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De : Maël Galisson
La Voix du Nord (site web)
Edition principale
Béthune - Bruay, vendredi 15 mai 2026 1009 words
des exilés dans le Bruaysis *
Ruben Muller
l’assemblée générale, samedi. Comme l’an dernier, l’association d’aide aux
exilés doit faire face à la destruction d’un campement et à l’expulsion de
ses occupants, à Linghem cette fois. *
Depuis 2008, l’association Terre d’errance vient en aide aux personnes
exilées qui survivent dans le Bruaysis en attendant de pouvoir gagner
l’Angleterre. Samedi, une trentaine de bénévoles ont assisté à son
assemblée générale à Ham-en-Artois
https://www.lavoixdunord.fr/region/bethune-et-ses-environs/ham-en-artois
, en présence de la maire Béatrice Ponchant – ce n’était pas arrivé depuis
Marc Boulnois, maire de Norrent-Fontes de 2008 à 2014, où l’association
gérait, de 2012 à 2017, un camp de réfugiés qui a accueilli
jusqu’à 300 personnes.
Ce qui ne change pas
, c’est la situation des migrants. Lieu d’accueil officiel ou pas, ils
veulent toujours traverser la Manche et la proximité de l’aire de
Saint-Hilaire-Cottes
https://www.lavoixdunord.fr/region/bethune-et-ses-environs/saint-hilaire-cottes
, la dernière sur l’A26 avant Calais, les incite à se fixer dans les
environs, dans l’espoir de pouvoir monter dans un camion
Les exilés errent donc de camp en camp au gré des « démantèlements » par
les autorités, « *un mot joli qui cache l’expulsion de personnes précaires
et la politique de harcèlement et d’épuisement des exilés et de ceux qui
les aident* », dénoncent les bénévoles.
« Plus de galère »
Après Norrent-Fontes, des camps de fortune se sont établis à Quernes,
Saint-Hilaire-Cottes puis Linghem. Les bénévoles leur y apportent de l’aide
alimentaire, du bois, du gaz, de l’eau, des tentes, du matériel de
couchage… Début 2025, une dizaine ou une vingtaine de personnes,
principalement originaires d’Éthiopie ou d’Érythrée, se regroupent à
Saint-Hilaire, « *avec un gros turn-over, du fait de nombreux passages en
Angleterre* », décrit Sonia.
Ces actions ne servent qu’à abîmer un peu plus les exilés. La préfecture se
retranche derrière l’état de droit mais celui-ci ne respecte pas les droits
humains fondamentaux.”
Le 8 avril 2025, la préfecture expulse les exilés et détruit le matériel
fourni par l’asso. Comme lors de chaque expulsion, « c’est plus de galère
mais toujours le même objectif
C’est plus compliqué pour nous aussi : la disparition de ce point de
rassemblement identifié met à mal notre semblant d’organisation ». Quelques
semaines plus tard, les exilés montent un nouveau campement à Linghem, dans
un bois privé. Les bénévoles y aménagent des toilettes sèches et un coin
cuisine mais son accès difficile, par un chemin cahoteux, complique
l’évacuation des déchets. Rebelote le 8 avril 2026 : le camp est évacué par
arrêté municipal, avec l’accord du propriétaire, un an jour pour jour après
celui de Saint-Hilaire-Cottes.
Sept personnes avaient été « mises à l’abri » au centre d’accueil et
d’examen des situations (CAES) de Nédonchel. Depuis l’errance a repris mais
« *on ne sait pas trop où ils sont : après un démantèlement, la
surveillance policière se renforce, donc les exilés se cachent* », rappelle
Sonia. Jusqu’à la prochaine fois : « *La préfecture sait très bien qu’ils
reviendront, que ces actions ne servent à rien d’autre qu’à abîmer un peu
plus les gens*, soupire Nan. *Elle se retranche derrière l’état de droit
mais celui-ci ne respecte pas les droits humains fondamentaux.* »
Terre d’errance n’agit pas que dans les camps
Les exilés égaillés dans la nature après la destruction de leur camp de
fortune, « on se sent un peu orphelins », souffle François dans un pâle
sourire. En attendant qu’ils se fixent à nouveau, les bénévoles de Terre
d’errance ne restent pas les bras croisés.
L’association soutient moralement et matériellement une centaine
de migrants « dublinés » – en vertu du règlement de Dublin, ils ne peuvent
demander l’asile que dans le premier pays européen où on a relevé leurs
empreintes – hébergés au programme d’accueil et d’hébergement des
demandeurs d’asile (PRAHDA) de Fouquières-lès-Béthune, un ancien hôtel de
80 chambres.
Douches, lessives…
« *Ils sont très stressés car ils peuvent être expulsés à tout moment,
n’ont pas le droit de travailler ni de suivre une formation…*, détaille
Nathalie. Ils peuvent juste apprendre le français. » Une condition pour
espérer obtenir des papiers…, après sept ans de présence sur le territoire.
En complément du réseau des familles hébergeuses, l’asso dispose d’un gîte
à Amettes et d’un espace à Aire-sur-la-Lys, où les exilés peuvent prendre
une douche, faire la lessive, recharger leur téléphone, jouer au billard ou
au baby-foot… Les bénévoles y emmènent une douzaine de personnes chaque
mercredi. Ces lieux mis à disposition par des particuliers pallient « *le
désengagement des municipalités. On n’avait plus de douches depuis le Covid*
», rappelle Hervé.