Fwd: [Jungles] En Manche, un équipage de secours aux migrants accusé de comportements racistes [Le Monde, 9.05.2026]

miladyrenoirmiladyrenoir
2026-5-9 11:42

———- Forwarded message ———

De : Maël Galisson

https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/09/en-manche-un-equipage-de-secours-aux-migrants-accuse-de-comportements-racistes_6687258_3224.html

En Manche, un équipage de secours aux migrants accusé de comportements

racistes: *A bord du « Ridens », navire affrété par l’Etat depuis 2023 dans

le Pas-de-Calais, plusieurs marins ont fait l’objet d’un signalement. Le

parquet enquête sur des injures racistes et une mise en danger des

migrants.*

Par Arthur Carpentier http:///signataires/arthur-carpentier/, Julia

Pascual http:///signataires/julia-pascual/ et Tomas Statius

http:///signataires/tomas-statius/ (Lighthouse Reports)

Publié aujourd’hui à 06h00, modifié à 06h01

« Sales races »,* « je les hais tous ces bougnoules »*, *« faudrait tous

les brûler au lance-flammes »*… Que s’est-il passé à bord du Ridens, un

bateau affrété par l’Etat au large du littoral nord de la France pour

porter assistance à des migrants ? Plusieurs faits ont été portés à la

connaissance des autorités, s’apparentant à des injures racistes et à des

mauvais traitements de la part de membres d’équipage, à l’encontre de

personnes secourues lors de leur tentative de traversée vers le Royaume-Uni.

Des* « faits et propos, mettant en cause des marins du *Ridens *et pouvant

recevoir une qualification pénale, nous ont été rapportés »*, confirme la

préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord, qui en a informé la

justice, le 13 avril. Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet

de Dunkerque (Nord), *« des chefs d’“injures publiques en raison de

l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion”, et de “mise en

danger de la vie d’autrui par violation manifestement délibérée d’une

obligation de prudence ou de sécurité” », précise, au Monde *et à son

partenaire Lighthouse Reports, la procureure de Dunkerque, Charlotte Huet.

La société privée SeaOwl, qui détient le Ridens, a également déclenché

une enquête interne. Contactée, elle dit prendre les choses* « très au

sérieux »* et avoir décidé *« des mesures d’éloignement des personnes

éventuellement concernées »*. D’après nos informations, au moins quatre

marins ont été débarqués du navire, dont un commandant.

Initialement conçu pour assurer la sécurité des plateformes pétrolières, le

Ridens est un navire de 40 mètres de long, déployé depuis 2023 dans le

pas de Calais, au côté du Minck, un ancien chalutier-palangrier. Les deux

navires de SeaOwl sont venus renforcer, dans le cadre d’un marché public,

la présence de secours en mer, alors que les moyens de l’Etat – abondés par

des bateaux de la marine nationale, des affaires maritimes ou encore des

douanes – étaient notoirement insuffisants dans la zone. Chaque année,

plusieurs dizaines de milliers de migrants entreprennent des traversées

périlleuses à bord de canots pneumatiques. Le *Ridens *en a secouru environ

6 000 depuis le début de sa mission.

Climat délétère

Ce navire embarque, pour chacune de ses rotations, un équipage d’une

dizaine de membres, dont trois affectés à la sécurité. Ce n’est pas la

première fois que des incidents à bord de ce navire sont rapportés. D’après

nos informations, une enquête interne aurait été diligentée courant 2025

sur des faits de harcèlement moral dont auraient pu être victimes deux

membres du personnel embarqués. Dans le compte rendu, que nous avons

consulté, d’une commission santé, sécurité et conditions de travail de

SeaOwl, de juillet 2025, un syndicaliste aborde ces faits et souligne la

difficulté des marins d’être entendus par la direction.

https://www.lemonde.fr/recherche/?lmd_medium=display&lmd_campaign=trf_feature_lmfr&lmd_variant=inread-web&lmd_source=autopromo

Début 2026, c’est une femme marin qui a, cette fois, fait état d’attitudes

inappropriées à l’encontre de migrants et d’un climat délétère à bord du

Ridens. D’après nos informations, l’inspection du travail a notamment été

alertée et est mobilisée au sein de l’entreprise.

Magalie (le prénom a été modifié) a réalisé deux missions sur le Ridens

en août et en décembre 2025, de quinze jours chacune. Elle explique, sous

le couvert de l’anonymat, avoir été en contact avec des membres de

l’équipage « ouvertement racistes ». Leurs opinions se seraient notamment

exprimées en présence des migrants secourus. A l’été 2025, un matelot

chargé de la sécurité, David H., aurait ainsi lâché : *« Va te faire

enculer sale race »*, à un Iranien qui manifestait sa colère. *« J’ai eu

l’impression que l’Iranien s’était énervé car l’équipage a retiré un

ventilateur alors qu’il était en train de s’en servir pour soulager son

bébé*, rapporte Magalie. *Il faisait 30 °C, et six ventilateurs tournaient

dans la cale de pêche du bateau qui est la salle où sont placés les

migrants. »*

Lors d’une autre opération de secours, Eric G., un autre membre de

l’équipage également chargé de la sécurité – dont Magalie se souvient qu’il

avait pour livre de chevet le brûlot anti-immigration *Populicide *(Fayard,

2025), de Philippe de Villiers – aurait lâché : *« C’est vraiment des

animaux », en voyant du papier toilette au sol. « Ces pue-la-pisse, il

faudrait tous les brûler au lance-flammes »*, aurait-il encore dit, en

aparté. Un marin, qui ne travaille plus pour SeaOwl, affirme lui aussi

avoir entendu des déclarations islamophobes telles que : *« Ils puent, tous

ces musulmans, il faut les tuer, on va les balancer. »*

Rationnement de la nourriture

Outre les propos à caractère raciste, Magalie a été marquée par certaines

attitudes envers les rescapés. Un jour, tandis que plusieurs dizaines de

personnes secourues patientent à bord pendant environ six heures sous une

chaleur d’été, une seule bouteille d’eau de 33 centilitres aurait été

distribuée à chacune d’entre elles, *« alors qu’il en restait 1 250 en

stock »*, relève-t-elle. Un rationnement qu’elle attribue à une volonté de

l’équipage de ne pas se placer dans une posture* « humanitaire »*. *« Il y

a aussi des pâtes de fruits et des barres de céréales en principe en stock,

mais qui ne sont pas distribuées »*, ajoute-t-elle. Trois autres anciens

membres d’équipage confirment, sous le couvert de l’anonymat, le

rationnement de la nourriture à bord.

Lorsqu’elle repense à ses missions embarquées, Magalie a le sentiment

d’avoir été confrontée à du personnel* « dans une paranoïa de dingue »*

vis-à-vis des migrants. *« On m’a dit lors de mon arrivée que parmi eux il

peut y avoir des terroristes »*, rapporte-t-elle.

Les agents affectés à la sécurité ne sont pas les seuls mis en cause. Une

photo, prise sur la passerelle du Ridens, montre un marin arborant un

« 88 » tatoué à l’intérieur du poignet gauche, un code correspondant dans

les milieux d’extrême droite à l’abréviation de « Heil Hitler », le H étant

la huitième lettre de l’alphabet. Plusieurs matelots rapportent par

ailleurs qu’un mécanicien de 31 ans, Eloi B., qualifiait les migrants

de *« bougnoules »

*et qu’il avait pour habitude d’écouter Francs-Tireurs Patriotes, un groupe

de rock identitaire, prisé des milieux nationalistes.

Sur les réseaux sociaux, d’autres membres d’équipage du Ridens ne font

pas mystère de leurs affinités avec des personnalités ou des médias

d’extrême droite, à l’image de David H. sur LinkedIn. Celui qui a eu une

première carrière dans la police nationale like les posts de l’eurodéputée

(Reconquête !) Sarah Knafo ou de Matthieu Valet, député européen du

Rassemblement national (RN). Sur le même réseau professionnel, Cyril M.,

lui aussi ancien policier et membre du Ridens, commente le meurtre d’un

jeune homme, Philippe, tué par trois adolescents à Dunkerque en 2022 : *« Au

risque de paraître suspicieux, nous avons le prénom de la victime, quid du

prénom de ces mineurs dehors à 2 heures du matin ?? Beaucoup de MNA*

[mineurs non accompagnés] étrangers traînent à Grande-Synthe. »

Sur son profil Facebook, Cyril M. affiche en bannière une photo du policier

à l’origine du tir mortel contre Nahel, un jeune homme de 17 ans tué le

27 juin 2023 lors du contrôle de son véhicule. Il attribue des likes à

toute une galaxie d’extrême droite, au sein de laquelle on trouve les

députés RN Franck Allisio (Bouches-du-Rhône) et Sébastien Chenu (Nord),

Sarah Knafo, le média Frontières, une porte-parole du collectif Némésis

ou encore le think tank Institut pour la justice. Un autre marin,

mécanicien sur le Ridens, Xavier L., affiche sur les réseaux sa sympathie

pour le député RN Julien Odoul (Yonne), Sarah Knafo, le média Frontières,

encore, et la militante identitaire Alice Cordier.

*« On fait une mission à vocation humanitaire, mais elle est orientée par

des hommes qui sont d’authentiques xénophobes »*, déplore un marin, cité

plus haut. Il regrette l’incidence délétère sur les sauvetages : *« Certains

se pointent encagoulés »*, poursuit-il. *« Ils cherchent constamment la

confrontation. Ils crient sur les gens, les empoignent et les bousculent.

Ils font tout pour créer des tensions »*, assure un autre. Sollicités, les

membres d’équipage mis en cause n’ont pas donné suite. Seul David H.

*« conteste

fermement les propos et* [les]* comportements qui [lui] sont attribués »*.

Dans une enquête parue dans Le Monde en octobre 2024

https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/10/23/traversees-de-la-manche-de-migrants-enquete-sur-la-pertinence-des-moyens-des-secours-mis-en-uvre_6358679_3224.html,

des acteurs du sauvetage en Manche et des marins ayant réalisé des missions

pour SeaOwl critiquaient le manque de moyens et de professionnalisation des

navires de la compagnie. Ils déploraient tout particulièrement la faible

expérience du personnel dans le sauvetage de masse et l’inadéquation des

navires et des équipements aux opérations de secours.