Fwd: [Jungles] Commission sur les accords du Touquet : la Justice face aux naufrages, aux passeurs et aux bavures [Nord littoral, 13.05.2026]

miladyrenoirmiladyrenoir
2026-5-14 12:39

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De : Maël Galisson

https://www.nordlittoral.fr/285505/article/2026-05-13/commission-sur-les-accords-du-touquet-la-justice-face-aux-naufrages-aux-passeurs

Nord Littoral (site web)

À la une, mercredi 13 mai 2026 966 words

aux passeurs et aux bavures *

Edouard Odievre

*Les procureures de Dunkerque et Boulogne-sur-Mer ont témoigné de leur

combat quotidien contre les réseaux de passeurs et les naufrages

de migrants, le 27 avril dernier. Elles ont aussi répondu au soupçon,

relayé par les associations, que les parquets ne traiteraient pas avec

assez de diligence l’identification des victimes et les accusations de

violences de la part des forces de l’ordre. *

L’une traque les réseaux de passeurs du Dunkerquois depuis trois ans,

l’autre fait de même dans le Calaisis depuis neuf mois. Elles ont dû perdre

le nombre de leurs réquisitions dans les dossiers d’AESI (Aide aux

Étrangers en Séjour Irrégulier) . Le tarif ? Cinq ans de prison ferme

https://www.nordlittoral.fr/183387/article/2023-08-29/calais-le-passeur-denonce-par-ses-clients

, voire 15 à 20 ans si on y ajoute des circonstances aggravantes : la bande

organisée, les conditions indignes de transport, la mise en danger de la

vie humaine.

Elles ont des limites : la situation administrative des migrants ne les

intéresse pas, seulement le pénal. Elles ont des armes, comme ces deux

circulaires du ministère de la justice, fin 2025, qui ont mis la lutte

contre la criminalité organisée et les réseaux de passeurs au premier plan

des priorités, une réaction institutionnelle aux naufrages persistants.

1 % des dossiers, mais une comparution immédiate sur quatre

On imagine qu’elles ne font que ça, la réalité est plus nuancée. À

Boulogne-sur-Mer, qui couvre aussi le ressort de Calais, Cécile Gressier

estime que les dossiers d’AESI ne représentent que *« 0,8 % à 1 % de

l’activité générale du tribunal. Mais ça représente 4,3 % des poursuites

pénales, et 23 à 26 % des comparutions immédiates -une sur quatre. C’est

assez résiduel en nombre, mais beaucoup plus important en termes de

poursuites. »*Le recours massif à la procédure accélérée de comparution

immédiate, elle l’explique par *« la gravité des faits et l’absence de

garanties de représentation des prévenus. »*Elle explique que les enquêtes

sont *« longues et chronophages : une cinquantaine de gros dossiers par an

en moyenne, dont 88 % concernent des traversées maritimes, 42 % aboutissent

à un procès au tribunal correctionnel, 26 % à l’ouverture d’une information

judiciaire, 21 % à un dessaisissement au profit d’une autre juridiction, et

5 % à un classement sans suites. » *

À Dunkerque, sa collègue Charlotte Huret relève les mêmes tendances, avec

une évolution plus inquiétante : *« En 2024, 26 % des départs se faisaient

depuis les côtes du Dunkerquois. C’est passé à 45 % en 2025, et sur les

premiers mois de 2026 on constate que plus de 64 % des départs se font

depuis le Dunkerquois. »*Et puis il y a ces fusillades qui ont ensanglanté

les campements du Dunkerquois

https://www.nordlittoral.fr/255554/article/2025-07-27/entre-grande-synthe-et-loon-plage-une-nouvelle-fusillade-entre-migrants-fait-un

, comme celle de juin 2025. *« La difficulté, c’est la grande volatilité

des témoins. Les constatations sont très complexes, les personnes blessées

sont souvent acheminées sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute pour

être prises en charge, souvent assez loin de là où les faits se sont

déroulés. »*

Des bavures mises sous le tapis ?

Elles évoquent d’autres difficultés : la répugnance des migrants à porter

plainte, la difficulté à identifier certaines victimes de naufrages, les

enjeux de la nouvelle doctrine d’interception en mer… Mais il en est une

sur laquelle s’acharne la rapporteure de la commission d’enquête, Elsa

Faucillon : le traitement des accusations de violences policières ou de

manquements aux obligations de sauvetage, relayant par là une critique

récurrente des associations humanitaires.

https://www.nordlittoral.fr/250525/article/2025-06-14/calais-utopia-56-assure-que-des-migrants-ont-ete-contraints-une-marche-forcee-de

Les deux magistrates se récrient : non seulement les signalements sont

systématiquement pris en compte, mais en plus elles se chargent de les

suivre en personne. *« Nous ouvrons systématiquement des enquêtes, c’est

bien rodé. On confie plutôt ça à l’IGPN. Il faut récupérer les caméras

piétons des agents ou la vidéosurveillance de la ville avant qu’elles

soient écrasées, faire l’inventaire des forces de l’ordre qui étaient

présentes sur le terrain -parfois ce sont des forces mobiles qui ne sont

que de passage. »*, explique ainsi Charlotte Huret. Cécile Gressier

confirme, précise toutefois que si elle peut fournir des statistiques sur

le nombre de dossiers *« de violences par personne dépositaire de

l’autorité publique »,* toutes ne concernent pas forcément des cas de

violences subies par des migrants. Et Charlotte Huret explique que parfois

les signalements associatifs ne suffisent pas : « On a eu le cas avec les

militants d’extrême droite anglais sur le littoral

https://www.nordlittoral.fr/268049/article/2025-11-17/sur-la-plage-de-gravelines-des-militants-anglais-d-extreme-droite-tentent-d

: ce qui était relayé par les associations -et c’était leur rôle –, quand

on rentrait dans les détails, on n’avait pas de témoins directs, que des

discours rapportés, on ne savait pas combien il y avait vraiment de

victimes, ni qui elles étaient. »

2023 : rupture ou réorganisation ?

Elsa Faucillon a toujours un soupçon : pourquoi, depuis 2023,

https://www.nordlittoral.fr/194317/article/2023-12-15/detroit-du-pas-de-calais-au-moins-un-mort-et65-migrants-recuperes-dans-un

les gendarmes de la section de recherche de Cherbourg, ne sont plus

sollicités pour enquêter sur les naufrages ? Ne serait-ce pas parce qu’ils

s’étaient montrés un peu trop pugnaces dans leurs enquêtes sur les

défaillances internes des forces de l’ordre et de secours lors de

précédents naufrages ? Pure réorganisation interne au sein de la

gendarmerie maritime, dément Cécile Gressier : la cellule Nodens se charge

désormais d’enquêter sur les causes du naufrage et l’identification des

morts, les policiers de l’Oltim gèrent l’aspect filières de passeurs. Et

tout soupçon de défaillance ou de violences des forces de l’ordre font

l’objet d’enquêtes strictement séparées. *« La section de recherche de

Cherbourg est un peu loin… Il n’y a pas de volonté de les tenir à

l’écart. »* , complète Charlotte Huret.