Fwd: Analyse CNCD-11.11.11 (BE) "Pacte mondial pour les migrations : la Belgique doit retourner du bon côté de l’Histoire" - IMRF (5-8 mai 2026)

miladyrenoirmiladyrenoir
2026-5-5 17:46

———- Forwarded message ———

De : Cecile Vanderstappen Cecile.Vanderstappen@cncd.be

Bonjour,

Ci-dessous vous trouverez une analyse du CNCD-11.11.11 sur le processus de

mise en œuvre du Pacte global des Nations Unies sur les migrations à

l’occasion de la tenue de la seconde IMRF (5-8 mai 2026).

Cécile V.

CNCD-11.11.11

*Lien: **Pacte mondial pour les migrations : la Belgique doit retourner du

bon côté de l’Histoire*

https://www.cncd.be/Pacte-mondial-pour-les-migrations?fbclid=IwY2xjawRmyWVleHRuA2FlbQIxMQBicmlkETBETWt4ODU3eVg5NFZQNks3c3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHj7_g4pgzuCsoX0xXSY6Giztg8G7aDqoERtDuMrbEx1H7dTSzs_eY0bju9C6_aem_abnkWD9UW9GwYxgNl9WNlQ

https://www.cncd.be/Pacte-mondial-pour-les-migrations?fbclid=IwY2xjawRmyWVleHRuA2FlbQIxMQBicmlkETBETWt4ODU3eVg5NFZQNks3c3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHj7_g4pgzuCsoX0xXSY6Giztg8G7aDqoERtDuMrbEx1H7dTSzs_eY0bju9C6_aem_abnkWD9UW9GwYxgNl9WNlQ

*Pacte mondial pour les migrations : la Belgique doit retourner du bon côté

de l’Histoire*

© United Nations Photos

En décembre 2018, le Premier ministre Charles Michel affirmait vouloir

placer la Belgique du bon côté de l’Histoire et tenait tête à la N-VA pour

faire adopter le Pacte des Nations Unies pour des migrations sûres,

ordonnées et régulières – ce qui provoqua la chute du gouvernement. Huit

ans plus tard, du 5 au 8 mai 2026, la Belgique participera à la seconde

revue quadriennale du Pacte : une occasion de faire le point sur ce

processus et sa contribution à un discours alternatif sur les migrations

internationales.

Le Pacte porte une vision alternative des migrations

https://www.cncd.be/-justice-migratoire- : celle de politiques justes,

prospères et solidaires – une bouffée d’air frais dans l’atmosphère

asphyxiante qui domine les politiques migratoires dans le monde depuis une

trentaine d’années.

Il prévoit, tous les quatre ans, un forum d’examen des migrations

internationales réunissant les délégations des États signataires pour faire

le point sur l’avancement de sa mise en œuvre.

La délégation belge sera conduite par les Affaires étrangères et non pas

par le ministère de l’Asile et la Migration comme c’était le cas en 2022 –

signe du malaise de la N-VA concernant la position belge en faveur du Pacte.

Cette analyse propose, après un bref retour sur les origines du Pacte, un

bilan de sa mise en œuvre, avant de mettre en perspective son utilité face

à l’orientation répressive des politiques migratoires dans le contexte

international actuel.

Un Pacte pour des migrations sûres, ordonnées et régulières

En 2016, face à l’enlisement de la crise de l’accueil de 2015, les nations

du monde entier se sentent contraintes d’agir.

Les Nations Unies entament alors un processus de concertation multilatérale

qui mènera, en décembre 2018 à Marrakech, à l’adoption d’un Pacte pour des

migrations sûres, ordonnées et régulières par 152 pays dont la Belgique.

Juridiquement non contraignant, il repose sur l’engagement volontaire des

États signataires et vise à améliorer la gouvernance migratoire par des

dialogues internationaux.

L’approche du Pacte est globale, à la mesure du caractère multidimensionnel

des migrations, et cherche – à travers dix lignes directrices et ses 23

objectifs, un équilibre entre coopération internationale et souveraineté

nationale. Articulé autour des droits humains et du droit international, il

aborde les enjeux migratoires de manière rationnelle et ouverte – non

répressive, non discriminatoire et ancrée dans les Objectifs de

développement durable https://www.cncd.be/mot1277. Le regard posé sur les

personnes migrantes y est résolument positif et inclusif.

Dans cet esprit, il traite des solutions durables aux causes structurelles

des migrations forcées – dont le dérèglement climatique –, des voies

légales et sûres de migration, de la traite des êtres humains, de la

régularisation des personnes en séjour irrégulier, du droit de porter

plainte en cas de violation des droits, ainsi que des droits des enfants et

de l’égalité de genre https://www.cncd.be/-egalite-des-genres-.

Ce pacte n’est pas parfait. Outre son aspect non contraignant – qui rend le

contrôle démocratique par la société civile d’autant plus essentiel –, il

comprend des limites au niveau de son contenu. En particulier, il ne remet

pas en cause l’externalisation — soit le transfert de la gestion des

migrations vers des pays tiers, souvent au mépris des droits fondamentaux

des personnes migrantes—, passe sous silence le principe de non-refoulement

et ne condamne pas de façon inconditionnelle la détention des enfants et

des demandeurs d’asile.

Le Pacte prévoit, tous les quatre ans, un Forum d’examen des migrations

internationales (International Migration Revue Forum - IMRF) réunissant

les États signataires pour faire le point sur l’avancement de sa mise en

œuvre. En amont, chaque pays peut déposer un rapport énumérant ce qu’il a

réalisé les dernières années au regard de son plan d’action national.

S’ensuivent quatre jours de tables rondes et de dialogues politiques, qui

se clôturent par une séance plénière adoptant par consensus une déclaration

de progrès, qui se structure autour de trois axes : une réaffirmation du

soutien aux objectifs du Pacte, un état des lieux des avancées autour des

23 objectifs et des recommandations pour accélérer sa mise en œuvre et

renforcer la collaboration internationale. La première IMRF a eu lieu en

2022, la seconde aura lieu du 5 au 8 mai 2026 à New York.

*Premier bilan du Pacte en 2022 : une vision qui se heurte aux mesures

européennes*

Le bilan lors du premier forum était nuancé, comme le reconnaissaient les

Nations Unies elles-mêmes : « *Nous sommes préoccupés par le fait que les

progrès accomplis pour faciliter et tirer parti des avantages des

migrations sûres, ordonnées et régulières sont lents et inégaux dans de

nombreux domaines (…). Les Etats membres doivent redoubler d’efforts pour

apporter des réponses nationales ambitieuses en vue de la mise en œuvre du

Pacte mondial * ».

La vision des migrations internationales défendue par le Pacte se heurtait

en effet aux mesures prises notamment par l’Union européenne et la majorité

de ses États membres. Comme en témoigne le soutien aux garde-côtes libyens

pour intercepter les embarcations en mer internationale, la criminalisation

des ONG de sauvetage et l’accueil déplorable aux frontières de l’Europe. Au

total, les seuls points ayant significativement progressé étaient la lutte

contre le trafic d’êtres humains, la collecte et le partage des données. La

Belgique n’a pas échappé à cette tendance : son plan d’action national se

limitait d’ailleurs à 5 objectifs sur les 23 du Pacte, dont un seul portait

sur les voies légales et sûres de migrations, les autres du contrôle et du

retour.

La conférence elle-même n’a pas permis une réelle inclusivité des

organisations de la société civile et des premières personnes concernées –

ce que le CNCD-11.11.11 a déploré. Par ailleurs aucun engagement sur la fin

de la détention des enfants et de façon suffisante sur les voies légales et

sûres de migration ainsi que la prise en compte réelle du genre. Les

recommandations comportaient toutefois des avancées notables : la mention

du mot « régularisation », ainsi que la dénonciation explicite du racisme

et des discriminations et de leurs conséquences sur les droits des

personnes migrantes.

Préparation au bilan de 2026 : un contexte toujours plus restrictif

Quatre ans plus tard, le constat de la mise en œuvre du Pacte est à nouveau

nuancé. Comme en 2022, son esprit s’érode face à la vision répressive des

migrations prônée au niveau mondial, en particulier en Europe et en

Belgique.

Entre 2022 et 2026, les institutions européennes ont adopté le Pacte

européen sur la migration et l’asile

https://www.cncd.be/-pacte-europeen-asile-migration- dans une approche

résolument restrictive, ainsi que d’autres réformes législatives suivant la

même logique – à savoir l’élargissement du concept de « pays tiers sûr » et

la révision du Règlement retour. Au niveau belge, le non-accueil des hommes

isolés demandeurs d’asile, décidé par la Secrétaire d’État à l’Asile et la

Migration Nicole De Moor sous la Vivaldi, a illustré le glissement

progressif de la Belgique vers le non-respect de ses obligations

internationales en matière d’accueil et d’État de droit. Ce mouvement s’est

encore accentué avec la nomination d’une représentante de la N-VA au poste

de ministre en charge de la migration et de l’asile sous l’Arizona.

En amont de la tenue de l’IMRF, la Belgique a remis son rapport de mise en

œuvre. Elle y explique mener une politique de contrôle qui repose d’une

part sur la lutte contre l’immigration irrégulière et le retour, et d’autre

part sur la migration légale – essentiellement économique – au service des

besoins et de la capacité du pays. Afin de faciliter les réadmissions, elle

indique que l’aide publique au développement et les visas seront une

conditionnalité intégrée dans tous les futurs partenariats. La Belgique

concentre par ailleurs son rapport sur une dizaine d’objectifs du Pacte et

non sur l’ensemble des 23. Sont cités : les efforts concernant la migration

« économique » via la réforme du permis unique, la facilitation des

transferts de fonds des diasporas, le soutien à la mobilité régionale au

Sud comme levier de développement (projets d’ENABEL), les retours et la

réinsertion, la lutte contre la traite et la migration irrégulière via ses

campagnes de dissuasion et d’information.

Quel consensus multilatéral dans un contexte hostile ?

Malgré ce contexte international tendu, les États vont devoir s’accorder

sur une déclaration finale à l’issue du forum. Un premier draft a été

publié le 6 avril ; il porte des signaux encourageants : réaffirmation des

principes directeurs du Pacte — droits humains, État de droit, approche

centrée sur les personnes — ; reconnaissance explicite que tous les

migrants, quel que soit leur statut, sont titulaires de droits et que leur

sécurité et leur dignité doivent être protégés ; reconnaissance également

du rôle positif des migrations pour les sociétés et le développement

durable. Au vu du contexte répressif actuel, de telles formulations

tranchent résolument avec le discours dominant.

Sur la mise en œuvre, le texte reconnait l’ampleur des lacunes : absence de

prise en compte des facteurs structurels des migrations forcées et de la

nécessité de créer des conditions permettant aux communautés et aux

individus de vivre dignement dans leur propre pays ; défis liés au respect

du droit international en matière de contrôle, de gestion des frontières,

de détention et de protection des données ; lacunes persistantes en matière

de retours dignes et de réintégration ; accès limité aux services de base

pour les personnes migrantes. Le texte exprime une inquiétude croissante

face aux discriminations, à la xénophobie et aux récits trompeurs qui

minent la cohésion sociale — ainsi que face aux discriminations de genre

envers les femmes et les filles, sans toutefois mentionner les personnes

LGBTQI+. Il salue par ailleurs l’augmentation des accords facilitant la

mobilité pour motifs de travail et de dérèglement climatique, mais déplore

le peu de possibilités de migrations légales pour raisons humanitaires et

pour le regroupement familial. Il réaffirme son engagement dans la

coopération internationale pour sauver des vies et souligne la nécessité de

veiller à ce que les victimes de traite ne soient pas criminalisées et que

la fourniture d’une aide exclusivement humanitaire ne soit pas jugée

illégale.

Parmi les autres recommandations figurent l’engagement à garantir des

retours dans le plein respect des droits humains, à élaborer des politiques

et législations nationales sensibles au genre, à améliorer l’accès aux

services de base à toutes les personnes migrantes et à réduire les couts

des transferts de fonds des diasporas. Deux engagements supplémentaires

sont à saluer : l’accélération d’actions mesurables pour mettre fin à la

détention des enfants et le renforcement du discours public contre les

discriminations et en faveur de la valorisation de la contribution des

personnes migrantes à nos sociétés.

Le Pacte est un puissant outil narratif

Le risque est réel que la présence de la Belgique à l’IRMF ne soit plus la

défense du Pacte, comme ce fut le cas en 2022, mais son affaiblissement. En

effet, faute d’accord au sein du gouvernement sur l’adhésion de la Belgique

à la Déclaration de progrès, celle-ci serait contrainte de s’abstenir. Cela

limiterait la liste des pays s’affichant officiellement en faveur de la

mise en œuvre effective de l’ensemble des objectifs du Pacte. Le Pacte

représente en effet pour les conservateurs nationalistes une fenêtre à

calfeutrer définitivement, tant il incarne, dans un paysage migratoire

mondial dominé depuis trois décennies par des politiques de fermeture et de

répression, une rupture bienvenue : celle d’une approche plus juste,

solidaire et prospères des migrations.

Dès lors, même s’il a ses limites, le processus lié à l’IMRF demeure le

seul cadre multilatéral de dialogue existant sur les migrations et se

trouve, à ce titre, au cœur de la bataille des idées sur la scène

internationale.

En défendant sincèrement les principes directeurs et l’ensemble des 23

objectifs du Pacte, la Belgique pourrait rester du bon côté de l’Histoire

et contribuer à l’émergence d’un discours au service d’un monde juste,

solidaire et prospère : un monde où chacun et chacune à sa place et où il

fait bon vivre ensemble.

Cécile VANDERSTAPPEN

Chargée de recherche et de plaidoyer Justice Migratoire

(Absente le lundi)

Centre national de coopération au développement - CNCD-11.11.11 asbl

Quai du commerce, 9 - 1000 Bruxelles