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De : Maël Galisson
Nord Littoral
Côte d’Opale, lundi 4 mai 2026
« On veut juste partir » immersion au cœur des tentatives de traversée
*Littoral. Malgré un naufrage mortel au large d’Hardelot, dimanche, les
tentatives de traversée de migrants se sont multipliées tout au long du
week-end du 1er mai sur le littoral du Pas-de-Calais. Reportage sur le
littoral, où un départ a été stoppé par les gendarmes près d’Oye-Plage.*
Sur le parking de l’Abricotier à Oye-Plage, dimanche 3 mai, un gendarme
observe un groupe d’exilés, gilet de sauvetage orange sur le dos, caché
dans les dunes. Ces derniers attendent un taxi-boat, censé venir les
chercher depuis plusieurs heures désormais. Depuis 9 heures, un jeu du chat
et de la souris s’est mis en place dans les Hemmes d’Oye. Une scène qui
s’est produite partout sur le littoral, au cours d’un week-end de 1er mai
où une fenêtre favorable au départ de small boats a rythmé l’activité des
forces de l’ordre sur le littoral.
Ce samedi 2 et dimanche 3 mai, de nombreuses tentatives de départs de
migrants en small boats ont eu lieu, de Dunkerque jusqu’au sud de la baie
dimanche matin, deux exilées, une adolescente de 16 ans et une femme
d’une vingtaine d’années, ont perdu la vie en marge d’un naufrage au large
d’Hardelot (lire page 23). Un cas dramatique, qui n’a pas empêché pour
autant les autres groupes d’exilés de tenter leur chance à leur tour.
Trois jours dans les dunes d’Oye
Maryan* est une jeune femme originaire de Somalie. Elle, comme 24 autres
femmes, 17 hommes et 4 enfants, faisait partie du groupe de migrants ayant
tenté la traversée de la Manche à Oye-Plage, ce dimanche matin. Épuisée,
elle nous raconte : « On est arrivés dans les dunes vendredi. Chaque jour,
le passeur nous disait d’attendre. Ça fait trois jours qu’on est dans les
dunes. Des gendarmes nous ont vus, mais ils nous ont laissés tranquilles
hier soir, on nous a dit qu’on allait le faire dans la nuit. »
C’est sans compter sur les gendarmes qui ont déjoué à plusieurs reprises le
départ des exilés. D’abord aux Hemmes d’Oye, les gendarmes ont repoussé une
première fois un taxi-boat, venu chercher les exilés sur le rivage. À
plusieurs reprises, le bateau – avec une trentaine d’occupants à son bord –
a voulu récupérer le groupe. Vers 12 h 30, alors que le taxi-boat se
rapprochait une nouvelle fois vers la plage des Escardines, les gendarmes
se sont approchés de l’embarcation, couteau à la main, dans le but
d’éventrer le canot pneumatique.
Une méthode controversée, autorisée depuis des accords entre la France et
l’Angleterre courant de l’été 2025, est dénoncée par des bénévoles d’Utopia
56, témoins de la scène. « Ils ont ensuite traîné l’embarcation, pendant
que les exilés remontaient sur la plage », nous souffle un bénévole.
Deux fois moins de traversées réussies…
Sur le bord de la plage, les migrants, trempés et épuisés, reprennent leur
souffle. Une jeune femme, tentant de grimper un escalier, fait une crise de
panique. En parallèle, les sapeurs-pompiers de Marck ont été mobilisés pour
prendre en charge d’éventuelles victimes. Un couple et leur petite fille,
en larmes, sont interpellés par les pompiers. L’enfant est blessée au
genou. Les secours insistent pour les ramener à l’hôpital. Par crainte, ils
refuseront, et devront rentrer à pied, sans chaussure. « Depuis hier, ça
n’arrête pas, nous explique un bénévole. L’équipe de nuit a tourné toute la
nuit. Ils étaient encore ce matin à Wissant où il y avait eu deux départs. »
Pour les autorités, la priorité est d’éviter la mise à l’eau des small
boats, afin d’éviter un drame comme celui d’Hardelot. Lors d’un point
presse au poste de police de Coquelles, Christophe Marx, secrétaire général
de la préfecture du Pas-de-Calais, rappelle que 300 policiers et gendarmes
sont mobilisés pour « empêcher les traversées et minimiser les risques de
drames ».
La préfecture souligne une réduction des traversées et tentatives depuis le
début de l’année 2026. Selon la préfecture du Pas-de-Calais, 35 traversées
ont été interceptées contre 130 en 2025. D’après le gouvernement
britannique, 6796 migrants ont rejoint l’Angleterre depuis le début de
l’année, contre 11516 à la même période.
… mais « deux fois moins de fenêtres favorables »
Mais les chiffres présentés sont remis en question par l’association Utopia
l’année dernière », commente Victor Meyer, coordinateur pour Utopia 56 à
Calais. Conséquences directes : des tentatives qui se multiplient dans un
court laps de temps, engendrant même des tensions, à l’exemple de cet
Afghan de 40 ans, poignardé à mort à Calais la veille.
Sur le bord de l’avenue du Platier, les exilés boivent de l’eau, épuisés
par la matinée. C’est la première fois que Maryan* tentait de traverser la
Manche en bateau. Ce ne sera sûrement pas la dernière fois. « On veut
juste partir », lâche une autre femme, avant de quitter les lieux. D’autres
opérations de secours ont eu lieu sur le littoral au cours de la journée.
*prénom d’emprunt