Les
Observateurs*.
Une dizaine de partis politiques participent à ces deux premières éditions,
et ils ne sont plus marginaux. Les Français sont présents, avec Reconquête,
le parti d’Éric Zemmour. *« Notre civilisation est attaquée par
l’immigration de masse et les idéologies woke. […] Nous devons construire
des réseaux forts et efficaces, créer des médias alternatifs, des écoles,
des cercles d’influence, résister à la censure et déjouer la surveillance »*,
déclarait Hilaire Bouyé, président de Génération Z et future tête de liste
Reconquête à la mairie du 6e arrondissement de Paris, lors du Remigration
Summit 2025 à Milan.
Le parti allemand AfD y est également représenté par Lena Kotré, une élue
régionale. L’AfD a attiré 20 % des suffrages aux élections fédérales
anticipées de 2025. L’Italien Roberto Vannacci, alors vice-président de la
Lega, le parti de Matteo Salvini qui participe à la coalition
gouvernementale de Meloni, soutenait la première édition du sommet. Le
Portugais Pedro Pinto Fari, qui fait partie des jeunes avec Chega (23 % des
voix en 2026) y intervient. Ainsi que deux députés espagnols de Vox, Carlos
Quero et Rocío de Meer. Leur parti réalise entre 10 % et 15 % des voix en
Espagne et leurs élus siègent au sein du groupe présidé par Jordan Bardella
(RN) au Parlement européen.
https://basta.media/IMG/jpg/hilaire_boye_reconque_te.jpg
Hilaire Bouyé, président de Génération Z et candidat Reconquête aux
municipales 2026.
Des formations plus mineures y sont également représentées : John
McLoughlin pour le National Party irlandais, Frederik Jansen pour le Forum
voor Democratie (Pays-Bas), ainsi que le fondateur du Homeland Party
anglais, Kenny Smith. Ce mouvement s’est allié à celui du militant
d’extrême droite raciste Tommy Robinson, qui clamait, deux semaines plus
tôt lors d’une manifestation anti-immigrés et xénophobe le 16 mai à
Londres : « Il est temps pour de nombreux musulmans de quitter ce pays. »
Au-delà de l’Europe, la candidate trumpiste du Michigan Jacky Eubanks
s’était rendue à la première édition milanaise. A Porto, l’organisateur de
l’événement et président du mouvement portugais suprémaciste Reconquista,
Alfonso Goncalves, vient d’annoncer la venue d’un invité spécial : le haut
fonctionnaire états-unien Gregory Bovino. Le responsable de l’ICE, la
police fédérale de l’immigration, s’est fait connaître suite à une vague de
rafles contre les immigrés aux États-Unis qui avaient mené le 7 janvier
2026 à la mort de Renée Good, mère de famille tuée par balle par un agent
de l’ICE.
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gauche en Espagne
Derrière la remigration, une politique d’expulsion de masse
Derrière l’image institutionnelle donnée par ces partis, le Remigration
Summit est coordonné par les membres d’une plateforme, Action Radar Europe,
qui réunit suprémacistes blancs, néonazis et multicondamnés pour violences
ou racisme. Créé en 2023, ce réseau a pour but de diffuser des idées et
maintenir des contacts entre les groupes identitaires de différents pays.
*« Notre culpabilité liée à la Seconde Guerre mondiale est toujours très
présente et empêche les Européens de discuter de ces sujets. Les Américains
ne souffrent pas de ce complexe ! Regardez Trump, il a ouvertement fait
campagne et organisé des déportations de masse. Je pense que c’est un terme
qui est plus fort que remigration, n’est-ce pas ? »* Ce discours était
porté par Eva Vlaardingerbroek, une influenceuse identitaire néerlandaise
suivie par un million de followers, sur la scène du Remigration Summit
2025, et joue sur l’ambigüité du terme deportation en anglais, qui
signifie à la fois déportation et expulsion (du territoire).
À ses côtés, le militant autrichien Martin Sellner est présenté comme
le *« pape
de la remigration »*. Il a appartenu à des groupes ouvertement néonazis,
dans le giron de Gottfried Küssel, un militant autrichien condamné à onze
ans de prison en 1992 pour « renaissance du nazisme ». En janvier 2024, le
média d’investigation indépendant allemand Correctiv révèle qu’une
réunion secrète a eu lieu entre l’activiste autrichien et des membres du
parti allemand AfD pour « planifier l’expulsion de millions de personnes ».
En réaction, des centaines de milliers de personnes manifestent contre
l’AfD, et Martin Sellner est interdit d’entrée sur le territoire allemand.
https://basta.media/IMG/jpg/montage-junge-tat-2.jpg
À gauche, les militants du groupe néonazi suisse Junge Tat. À droite, leur
leader Manuel Corchia, armé.
La sécurité du premier sommet de Milan était assurée par Junge Tat, un
groupe néonazi suisse. En 2018, le domicile de son fondateur, Manuel
Corchia, a fait l’objet d’une perquisition. La police y a découvert
plusieurs armes à feu, dont un AK-47. Le groupe est aussi connu pour avoir
perturbé une conférence en ligne de l’université d’art de Zurich en criant*
« Heil Hitler »*.
De Némésis à la Cocarde, les ramifications françaises
Ce groupe néonazi violent entretient également des amitiés en France, comme
avec le collectif Némésis. En 2025, les fémonationalistes françaises
https://basta.media/femonationalisme-nemesis-est-un-exemple-de-feminisme-nationaliste-extreme
organisent une action commune avec leurs homologues allemandes Lukreta et
Junge Tat à Bâle. Yona Faedda, figure française du mouvement, s’affiche
alors aux côtés du néonazi Manuel Corchia sur une vidéo de promotion.
Némésis est aussi proche des organisateurs du Remigration Summit. Alice
Cordier, leur présidente, échange régulièrement avec l’activiste autrichien
Martin Sellner et l’influenceuse xénophobe Eva Vlaardingerbroek sur le
réseau social d’Elon Musk.
https://basta.media/IMG/jpg/nemesis-junge-eva-sellner-2.jpg
Sur internet, le Collectif Némésis s’affiche proche de Junge Tat et échange
avec les organisateurs du Remigration Summit.
« The French are coming », « See you there », *« Nous avons hâte de
participer »*. Sur les réseaux sociaux, les groupes français annoncent
d’ailleurs leur venue à Porto ce 30 mai. Tous sont des héritiers régionaux
de Génération identitaire, organisation dissoute en 2021 : le groupe
lillois Nouvelle droite, les Occitans des Jeunes d’Oc et le mouvement
provençal Le Maquis. Selon StreetPress
https://cartofaf.streetpress.com/liste/le-maquis/, l’un de ses membres
aurait agressé un maire communiste en 2024 *« après avoir proféré des
insultes à caractère raciste envers sa fille métisse »*.
Une intervention de Louise Garnier, du syndicat étudiant d’extrême droite
la Cocarde et ex-responsable de l’Uni à Sciences Po Paris, est au
programme. La jeune femme fait partie du groupe identitaire Les Natifs,
connu pour avoir déployé une banderole raciste contre la venue d’Aya
Nakamura aux JO et une autre « Paris Want Remigration » (« Paris veut la
remigration ») devant le Sacré-Cœur.
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de l’extrême droite mondiale
https://basta.media/Patriots-Network-reseau-figures-montantes-extreme-droite-mondiale-europe-RN-MAGA
La présence des Français n’est pas anodine. C’est l’auteur d’extrême droite
Renaud Camus qui réactualise le concept de remigration dans son ouvrage *Le
Grand remplacement* en 2011. Le terme se répand rapidement dans les rangs
de l’extrême droite française, qui organise dès 2014 des « Assises de la
remigration ». Le concept est ensuite exporté en Europe, notamment par
Martin Sellner, alors proche du mouvement français Génération identitaire
et de Jean-Yves le Gallou.
L’homme de 77 ans, ancien membre du Front national (devenu Rassemblement
national) et conseiller politique d’Éric Zemmour en 2022, est l’invité
d’honneur des deux éditions du sommet. Fondateur du cercle de réflexion
français d’extrême droite Illiade, il est aussi l’inventeur de la
préférence nationale et fervent défenseur de la théorie du grand
remplacement.
Vers une banalisation du concept de remigration ?
Pour Martin Sellner, « le sommet constitue un instrument métapolitique »,
explique le nostalgique du régime nazi au micro de Radio Courtoisie.
*« Appliquée
aujourd’hui à l’extrême droite, la métapolitique n’a pas pour objectif de
proposer un programme électoral, mais vise à investir des espaces en
apparence non politiques – culturels, festifs, entrepreneuriaux, religieux
ou patrimoniaux – pour embarquer les esprits et normaliser des opinions
jusque-là impensables »*, décrypte le politiste Tristan Boursier dans *Le
Monde*
.
Une stratégie qui porte ses fruits, puisque le concept a traversé
l’Atlantique et est repris jusqu’à Donald Trump et Elon Musk. Le terme
gagne peu à peu du terrain dans le débat public : il a dernièrement été scandé
par l’assemblée d’un meeting des extrêmes droites européennes à Milan
organisé par le vice-Premier ministre italien Matteo Salvini, en compagnie
de Jordan Bardella, ou encore a été entendu dans les rues de Londres le
16 mai dernier.
Le militant autrichien Martin Sellner envisage désormais de créer un
Institut de la remigration, sur le modèle des think tanks politiques. *« En
deux ans, tout le monde a entendu parler de remigration. Nous allons
entraîner tous les partis dans notre direction »*, professait-il à Milan il
y a un an.
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*« La stratégie des identitaires repose sur un activisme visant à faire
évoluer l’opinion publique sur le long terme, en mettant l’accent sur des
enjeux sociaux et culturels*, analyse le Center for the Study of Organized
Hate (Centre d’études de la haine organisée, basé à Washington). *En 2025,
la remigration est devenue grand public »*, alerte le centre de recherches.
Pour Marion Jacquet-Vaillant, *« la diffusion [du concept de] “remigration”
marque la réalité de l’influence des identitaires »*.
La portée de cette influence reste *« toutefois limitée, car indirecte :
sans relais, sans caisse de résonance, les identitaires ne pourraient
diffuser leurs idées au sein de leur milieu partisan, encore moins les
porter au cœur du débat public »*, nuance la chercheuse. Cela semble en
train de changer. Les partis politiques institutionnels d’extrême droite,
les influenceurs et médias d’opinion de la fachosphère invités au sommet
font le reste du travail. Côté français, Radio Courtoisie et le think tank
Polémia se chargent de couvrir l’évènement. Et dans la foulée, la chaîne
info de Bolloré, CNews, tente de banaliser le concept de remigration en
invitant, en mai 2026, Jean-Yves le Gallou, qui est revenu longuement sur
ces politiques de déportation massive. Et ce, sans aucun contradicteur.