Fwd: [🗣️Discussion-Migreurop] Le Monde (FR): "Comment les centres de rétention administrative sont devenus une « extension du milieu carcéral »"

miladyrenoirmiladyrenoir
2026-5-20 13:18

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De : Cristina Del Biaggio via Discussion

“Le taux d’éloignement des étrangers sans papiers placés en rétention n’a

jamais été aussi faible, alors que les durées d’enfermement s’allongent et

que les conditions se dégradent.”

https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/19/comment-les-centres-de-retention-administrative-sont-devenus-une-extension-du-milieu-carceral_6691519_3224.html

Texte intégral ici: https://archive.is/W4nVN#selection-6144.0-6144.6 +

ci-après

Dr. Cristina Del Biaggio

Maîtresse de conférences / Assistant professor

Université Grenoble Alpes

Institut d’Urbanisme et Géographie Alpine (IUGA)

Member of the Research Center UMR 5194 PACTE

https://www.pacte-grenoble.fr/membres/cristina-del-biaggio

Co-director of the Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine:

https://journals.openedition.org/rga/

Fellow Institut Convergences Migration (ICM):

https://www.icmigrations.cnrs.fr/

Member of the board of Border Forensics: https://www.borderforensics.org/

https://archive.is/o/W4nVN/https://www.lemonde.fr/societe/

DIVERSITÉ

https://archive.is/o/W4nVN/https://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/

Comment les centres de rétention administrative sont devenus une

« extension du milieu carcéral »Par Oscar Korbosli

https://archive.is/o/W4nVN/https://www.lemonde.fr/signataires/oscar-korbosli/

et Julia Pascual

https://archive.is/o/W4nVN/https://www.lemonde.fr/signataires/julia-pascual/

(Lyon, envoyée spéciale)Publié aujourd’hui à 18h30

Temps deLecture 5 min.

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DÉCRYPTAGE|Le taux d’éloignement des étrangers sans papiers placés en

rétention n’a jamais été aussi faible, alors que les durées d’enfermement

s’allongent et que les conditions se dégradent.

Quand Imed Dridah est sorti de la maison d’arrêt de Bonneville

(Haute-Savoie), il lui restait deux mois de peine Ă  purger pour une affaire

de « recel de choses volées », dit-il. Cet Algérien de 35 ans, déjà

condamné pour « des trucs comme de la détention de stupéfiants », a été

placé sous bracelet électronique. Début mai, il se rend au service

pénitentiaire d’insertion et de probation pour se faire retirer le

bracelet. Il est arrêté lorsqu’il en sort.

Sa carte de résident de dix ans avait expiré pendant son incarcération et

faute de l’avoir renouvelée, ce père de trois enfants français se trouvait

en situation irrégulière. Il a été envoyé au centre de rétention

administrative (CRA) 2 de Lyon-Saint-Exupéry, où nous l’avons rencontré en

accompagnant le sénateur écologiste du Rhône Thomas Dossus qui a exercé son

droit de visite parlementaire, mercredi 13 mai.

Autour d’Imed Dridah, ils sont plusieurs à témoigner de situations

semblables, parmi les 118 hommes actuellement retenus. D’après la cheffe du

CRA, la commandante divisionnaire Sandrine Battin, *« tous ont des profils

TOP* [trouble à l’ordre public]*. Ils sortent soit de prison, soit de garde

à vue »*.

« La menace à l’ordre public l’emporte sur tout »

Ainsi, Nader Aouini a été contrôlé dans la rue. A cette occasion, la police

a découvert que ce Tunisien de 39 ans, marié à une Française, avait une

interdiction du territoire français depuis sa condamnation, en 2024, *« à

cause d’une bagarre où [il s’est] défendu avec un couteau »*. Ramzy

(toutes les personnes citées par un prénom ont souhaité conserver leur

anonymat), un Algérien de 38 ans – et *« neuf condamnations au casier pour

stupéfiants, vols ou violences »* – faisait, lui, l’objet d’un arrêté

d’expulsion depuis 2022, remonté lors d’un contrôle policier.

[image: Au centre de rétention administrative 1 de Paris, le 18 mai 2026.]Au

centre de rétention administrative 1 de Paris, le 18 mai 2026. CAMILLE

MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »[image: Le greffe, où sont

enregistrées les informations sur le parcours judiciaire de chaque personne

retenue. Au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot

(Seine-et-Marne), le 21 octobre 2024.]Le greffe, où sont enregistrées les

informations sur le parcours judiciaire de chaque personne retenue. Au

centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le

21 octobre 2024. CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »[image:

Cabine téléphonique au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot

(Seine-et-Marne), le 21 octobre 2024.]Cabine téléphonique au centre de

rétention administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le 21 octobre

  1. CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »[image: A l’infirmerie

du centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le

21 octobre 2024.]A l’infirmerie du centre de rétention administrative du

Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le 21 octobre 2024. CAMILLE

MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »[image: Au centre de rétention

administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le 21 octobre 2024.]Au

centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le

21 octobre 2024. CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Selon le rapport publié le 19 mai par les associations présentes en CRA

pour de l’assistance juridique aux retenus, dont Forum réfugiés, La Cimade

ou le Groupe SOS Solidarités, 29 % des plus de 16 000 personnes retenues

dans l’Hexagone en 2025 sortaient de prison. Un niveau inédit. Après avoir

été stable entre 2014 et 2017 (autour de 8 %), cette proportion s’est

fortement accrue en 2018 (13 %) et les années suivantes, fruit d’une

politique amorcée par Gérard Collomb lorsqu’il était ministre de

l’intérieur (2017-2018), en réponse au double meurtre commis par une

personne en situation irrégulière à la gare de Marseille Saint-Charles, en

octobre 2017

https://archive.is/o/W4nVN/https://www.lemonde.fr/societe/article/2017/10/06/l-etrange-vie-a-tiroirs-d-ahmed-hanachi-le-tueur-au-couteau-de-marseille_5196865_3224.html

.

Dans une circulaire d’août 2022, Gérald Darmanin, alors ministre de

l’intérieur (2020-2024), avait indiqué aux préfets que *« la rétention doit

être prioritairement destinée aux *[étrangers en situation

irrégulière]* auteurs

de troubles à l’ordre public, y compris lorsque l’éloignabilité ne paraît

pas acquise »*. Selon le ministère de l’intérieur, 90 % des personnes en

rétention relèvent désormais de profils « TOP ».

Les associations y voient un détournement de la finalité des CRA. En 2025,

seules 36 % des personnes enfermées ont été expulsées, contre 39 % en 2024,

soit *« un niveau historiquement bas, inférieur même à celui observé

pendant la période de crise sanitaire »*. Certains étrangers sont placés en

rétention plusieurs fois « sans aucune perspective d’éloignement, dénonce

Elodie Jallais, de Forum réfugiés. *La menace à l’ordre public l’emporte

sur tout, sans que cette notion soit définie ». « Les CRA apparaissent de

plus en plus comme une extension du milieu carcéral*, observe également

Cédric Castes, le référent police aux frontières du syndicat Un1té. *Et

l’accumulation de profils à risque complexifie fortement la gestion

quotidienne des centres. »*

Violences

Au CRA de Vincennes (Paris 12e), où Le Monde s’est rendu, lundi 18 mai,

en accompagnant la députée (ex-La France insoumise) de Paris Danielle

Simonnet, une fonctionnaire de police évoque, en outre, *« de plus en plus

de problèmes psy »*, tandis qu’un infirmier du service médical aborde des

transferts vers les urgences psychiatriques *« plusieurs fois par mois » *de

retenus *« qui entendent des voix, ont des hallucinations ou sont

schizophrènes »*. Dans les espaces du CRA, les retenus témoignent également

de ce contexte lourd.

Un Marocain décrit le cas d’un homme qui urine dans sa chambre et se

recouvre d’excréments. Lounis, un Algérien de 38 ans, se plaint, lui,

des* « jeunes

de 20 ans » *qui passent leur journée à « manger des cachetons ». Un

Ivoirien de 50 ans porte les traces d’une agression par un co-retenu,

survenue le 16 avril, qui lui a laissé deux fractures au nez et à l’orbite.

Un Chilien, Roberto Vega, dit avoir été changé de bâtiment après avoir été

volé et agressé.

Des hommes se plaignent aussi des violences de la part de policiers. Selon

le rapport interassociatif, au CRA de Vincennes, les juristes du Groupe SOS

Solidarités ont accompagné, en 2025, *« le dépôt de 81 plaintes auprès du

procureur de la République »*. Parmi elles, *« 26 visaient directement les

fonctionnaires du CRA ou des escortes, dont 21 avec un certificat médical

corroborant les violences »*.

La durée de la rétention, elle, ne cesse de s’allonger, à la fois sous

l’effet de l’évolution législative (en 2018, la durée maximale a été portée

Ă  quatre-vingt-dix jours) mais aussi des profils des retenus, plus

difficilement expulsés. Près d’un tiers d’entre eux sont des Algériens,

alors que la brouille diplomatique entre Paris et Alger

https://archive.is/o/W4nVN/https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/05/19/a-alger-gerald-darmanin-poursuit-la-normalisation-entre-la-france-et-l-algerie_6691457_3212.html

fait

que 6 % à peine sont, in fine, renvoyés. De même, les personnes sortant de

prison affichent un taux d’éloignement inférieur à la moyenne et une durée

d’enfermement plus longue (environ quarante-huit jours).

[image: Cour de promenade du centre de rétention administrative de

Vincennes, Ă  Paris, le 18 mai 2026.]Cour de promenade du centre de

rétention administrative de Vincennes, à Paris, le 18 mai 2026. CAMILLE

MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »[image: Un homme qui refuse de dormir

dans sa chambre s’est installé a l’extérieur. Au centre de rétention

administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le 21 octobre 2024.]Un

homme qui refuse de dormir dans sa chambre s’est installé a l’extérieur. Au

centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le

21 octobre 2024. CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »[image: Au

centre de rétention administrative de Vincennes, à Paris, le 18 mai 2026.]Au

centre de rétention administrative de Vincennes, à Paris, le 18 mai

  1. CAMILLE

MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »[image: Au plafond de la salle de

bains d’une chambre au centre de rétention administrative de Vincennes, à

Paris, le 18 mai 2026.]Au plafond de la salle de bains d’une chambre au

centre de rétention administrative de Vincennes, à Paris, le 18 mai

  1. CAMILLE

MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »[image: Dans les sanitaires, des

toilettes bouchées. Au centre de rétention administrative de Vincennes, à

Paris, le 18 mai 2026.]Dans les sanitaires, des toilettes bouchées. Au

centre de rétention administrative de Vincennes, à Paris, le 18 mai

  1. CAMILLE

MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

« Enfermer plus longtemps ne permet pas d’éloigner les personnes, constate

ainsi Justine Girard, de La Cimade. *Les expulsions ont principalement lieu

les premiers jours d’enfermement. »* Mercredi 20 mai, le Sénat devait

pourtant examiner une proposition de loi – portée par les députés Charles

Rodwell (Renaissance, Yvelines), Gabriel Attal (Renaissance,

Hauts-de-Seine) et Michel Barnier (Les Républicains, Paris) et déjà votée

par l’Assemblée nationale en première lecture le 2 décembre 2025 – qui

porterait à deux cent dix jours la durée maximale d’enfermement pour les

étrangers « les plus dangereux ». Il s’agit de ceux condamnés pour des

actes de terrorisme et ceux qui ont été *« définitivement condamnés pour

des faits d’atteinte aux personnes punis d’au moins trois ans

d’emprisonnement »*.

« La prison, c’est mieux »

*« C’est de la pure démagogie car on mettra moins de personnes en CRA donc

on fera moins d’éloignements »*, prédit un cadre de la police, sous le

couvert de l’anonymat. En outre, estime-t-il, *« en plaçant des personnes

pendant sept mois, ça va devenir plus dangereux pour tout le monde ».* *« Le

travail en CRA, à l’origine, c’est d’identifier quelqu’un et l’éloigner

rapidement*, rappelle un autre policier, en poste au CRA du Mesnil-Amelot

(Seine-et-Marne).* On n’est pas formés pour gérer une logique carcérale,

mais pour exécuter une procédure administrative. »*

« Les centres n’ont pas été conçus pour des rétentions longues, dénonce à

son tour la députée (non-inscrite) du Maine-et-Loire Stella Dupont. *Ils

s’usent vite, subissent des dégradations. »* En avril, l’élue a visité le

centre de rétention administrative de Coquelles (Pas-de-Calais) et dans un

courriel adressé au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, auquel elle

demande la fermeture d’une partie des locaux, elle évoque notamment

l’*« indignité

totale »* des douches et l’« infestation » de chambres par des punaises

de lit.

Au CRA de Vincennes, une partie des retenus ont été installés dans des

préfabriqués. Ils subissent de nombreuses infiltrations d’eau dans les

chambres. Dans la partie la plus moderne du centre, lors de notre visite,

une seule douche fonctionnait dans des sanitaires prévus pour 58 hommes.

Des toilettes étaient bouchées, débordant de matière fécale.

Au CRA 2 de Lyon-Saint-Exupéry, Gérald Darmanin avait vanté l’édification

d’un bâtiment modèle lors de son inauguration en 2022. Depuis, la

Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté y a épinglé,

en 2023, des conditions indignes

https://archive.is/o/W4nVN/https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/06/22/un-rapport-au-vitriol-sur-les-centres-de-retention-administrative_6178673_3224.html.

Les cours de promenade ne sont plus que des grandes cages vides : les

tables de ping-pong ont été enlevées, les ballons retirés. Deux après-midi

par semaine, une association organise ici des jeux de société et des

activités artistiques. « On regarde pour [faire venir]* un intervenant

pour des activités physiques »*, explique la cheffe de l’établissement,

alors que la durée moyenne de rétention est de cinquante jours.

Lire aussi | Pourquoi les conditions de vie dans les centres de rétention

administrative se sont-elles dégradées ? Comprendre en trois minutes

https://archive.is/o/W4nVN/https://www.lemonde.fr/comprendre-en-3-minutes/article/2023/06/28/pourquoi-les-conditions-de-vie-dans-les-centres-de-retention-administrative-se-sont-elles-degradees-comprendre-en-trois-minutes_6179524_6176282.html

« La prison, c’est mieux », affirme Omar, un retenu algérien. *« En

prison, on est plus autonome, on peut se faire à manger sans dépendre de la

gamelle, on vous donne des produits d’hygiène pour nettoyer votre cellule »*,

ajoute Abdoulaye, un retenu sénégalais. *« Les gens s’ennuient et surtout,

l’incertitude sur ce qui va se passer les angoisse »*, prolonge Elodie

Jallais. Le 12 avril, un Algérien s’est pendu dans une chambre d’isolement.

Il avait été placé en rétention pour la troisième fois en deux ans au CRA

de Lyon.

[image: Des policiers du centre de rétention administrative (CRA) de

Vincennes, à Paris, le 18 mai 2026.]Des policiers du centre de rétention

administrative (CRA) de Vincennes, Ă  Paris, le 18 mai 2026. CAMILLE

MILLERAND/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Oscar Korbosli

https://archive.is/o/W4nVN/https://www.lemonde.fr/signataires/oscar-korbosli/

Julia PascualLyon, envoyée spéciale

https://archive.is/o/W4nVN/https://www.lemonde.fr/signataires/julia-pascual/