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De : Cristina Del Biaggio via Discussion
“Le taux d’éloignement des étrangers sans papiers placés en rétention n’a
jamais été aussi faible, alors que les durées d’enfermement s’allongent et
que les conditions se dégradent.”
Texte intégral ici: https://archive.is/W4nVN#selection-6144.0-6144.6 +
ci-après
Dr. Cristina Del Biaggio
Maîtresse de conférences / Assistant professor
Université Grenoble Alpes
Institut d’Urbanisme et Géographie Alpine (IUGA)
Member of the Research Center UMR 5194 PACTE
https://www.pacte-grenoble.fr/membres/cristina-del-biaggio
Co-director of the Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine:
https://journals.openedition.org/rga/
Fellow Institut Convergences Migration (ICM):
https://www.icmigrations.cnrs.fr/
Member of the board of Border Forensics: https://www.borderforensics.org/
https://archive.is/o/W4nVN/https://www.lemonde.fr/societe/
DIVERSITÉ
https://archive.is/o/W4nVN/https://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/
Comment les centres de rétention administrative sont devenus une
« extension du milieu carcéral »Par Oscar Korbosli
https://archive.is/o/W4nVN/https://www.lemonde.fr/signataires/oscar-korbosli/
et Julia Pascual
https://archive.is/o/W4nVN/https://www.lemonde.fr/signataires/julia-pascual/
(Lyon, envoyée spéciale)Publié aujourd’hui à 18h30
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DÉCRYPTAGE|Le taux d’éloignement des étrangers sans papiers placés en
rétention n’a jamais été aussi faible, alors que les durées d’enfermement
s’allongent et que les conditions se dégradent.
Quand Imed Dridah est sorti de la maison d’arrêt de Bonneville
(Haute-Savoie), il lui restait deux mois de peine Ă purger pour une affaire
de « recel de choses volĂ©es », dit-il. Cet AlgĂ©rien de 35 ans, dĂ©jĂ
condamné pour « des trucs comme de la détention de stupéfiants », a été
placé sous bracelet électronique. Début mai, il se rend au service
pénitentiaire d’insertion et de probation pour se faire retirer le
bracelet. Il est arrêté lorsqu’il en sort.
Sa carte de résident de dix ans avait expiré pendant son incarcération et
faute de l’avoir renouvelée, ce père de trois enfants français se trouvait
en situation irrégulière. Il a été envoyé au centre de rétention
administrative (CRA) 2 de Lyon-Saint-Exupéry, où nous l’avons rencontré en
accompagnant le sénateur écologiste du Rhône Thomas Dossus qui a exercé son
droit de visite parlementaire, mercredi 13 mai.
Autour d’Imed Dridah, ils sont plusieurs à témoigner de situations
semblables, parmi les 118 hommes actuellement retenus. D’après la cheffe du
CRA, la commandante divisionnaire Sandrine Battin, *« tous ont des profils
TOP* [trouble à l’ordre public]*. Ils sortent soit de prison, soit de garde
à vue »*.
« La menace à l’ordre public l’emporte sur tout »
Ainsi, Nader Aouini a été contrôlé dans la rue. A cette occasion, la police
a découvert que ce Tunisien de 39 ans, marié à une Française, avait une
interdiction du territoire français depuis sa condamnation, en 2024, *« Ă
cause d’une bagarre où [il s’est] défendu avec un couteau »*. Ramzy
(toutes les personnes citées par un prénom ont souhaité conserver leur
anonymat), un Algérien de 38 ans – et *« neuf condamnations au casier pour
stupéfiants, vols ou violences »* – faisait, lui, l’objet d’un arrêté
d’expulsion depuis 2022, remonté lors d’un contrôle policier.
[image: Au centre de rétention administrative 1 de Paris, le 18 mai 2026.]Au
centre de rétention administrative 1 de Paris, le 18 mai 2026. CAMILLE
MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »[image: Le greffe, où sont
enregistrées les informations sur le parcours judiciaire de chaque personne
retenue. Au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot
(Seine-et-Marne), le 21 octobre 2024.]Le greffe, où sont enregistrées les
informations sur le parcours judiciaire de chaque personne retenue. Au
centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le
21 octobre 2024. CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »[image:
Cabine téléphonique au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot
(Seine-et-Marne), le 21 octobre 2024.]Cabine téléphonique au centre de
rétention administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le 21 octobre
du centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le
21 octobre 2024.]A l’infirmerie du centre de rétention administrative du
Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le 21 octobre 2024. CAMILLE
MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »[image: Au centre de rétention
administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le 21 octobre 2024.]Au
centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le
21 octobre 2024. CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
Selon le rapport publié le 19 mai par les associations présentes en CRA
pour de l’assistance juridique aux retenus, dont Forum réfugiés, La Cimade
ou le Groupe SOS Solidarités, 29 % des plus de 16 000 personnes retenues
dans l’Hexagone en 2025 sortaient de prison. Un niveau inédit. Après avoir
été stable entre 2014 et 2017 (autour de 8 %), cette proportion s’est
fortement accrue en 2018 (13 %) et les années suivantes, fruit d’une
politique amorcée par Gérard Collomb lorsqu’il était ministre de
l’intérieur (2017-2018), en réponse au double meurtre commis par une
personne en situation irrégulière à la gare de Marseille Saint-Charles, en
octobre 2017
.
Dans une circulaire d’août 2022, Gérald Darmanin, alors ministre de
l’intérieur (2020-2024), avait indiqué aux préfets que *« la rétention doit
être prioritairement destinée aux *[étrangers en situation
irrégulière]* auteurs
de troubles à l’ordre public, y compris lorsque l’éloignabilité ne paraît
pas acquise »*. Selon le ministère de l’intérieur, 90 % des personnes en
rétention relèvent désormais de profils « TOP ».
Les associations y voient un détournement de la finalité des CRA. En 2025,
seules 36 % des personnes enfermées ont été expulsées, contre 39 % en 2024,
soit *« un niveau historiquement bas, inférieur même à celui observé
pendant la période de crise sanitaire »*. Certains étrangers sont placés en
rétention plusieurs fois « sans aucune perspective d’éloignement, dénonce
Elodie Jallais, de Forum réfugiés. *La menace à l’ordre public l’emporte
sur tout, sans que cette notion soit définie ». « Les CRA apparaissent de
plus en plus comme une extension du milieu carcéral*, observe également
Cédric Castes, le référent police aux frontières du syndicat Un1té. *Et
l’accumulation de profils à risque complexifie fortement la gestion
quotidienne des centres. »*
Violences
Au CRA de Vincennes (Paris 12e), où Le Monde s’est rendu, lundi 18 mai,
en accompagnant la députée (ex-La France insoumise) de Paris Danielle
Simonnet, une fonctionnaire de police évoque, en outre, *« de plus en plus
de problèmes psy »*, tandis qu’un infirmier du service médical aborde des
transferts vers les urgences psychiatriques *« plusieurs fois par mois » *de
retenus *« qui entendent des voix, ont des hallucinations ou sont
schizophrènes »*. Dans les espaces du CRA, les retenus témoignent également
de ce contexte lourd.
Un Marocain décrit le cas d’un homme qui urine dans sa chambre et se
recouvre d’excréments. Lounis, un Algérien de 38 ans, se plaint, lui,
des* « jeunes
de 20 ans » *qui passent leur journée à « manger des cachetons ». Un
Ivoirien de 50 ans porte les traces d’une agression par un co-retenu,
survenue le 16 avril, qui lui a laissé deux fractures au nez et à l’orbite.
Un Chilien, Roberto Vega, dit avoir été changé de bâtiment après avoir été
volé et agressé.
Des hommes se plaignent aussi des violences de la part de policiers. Selon
le rapport interassociatif, au CRA de Vincennes, les juristes du Groupe SOS
Solidarités ont accompagné, en 2025, *« le dépôt de 81 plaintes auprès du
procureur de la République »*. Parmi elles, *« 26 visaient directement les
fonctionnaires du CRA ou des escortes, dont 21 avec un certificat médical
corroborant les violences »*.
La durée de la rétention, elle, ne cesse de s’allonger, à la fois sous
l’effet de l’évolution législative (en 2018, la durée maximale a été portée
Ă quatre-vingt-dix jours) mais aussi des profils des retenus, plus
difficilement expulsés. Près d’un tiers d’entre eux sont des Algériens,
alors que la brouille diplomatique entre Paris et Alger
fait
que 6 % à peine sont, in fine, renvoyés. De même, les personnes sortant de
prison affichent un taux d’éloignement inférieur à la moyenne et une durée
d’enfermement plus longue (environ quarante-huit jours).
[image: Cour de promenade du centre de rétention administrative de
Vincennes, Ă Paris, le 18 mai 2026.]Cour de promenade du centre de
rétention administrative de Vincennes, à Paris, le 18 mai 2026. CAMILLE
MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »[image: Un homme qui refuse de dormir
dans sa chambre s’est installé a l’extérieur. Au centre de rétention
administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le 21 octobre 2024.]Un
homme qui refuse de dormir dans sa chambre s’est installé a l’extérieur. Au
centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le
21 octobre 2024. CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »[image: Au
centre de rétention administrative de Vincennes, à Paris, le 18 mai 2026.]Au
centre de rétention administrative de Vincennes, à Paris, le 18 mai
MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »[image: Au plafond de la salle de
bains d’une chambre au centre de rĂ©tention administrative de Vincennes, Ă
Paris, le 18 mai 2026.]Au plafond de la salle de bains d’une chambre au
centre de rétention administrative de Vincennes, à Paris, le 18 mai
MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »[image: Dans les sanitaires, des
toilettes bouchĂ©es. Au centre de rĂ©tention administrative de Vincennes, Ă
Paris, le 18 mai 2026.]Dans les sanitaires, des toilettes bouchées. Au
centre de rétention administrative de Vincennes, à Paris, le 18 mai
MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
« Enfermer plus longtemps ne permet pas d’éloigner les personnes, constate
ainsi Justine Girard, de La Cimade. *Les expulsions ont principalement lieu
les premiers jours d’enfermement. »* Mercredi 20 mai, le Sénat devait
pourtant examiner une proposition de loi – portée par les députés Charles
Rodwell (Renaissance, Yvelines), Gabriel Attal (Renaissance,
Hauts-de-Seine) et Michel Barnier (Les Républicains, Paris) et déjà votée
par l’Assemblée nationale en première lecture le 2 décembre 2025 – qui
porterait à deux cent dix jours la durée maximale d’enfermement pour les
étrangers « les plus dangereux ». Il s’agit de ceux condamnés pour des
actes de terrorisme et ceux qui ont été *« définitivement condamnés pour
des faits d’atteinte aux personnes punis d’au moins trois ans
d’emprisonnement »*.
« La prison, c’est mieux »
*« C’est de la pure démagogie car on mettra moins de personnes en CRA donc
on fera moins d’éloignements »*, prédit un cadre de la police, sous le
couvert de l’anonymat. En outre, estime-t-il, *« en plaçant des personnes
pendant sept mois, ça va devenir plus dangereux pour tout le monde ».* *« Le
travail en CRA, à l’origine, c’est d’identifier quelqu’un et l’éloigner
rapidement*, rappelle un autre policier, en poste au CRA du Mesnil-Amelot
(Seine-et-Marne).* On n’est pas formés pour gérer une logique carcérale,
mais pour exécuter une procédure administrative. »*
« Les centres n’ont pas Ă©tĂ© conçus pour des rĂ©tentions longues, dĂ©nonce Ă
son tour la députée (non-inscrite) du Maine-et-Loire Stella Dupont. *Ils
s’usent vite, subissent des dégradations. »* En avril, l’élue a visité le
centre de rétention administrative de Coquelles (Pas-de-Calais) et dans un
courriel adressé au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, auquel elle
demande la fermeture d’une partie des locaux, elle évoque notamment
l’*« indignité
totale »* des douches et l’« infestation » de chambres par des punaises
de lit.
Au CRA de Vincennes, une partie des retenus ont été installés dans des
préfabriqués. Ils subissent de nombreuses infiltrations d’eau dans les
chambres. Dans la partie la plus moderne du centre, lors de notre visite,
une seule douche fonctionnait dans des sanitaires prévus pour 58 hommes.
Des toilettes étaient bouchées, débordant de matière fécale.
Au CRA 2 de Lyon-Saint-Exupéry, Gérald Darmanin avait vanté l’édification
d’un bâtiment modèle lors de son inauguration en 2022. Depuis, la
Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté y a épinglé,
en 2023, des conditions indignes
Les cours de promenade ne sont plus que des grandes cages vides : les
tables de ping-pong ont été enlevées, les ballons retirés. Deux après-midi
par semaine, une association organise ici des jeux de société et des
activités artistiques. « On regarde pour [faire venir]* un intervenant
pour des activités physiques »*, explique la cheffe de l’établissement,
alors que la durée moyenne de rétention est de cinquante jours.
Lire aussi | Pourquoi les conditions de vie dans les centres de rétention
administrative se sont-elles dégradées ? Comprendre en trois minutes
« La prison, c’est mieux », affirme Omar, un retenu algérien. *« En
prison, on est plus autonome, on peut se faire à manger sans dépendre de la
gamelle, on vous donne des produits d’hygiène pour nettoyer votre cellule »*,
ajoute Abdoulaye, un retenu sénégalais. *« Les gens s’ennuient et surtout,
l’incertitude sur ce qui va se passer les angoisse »*, prolonge Elodie
Jallais. Le 12 avril, un Algérien s’est pendu dans une chambre d’isolement.
Il avait été placé en rétention pour la troisième fois en deux ans au CRA
de Lyon.
[image: Des policiers du centre de rétention administrative (CRA) de
Vincennes, à Paris, le 18 mai 2026.]Des policiers du centre de rétention
administrative (CRA) de Vincennes, Ă Paris, le 18 mai 2026. CAMILLE
MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
Oscar Korbosli
https://archive.is/o/W4nVN/https://www.lemonde.fr/signataires/oscar-korbosli/
Julia PascualLyon, envoyée spéciale
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