Fwd: Cartographier les mouvements migratoires

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2026-5-1 19:42

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6 novembre 2025

Cette contribution est une réédition de l’article collectif du même nom

paru en 2016 dans la *Revue Européenne des Migrations Internationales

https://journals.openedition.org/remi/8249* [1

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb1

]. Il peut sembler curieux de republier une réflexion sur les

représentations visuelles « vieille » de presque dix ans, puisque ce monde

fort mouvant change de plus en plus vite, mais les approches réflexives,

épistémologiques et méthodologiques développées ici restent pertinentes

dans un contexte où la représentation figurée de l’information est devenue

omniprésente. Le texte a été adapté, édité, partiellement mis à jour et

augmenté de quelques exemples et de nouvelles cartes et illustrations, par

les auteurices et le collectif Visionscarto. Il explore l’évolution de la

cartographie des migrations internationales depuis le début des années 1990.

Après un bref rappel des évolutions de la cartographie des flux migratoires

depuis ses origines au XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui, les auteurices

évoquent les principaux défis techniques et épistémologiques que les cartes

de flux ou représentant des itinéraires ne cessent de poser, et présentent

de nouvelles formes cartographiques, ayant émergé depuis le début des

années 2000, dans les domaines croisés de la science, de l’art et du

militantisme.

*Par Lucie Bacon https://luciebacon.com/, Olivier Clochard, Thomas

Honoré,Nicolas Lambert, Sarah Mekdjian et Philippe Rekacewicz*

Coordination éditoriale : Joséphine Hertault-Doche, Cristina Del Biaggio et

Philippe Rekacewicz.

[image: JPEG - 143.8 kio]

Shusaku Arakawa (1936-2010) « Être non gravitationnel » (1983-1984)

Photo : Rob McKeever

Cartographier les mouvements migratoires revient nécessairement à «

immobiliser » un système qui s’inscrit dans l’espace et dans le temps, dans

un contexte social et politique complexe. Il s’agit d’un véritable défi car

non seulement les personnes en migration et/ou sur le chemin de l’exil se

croisent, mais ils et elles font aussi des « pauses », plus ou moins

longues, s’installent temporairement dans un pays, dans un lieu, y restent

quelques jours, quelques semaines ou quelques années, et parfois en

repartent.

La complexité de ces itinéraires dynamiques, qui défient la géographie et

la cartographie des migrations, doit alors s’adapter à des évolutions

politiques et temporelles souvent très rapides. C’est pourquoi la

cartographie risque toujours d’être anachronique avant même que la carte ne

soit terminée

Par ailleurs la mesure des « flux », dont l’étymologie latine fluxus rappelle

le sens premier d’« écoulement », suppose d’analyser les migrations en

agrégeant des données, à la fois spatiales et temporelles, avec des

traitements qui peuvent être très différents. Le terme général de « flux »,

qu’on trouve dans de nombreux titres de cartographies migratoires, est

rarement explicité.

Ainsi un flux migratoire peut-il être mesuré à partir du comptage du nombre

de passages effectués en un lieu pendant un intervalle de temps donné (par

exemple, le nombre de personnes ayant traversé la frontière

États-Unis-Mexique, en 2015, à Ciudad Juárez) ; il peut aussi être mesuré

entre deux points (le nombre de personnes parties en 2015 du Chiapas au

Mexique pour se rendre en Californie). Dans le premier cas il s’agit d’un

comptage du mouvement en train de se faire et mesuré à un endroit précis ;

dans le second, le mouvement est reconstitué a posteriori à partir de

données quantitatives absolues (le « stock » de personnes mexicaines du

Chiapas recensées en Californie depuis 2015). Les cartes prennent aussi en

charge des mouvements individuels, qui ne sont plus appelés « flux » mais «

itinéraires » ou « parcours », en croisant des données spatiales avec des

données qui peuvent être sociales, politiques, temporelles [2

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb2

].

[image: JPEG - 104.6 kio]

Paul Klee (1879-1940) « Dix-sept » (1923)

Rendre compte de la complexité de données temporelles à partir de la

cartographie, qui relève d’une analogie spatiale, est un horizon de

recherche qui a donné lieu à des innovations techniques et

épistémologiques, notamment les chorèmes

https://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/chorematique statiques, puis

dynamiques, ou les cartographies informatiques animées, dont certaines sont

interactives (Kaddouri, 2008).

Dans le champ des études migratoires, la représentation du mouvement reste

un défi, d’autant que l’accès aux données statistiques reste souvent

problématique. Les instruments statistiques dont nous disposons [3

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb3

] sont souvent incomplets, imprécis, voire critiquables dans leur mode de

construction. Il faut néanmoins noter de grands progrès qualitatifs depuis

les années 2000, stimulés notamment par le développement du « data

journalism [4

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb4

] ». Pour cartographier les processus migratoires, et ce à différentes

échelles, il est nécessaire de « généraliser » et de traiter les données

disponibles en « paquets », c’est-à-dire de synthétiser les informations

disponibles pour imaginer les représentations de grandes tendances, à

défaut d’être capable de les quantifier précisément.

En complément de ce travail, nombre de chercheurs et chercheuses

travaillent sur le terrain et utilisent la cartographie à une échelle assez

fine, comme outil d’analyse destiné à mieux comprendre les processus en

cours dans les camps, les lieux d’accueil, les gares, les aéroports, les

villes et leurs quartiers.

Des initiatives participatives, ouvertes à la société civile en dehors des

uniques cercles académiques, comme Close the camps

http://closethecamps.org/, The Migrants files (projet abandonné le

24 juin 2016) ou encore Watch the Med https://watchthemed.net/ (qui

semble ne plus être actif depuis octobre 2024), permettent la mise en place

d’un appareil de collecte de données quantitatives et qualitatives, et ce

grâce à des personnes qui recueillent des informations disparates [5

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb5

]. Ces projets sont « ouverts et participatifs », ils permettent de réunir

et croiser les statistiques de différentes bases de données enregistrées

depuis 2000. Effectuant des mises à jour régulières, ces « producteurs de

données » sont aussi des acteurs très importants de la « fabrication » de

la carte.

[image: JPEG - 113.3 kio]

Wassily Kandinsky « illustration 24 (Ligne) », schéma pour le tableau

*Communication

intime* (1925)

Structure horizontale-verticale avec des tensions diagonales et ponctuelles

contrastées

Les travaux cartographiques menés par des acteurs non gouvernementaux ou

individuels restent fragiles et difficiles à pérenniser : ils peuvent

cesser du jour au lendemain, faute de ressources humaines ou financières,

nous laissant orphelins d’informations souvent cruciales et introuvables

par ailleurs. Pour rappel, la première version de la « carte des morts aux

frontières de l’Union européenne

https://journals.openedition.org/com/865?file=1 » est parue dans la

revue *Les

cahiers d’outre-mer* (Clochard, 2003). Elle a ensuite été retravaillée avec

Philippe Rekacewicz, et publiée en 2004 dans Le Monde diplomatique. Elle

a, depuis, été de nombreuses fois actualisée et complétée

https://migreurop.org/article3301.html. Ces modes de production de la

connaissance, encore en cours d’élaboration, s’avèrent particulièrement

prometteurs.

À la prise en compte des temporalités dans la cartographie migratoire, et à

la nécessité de recueillir des données vérifiables, s’ajoutent des enjeux

représentationnels cartographiques spécifiques. « Message dessiné » qui

peut être fictionnel et/ou référentiel, la carte est un iconotexte

(Cosgrove, 2001 : 148), un ensemble de symboles graphiques définis par des

attributs de forme, de taille, de couleur, auxquels on donne une

signification : des flèches, des carrés, des ronds ou des traits qui sur la

carte symbolisent des réfugié·es, des camps, des points de passage, des

murs ou des frontières. La légende explicative des éléments constitutifs de

la carte répond à une grammaire et à une sémiologie singulières.

[image: JPEG - 138.3 kio]

Paul Klee (1879-1940) « Peinture murale pour le Temple du Désir » (1922)

Les cartes de flux migratoires élaborées à partir du symbole de la flèche

sont les modèles les plus connus de figuration et de formalisation de

données spatio-temporelles relatives aux migrations. Dans le cas des cartes

référentielles, le passage des réalités observées à la représentation

symbolique, en particulier par la flèche, n’est pas sans danger. Tous les

choix graphiques – nécessairement subjectifs, même si inspirés de langages

institués, comme la sémiologie graphique

https://www.visionscarto.net/la-semiologie-graphique-a-50-ans de Jacques

Bertin (1967) – peuvent conduire à des interprétations en décalage, voire

en contradiction, avec les intentions des cartographes : des flèches trop

épaisses qui pointent dans la même direction risquent d’évoquer (ou

suggèrent plus ou moins inconsciemment) une « invasion » ; des ronds trop

petits, à peine visibles, peuvent constituer un déni de reconnaissance

d’une importante population réunie dans un camp (carte 1).

[image: JPEG - 170.4 kio]

Carte 1 - À gauche : Frontex, « Principales nationalités des personnes

migrantes franchissant illégalement les frontières, avril-juin 2015 » -

À droite : « Immigration africaine dans l’Union européenne », Nelly

Robin, *Atlas

des migrations ouest-africaines vers l’Europe 1985-1993*, IRD

Éditions/Eurostat,

1996

À partir d’une étude de cartes médiatiques des migrations transsahariennes,

Choplin et Pliez (2011) ont critiqué la construction *« d’un espace

migratoire lisse, c’est-à-dire où le trait en dessin continu de quelques

routes migratoires occulte toutes les « aspérités » — spatiales et

temporelles, d’ordre politique, policier, pécuniaire… — qui jalonnent les

itinéraires empruntés par les migrants ».* Un des défis de la cartographie

des migrations, en complément des approches quantitatives et agrégées de

ces mobilités, est de rendre compte du mouvement dans ses dimensions

qualitatives et sensibles, notamment depuis le point de vue de celles et

ceux qui se déplacent. Les auteurs soulignent ici une tendance des cartes

migratoires au réductionnisme, à la déshumanisation et à la dépolitisation

des contextes de déplacement.

Choplin et Pliez notent aussi, pour certaines « cartes médiatiques », le

risque d’une confusion entre « itinéraires » et « flux », alimentant encore

l’angoisse de l’« invasion » :

*Les longs traits qui figurent la migration africaine vers l’Europe

restituent l’image un peu inquiétante d’une invasion passant par des

itinéraires (les villes de Ceuta et Melilla, la Libye, etc.) qui sont

pourtant rarement empruntés simultanément par des milliers de migrants. De

telles cartes font oublier que ces flux sont marginaux au regard des

migrations africaines et même des migrations transsahariennes. »*

— Choplin et Pliez, 2011.

L’européocentrisme, ou plus largement la reproduction d’une division entre

un « Nord » et un « Sud », le choix de fonds de carte normés qui

reconduisent l’imaginaire politique de frontières linéaires et fixes, la

réduction du mouvement à des flèches ou à des mesures de stocks, sont

autant d’enjeux scientifiques, représentationnels et politiques posés à la

cartographie des mouvements migratoires.

[image: JPEG - 890.7 kio]

Paul Klee (1879-1940)

« Séparation dans la soirée » (1922)

Un autre risque posé par la cartographie des migrations relève des usages

qui en sont faits par les dispositifs étatiques et supra-étatiques pour

surveiller et tracer les mouvements de populations et de personnes. Les

systèmes d’information géographique (SIG), les GPS, et la cartographie en

général, sont bien des outils mis au service de politiques de contrôle et

d’exclusion. Dans le registre scientifique, il est donc important de

s’interroger sur les usages possibles , hors du monde académique, des

cartes produites, et sur les liens entre production du savoir et politique.

C’est bien ici toute une éthique du travail de représentation qui est en

jeu, en lien avec des contextes politiques et idéologiques conflictuels.

À partir d’une analyse de l’histoire et de l’actualité de la cartographie

des flux migratoires, issue de sources très diverses – scientifiques,

artistiques, militantes – et de différents contextes géographiques à

diverses échelles, nous proposons d’analyser quelques-uns des principaux

défis techniques, éthiques, institutionnels et politiques de la

représentation cartographique des migrations internationales.

Dans une perspective critique, nous analyserons à la fois le rôle de la

cartographie dans la production du savoir et de la connaissance dans le

domaine migratoire, et son potentiel de transformation sociale et politique.

Dans un premier temps, nous traçons quelques lignes structurantes de

l’évolution de la cartographie scientifique relative aux mouvements

migratoires, depuis ses débuts au XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Dans un

second temps, nous identifierons et analyserons les principaux défis

techniques et épistémologiques et les enjeux politiques qu’elle continue de

poser. Enfin nous présenterons une typologie de cartographies migratoires

créatives et « indisciplinaires », qui se situent entre science, art et

militantisme.

Évolutions et enjeux

C’est au XIXe siècle, avec la naissance de la cartographie thématique

moderne qui utilise des statistiques démographiques, sociologiques et/ou

économiques, qu’émergent les premières cartes de flux migratoires.

Toutefois ce type de cartographie ne se généralisera que bien plus tard, à

la fin des années 1980, au moment où les migrations deviennent un véritable

objet de recherche.

Un monde en mouvement, mais peu de cartes pour le montrer

[image: JPEG - 1.3 Mio]

Carte 2 - Ernst Georg Ravenstein, Currents of Migration.

Source : Journal of the Statistical Society of London, Vol. 48, No. 2,

1885, page 183.

Selon Françoise Bahoken (2013 : 2), la carte Currents of Migrations éditée

en 1885, et réalisée par Ernst Georg Ravenstein, géographe et cartographe

allemand de la Royal Geographic Society (RGS) de Londres, […] semble être

la première carte de flux réalisée avec des flèches » (Carte 2). Cette

carte n’établit pas de hiérarchisation entre les flux, elle relève d’une

approche qualitative des mobilités internes au Royaume-Uni, à la

Grande-Bretagne et à l’Irlande. Un « premier groupe de flèches semble […]

illustrer des mobilités locales à courte distance inter-comtés […]. Un

second groupe semble représenter des flux internes, caractérisés par

l’absence de franchissement de limite. Un troisième groupe de flèches est

formé par des flux inter-États (entre l’Irlande et l’Angleterre) qui

suggère des mobilités à plus longue distance » (Bahoken, 2013 : 6).

Une autre carte réalisée au XIXe siècle [6

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb6

] montre les migrations d’ouvriers agricoles en Russie d’Europe vers les

régions méridionales, jusqu’à la mer Noire et la mer Caspienne (carte 3).

[image: JPEG - 785.4 kio]

Carte 3 - Russie européenne : métiers agricoles saisonniers

Édité par Iliine Alekseï Alekseevitch, Saint-Pétersbourg

Source : Gallica, BnF

[image: JPEG - 624.3 kio]

Carte 4 - Ethnographie et migrations au Gabon et au Congo Français (1905)

Lieutenant René Avelot (1871-1914)

Source : Gallica, BnF

Alors que les migrations internationales au XIXe siècle sont marquées par

des flux très importants [7

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], et que la cartographie statistique connaît des avancées notoires entre

1835 et 1855 avec « différentes techniques de représentation […] parmi

lesquelles celle des mouvements » (Robinson, 1955 : 1), les cartes

migratoires restent néanmoins très peu nombreuses. Seule la carte de

Charles-Joseph Minard représente, de manière approximative et sans flèches,

les migrations à l’échelle du globe en 1858 (carte 6) [8

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]

En parcourant différents ouvrages et atlas publiés au tournant des XIXe et

XXe siècles [9

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb9

], quelques documents – s’intéressant à des processus plus localisés –

utilisent des flèches comme éléments cartographiques.

[image: JPEG - 545.2 kio]

Carte 5 - Courants métanostasiques dans le peuplement des pays serbes

du XVe siècle

à nos jours (1918)

Jovan Cvijić (1865-1927), éditions Armand Colin

Source : Gallica, BnF

Nous pouvons citer en exemple les cartes de René Avelot imaginées en 1905

et dessinant les principales migrations au Gabon et au Congo français

(Carte 4), ainsi que celle de Jovan Cviji, publiée en 1918, et représentant

les déplacements de populations peuplant en partie les pays serbes du XVe au

début du XXe siècle (Carte 5). Mais dans les atlas, les flux sont davantage

représentés sur les cartes qui montrent des données économiques à l’échelle

du monde, où les transferts de café, thé et céréales (blé d’Argentine, des

États-Unis ou du Canada vers l’Europe) croisent ceux – quelques pages plus

loin – de la production mondiale industrielle (tissus, métallurgie, etc.)

(Schrader et Gallouédec, 1923) (carte 7).

[image: JPEG - 1.1 Mio]

Carte 6 - Carte figurative et approximative représentant pour l’année 1858

les émigrants du globe

source : David Rumsey Historical Map Collection

[image: JPEG - 926.7 kio]

Carte 7 - Production mondiale des sols

Source : Schrader Franz et Gallouédec Louis (1923) *Atlas classique de

géographie ancienne et moderne*, Paris, Hachette, p. 123.

L’absence de représentations des flux humains tient à des raisons

essentiellement politiques : représenter les grandes migrations européennes

aurait signifié mettre l’accent sur des sociétés « développées » en crise.

La structure spatiale des échanges économiques entre des couples de lieux

d’origine (i) et de destination (j) a dominé l’objet des cartographies de

flux jusque dans les années 1980, lorsque les études sur les migrations

internationales contemporaines commencent à se développer.

Des cartographies contemporaines de flux (sur)évaluant les processus

migratoires

[image: JPEG - 477.1 kio]

Carte 8 - Les routes africaines de l’immigration clandestine

Source : Le Monde, 24 août 2004.

Certaines cartes publiées dans des revues scientifiques ou dans les médias

laissent parfois penser que les déplacements de populations sont (très)

importants statistiquement par rapport à la population mondiale. Ce type de

représentation peut être lié aux couleurs utilisées : le noir ou le rouge

foncé ne véhiculent pas forcément le même message que des couleurs froides

comme le bleu ou le vert (Bertin, 1967). Des cartes élaborées par des

« journaux

de référence », comme Le Monde et The Guardian, surinterprètent ainsi

fréquemment les processus analysés (Carte 8). À une période où les

logiciels de cartographie étaient moins avancés, des cartes – comme celles

publiées dans la Revue Européenne des Migrations Internationales (REMI)

en 1992

https://www.persee.fr/doc/remi_0765-0752_1992_hos_8_1_1034?pageId=T1_80

laissaient a posteriori une impression d’arrivées massives, que la

couleur noire – liée aux contraintes de publication de l’époque –

renforçait.

Pour Simone Donnefort [10

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb10

] « cette question ne se posait pas à l’époque », alors que Gildas Simon

expliquait :

*L’objectif était surtout de montrer qu’il y avait une base d’informations

derrière ce type de cartes. Par exemple, pour celles publiées en 1992,

elles permettaient, pour l’une, de souligner l’importance des migrations,

notamment turques et polonaises, vers l’Allemagne par rapport aux

migrations allant du Maghreb vers la France ; pour l’autre, elle rappelait

que l’immigration irlandaise vers le Royaume-Uni perdurait, etc. [11

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb11][…]

À cette époque, nous étions très peu à réaliser ce type de cartes, chacun

bricolait dans son coin, nous travaillions à tâtons et j’imagine que des

cartes continuent de se faire ainsi. […] Nous n’avions pas de recul sur ces

graphismes qui, à mon sens, étaient perçus différemment. Néanmoins plus le

temps a passé, plus j’ai prêté de l’attention à ces représentations. Comme

me l’a souvent rappelé Abel Bouillet qui m’a enseigné la cartographie, si

la carte doit être lisible immédiatement, il est parfois important de ne

pas trop ancrer les représentations dans l’imaginaire des lecteurs. »*

— Entretien réalisé le 4 février 2016

Représenter des mouvements de réfugié·es, des circulations migratoires avec

des flèches, c’est naturellement une « tentation cartographique » : l’image

qu’elles procurent peut gêner aussi bien les cartographes que les lectrices

et les lecteurs en donnant l’impression que les flèches dessinées sur la

carte disent autre chose que ce que les cartographes auraient – parfois –

souhaité transmettre. Les cartes représentant les flux de demandeurs et

demandeuses d’asile vers l’Europe par exemple doivent être comparées avec

la population européenne ou encore la population réfugiée aux abords des

zones en conflit (près de 84 % des réfugié·es dans le monde en 2015 sont

accueilli·es dans des pays limitrophes aux zones de conflit). Si les flux

apparaissent spectaculaires sur certaines cartes, la confrontation avec

d’autres échelles doit permettre de les relativiser. Rappelons qu’entre

2014 et 2015, le nombre de demandeuses et demandeurs d’asile en Europe a

augmenté, mais que leur présence ne représente pas plus de 0,3 % de la

population de l’Union européenne aux mêmes dates. Ces représentations

peuvent être liées à un « effet loupe », à l’image de certains reportages

de télévision montrant l’arrivée de personnes à une frontière sur un plan

serré [12

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb12

]. Ici, c’est le cartographe, qui, en élargissant le trait de la flèche,

renforce l’illusion de flux importants.

Les cartes représentant les flux de la migration dite « clandestine » et

dont les principaux éléments sont des flèches sans valeur proportionnelle [

13

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb13

], conduisent, par ailleurs, à minimiser, voire invisibiliser d’autres

migrations internationales dont les données statistiques sont disponibles.

Par exemple, seule une partie des migrations clandestines transitant par

l’espace sahélien se dirige ensuite vers le continent européen, alors que

les migrations régionales au sein de l’Afrique sont bien plus importantes

(Lessault et Beauchemin, 2009). En gommant, volontairement ou non, la

diversité des mouvements de populations dans la partie septentrionale de

l’Afrique, les migrations se résument trop souvent aux routes empruntées

par des réseaux mafieux. Même s’il ne s’agit pas de nier l’existence de ces

économies criminelles, dont les politiques migratoires européennes sont en

partie responsables, la surreprésentation des liens entre immigration et

criminalité se renforce lorsque, sur les cartes, les routes migratoires

sont associées à celles des trafics d’armes, de drogues ou autres produits

de contrebande.

Par définition, ces migrations « illégalisées » ne peuvent pas être

comptabilisées

On peut citer la carte Trans-Sahara Trafficking and Threat Finance (figure

9) qui représente les trafics illicites vers la Libye depuis le Mali,

l’Algérie, le Tchad, le Soudan et l’Égypte. Cette carte propose des

interprétations erronées dans le sens où les réponses à la lutte contre le

crime organisé (armes et drogues) ne peuvent pas être les mêmes que celles

qui peuvent être apportées à la migration des personnes en quête de

protection ou d’une vie meilleure.

Ces « inepties cartographiques » sont bien souvent utilisées dans la

propagande des mouvements d’extrême droite xénophobes et opposés aux

migrations. Par exemple, pour le Mouvement pour la Remigration, au regard

de la carte 4 reproduite dans un de leurs rapports, « la fabrication de

réfugiés [ne serait] qu’un secteur de la criminalité comme les autres […].

Les groupes armés [“recruteraient”] ainsi toujours plus de réfugiés. Ces

“migrants” [deviendraient] à leur insu les banquiers du crime et du

terrorisme, finançant du matériel, des hommes, et des armes […]. [Selon ce

mouvement, il serait] crucial de réaffirmer l’ancrage des réfugiés sur leur

propre territoire pour ne pas céder de terrain aux terroristes [14

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb14

]. »

[image: JPEG - 194.6 kio]

Carte 9 -Trans-Sahara Trafficking and Threat Finance, 22 April 2015

Source : Norwegian Center For Global Analysis, 2015.

Devant de tels propos, aussi faux qu’injustifiables juridiquement et

politiquement, les cartographes se doivent de réfléchir à ce qu’ils et

elles produisent, et à la manière dont ils et elles conçoivent les cartes.

Une question est notamment de savoir s’ils et elles doivent choisir entre « la

flèche » – avec ou sans valeurs proportionnelles –, ou « l’itinéraire »,

pour essayer de tracer plus précisément le paysage de la migration en

relation avec les contextes locaux et régionaux.

Prise en compte et ignorance des contextes (géo)politiques

Les représentations cartographiques des flux migratoires ignorent souvent

les contraintes de la situation géopolitique régionale auxquelles les

personnes sont confrontées. Par exemple, pour les réfugié·es syrien·nes

fuyant la guerre depuis 2011, l’impossibilité de se déplacer vers Israël,

les craintes des populations de confession sunnite d’aller vers l’Irak et

l’Iran, les difficultés pour rejoindre les États du Golfe et du Caucase du

Sud, ne sont pas indiquées sur les cartes. Pourtant, ces différents

éléments expliquent en partie que les réfugié·es soient situé·es

majoritairement en Jordanie, au Liban et en Turquie et que certain·es

s’orientent ensuite vers des pays d’Afrique, d’Europe voire d’Amérique

latine. La majorité des cartes de flux migratoires parviennent en effet à

la perception d’un territoire où les difficultés sociales, les obstacles

administratifs ou (géo)politiques et la distance ne sont pas pris en compte.

*Les concepteurs de ces cartes [dont nous faisons parfois partie] opèrent

ainsi de nombreux raccourcis qu’ils imposent au lecteur ; ils laissent de

côté les questions essentielles, mais peu documentées de la hiérarchisation

des flux ou de l’importance de telle ou telle agglomération le long de ces

routes, ou encore de la variabilité du phénomène, de sa saisonnalité »*

— Choplin et Pliez, 2011.

Il est difficile de faire figurer toutes ces informations sur une même

carte, sous peine d’avoir un document difficilement compréhensible. Il est

néanmoins important de représenter des éléments qui expliquent en partie

l’environnement dans lequel s’effectuent les migrations des personnes. Ce

type de cartographie dessine diverses « rugosités » à travers lesquelles

les parcours s’élaborent. En regardant par exemple la carte 5

intitulée *Expérience

migratoire et justice spatiale. L’itinéraire de Rokyata, mineure

ivoirienne, du Sahel aux rives de la Méditerranée*, issue des travaux de

Nelly Robin (2014 : 104), on constate que ces jeunes migrant·es – au-delà

du fait qu’elles et ils ont recours à différents moyens de transport

(maritime, terrestre et aérien) – ont des parcours qui se déploient

différemment selon les étapes.

À certains moments, les personnes peuvent voyager de manière autonome, à

d’autres, elles ont recours à des moyens illicites ou sont prises dans des

réseaux de traite. Ces diverses ressources, plus ou moins choisies, parfois

complètement subies, se retrouvent aussi bien dans la circulation que dans

l’attente dans des villes ou dans des espaces frontaliers, voire une fois

qu’elles et ils ont rejoint un pays où décider de s’installer.

L’objectif de ce type de carte qualitative est de saisir les itinéraires

composant les flux migratoires « dans leur diversité et leur richesse, de

les englober et de les unifier tout en tenant compte des leurs multiples

formes, mécanismes et pratiques » (Robin, 2014). Au sein de ces parcours,

nous savons également que les migrant·es peuvent être soumis·es à divers

statuts administratifs selon le pays où ils se trouvent. Elles et ils

peuvent aussi être confronté·es à des contrôles et/ou bénéficier de mesures

de protection, ce qui conduit à vivre des situations très hétérogènes selon

les pays (Migreurop, 2012 : 121-123), dessinant ainsi une « territorialité

du risque juridique » (Robin, 2014 : 113) (carte 10).

[image: JPEG - 139.1 kio]

Carte 10 - Expérience migratoire et justice spatiale. L’itinéraire de

Rokyata, mineure ivoirienne, du Sahel aux rives de la Méditerranée

Source : Migrinter, 2013 – Pôle carto.

Dans la plupart des cartes de flux migratoires, les auteurices adoptent une

perspective surplombante qui évacue le point de vue des personnes

migrantes. Pourtant, la représentation de données quantitatives agrégées

n’est pas nécessairement opposée à des données qualitatives et

explicatives. Florence Boyer (2005 : 432) a ainsi montré que les

Nigérien·nes effectuant des migrations circulaires entre Bankilaré (Niger)

et Abidjan (Côte d’Ivoire) via Niamey (Niger), qualifiaient différemment

les étapes de leur parcours migratoire : certains tronçons s’apparentent à

des « lieux de recréation de l’intimité sociale », d’autres, connus par

l’histoire migratoire, sont relativement rassurants, alors que ceux qui

leur sont étrangers sont assimilés au danger (carte 11).

[image: JPEG - 133.9 kio]

Carte 11 - Les exodants : qualifier les lieux au fil du mouvement

Source : Migrinter, 2005.

Florence Boyer précise par ailleurs que « les migrations circulaires [et

autres mobilités internationales] ne sont pas géographiquement situées, au

sens de localisées sur une carte, mais elles mettent en jeu une pluralité

de localisations, de même qu’elles mettent en jeu le mouvement » (Boyer,

2005). Pour le dire autrement, il ne faut pas oublier que les parcours

migratoires sont liés à des contextes politiques locaux, régionaux et

continentaux, qui agissent comme des ressorts dans la dynamique des

migrations. Montrer, au sein de ces « pièces de théâtre cartographiques »,

les « décors » et les « acteurices » [15

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb15

] (Rekacewicz, 2014), qui ne cessent de se recomposer au fil des étapes,

permet de rappeler l’importance des contextes (géo)politiques.

Représenter les flux migratoires : un défi cartographique qui perdure

En 2015, 197 pays étaient reconnus par les Nations Unies. Une carte où

serait représentée l’intégralité des flux entre les différents États

devrait faire figurer près de 38 000 flèches (soit (197×197)-197 = 38 612)

matérialisant le lien de chaque pays avec les autres pays du monde : une

telle carte serait illisible. Les circulations sont par ailleurs très

complexes. Dans la nomenclature migratoire, beaucoup de pays remplissent

plusieurs fonctions : l’Espagne et l’Ukraine, par exemple, sont autant des

pays de départ que de transit et d’arrivée. Les typologies sont difficiles

à établir. Or la mise en ordre de l’espace géographique, ou la manière dont

les cartographes représentent le territoire, est l’une des conditions pour

rendre « pensable » l’espace du monde représenté (Jacob, 1992). Il faut

donc faire des choix.

L’articulation entre les données et la sémiologie graphique

La cartographie des migrations peut s’appréhender à travers différents

types de données : des données qualitatives (récits de parcours), des

données quantitatives absolues, brutes (variables de stocks et matrices

origine/destination) et des données quantitatives relatives, transformées

(des indicateurs). Au regard des règles de la sémiologie graphique,

théorisées et formalisées - comme déjà mentionné plus haut - par Bertin

(1967), chaque type de données détermine des modes de représentation

distincts : des classes de valeurs pour les données relatives, des symboles

proportionnels pour des données de stocks, et des flèches de tailles

proportionnelles pour des données de flux quantitatifs. Très diversifiée et

hétérogène, la production cartographique sur les migrations de population

semble présenter deux tendances opposées.

Tout d’abord on peut noter que les cartes contribuent souvent à une «

immobilisation » des processus décrits, en privilégiant l’utilisation de

données statiques, en particulier des variables de stocks. Ce choix

favorise les cartographies en symboles proportionnels, et montre les

migrations sous une forme d’ancrage (c’est-à-dire des pays d’où viennent

les migrant·es ou ceux dans lesquels ils et elles arrivent/ou restent

temporairement, dans un temps plus ou moins long). La représentation du

mouvement y est détournée, en mettant en évidence un état de la résultante

d’un phénomène plutôt que le phénomène lui-même (Bahoken, 2009a). Plus

faciles à fabriquer, ces cartes résolvent de fait la question de la

sélection des flux pertinents.

À l’inverse, les nouvelles technologies (outils de conception graphique,

interactivité, animation, etc.) conduisent à « dynamiser » les cartes

représentant les migrations. Ce processus peut se lire d’une part dans la

production de flèches proportionnelles, choix sémiologique relativement

difficile à concevoir et à dessiner (superposition, courbures des flèches,

détermination des tracés qui font sens, sinuosités, taille proportionnelle

aux autres éléments de la carte), mais parfois utile pour comprendre

certains enjeux de circulations et l’importance de certains déplacements.

D’autre part la carte peut s’appuyer sur la production de flèches

qualitatives à partir d’informations éparses, voire incomplètes, pouvant

conduire à des messages cartographiques erronés.

Échelles et temporalités

Un des enjeux de ces cartographies semble se jouer dans la complexité et la

prise en main des informations disponibles. Les phénomènes migratoires

présentent une dimension sociale (type de population), une dimension

spatiale complexe (origine, destination, étapes, retours, etc.) et une

dimension temporelle forte (mouvement des déplacements, temps d’attente,

évolution des phénomènes) particulièrement difficiles à articuler pour les

cartographes, les obligeant à penser leur carte « en plusieurs niveaux de

lecture ».

Afin de combiner ces différents aspects au sein d’un document

cartographique, il est nécessaire de réaliser des opérations tant sur les

données que sur les modes de représentation. Les facettes des processus

migratoires apparaissent différemment selon les échelles d’analyse et les

niveaux d’agrégations choisis. Des sélections d’ordre statistique peuvent

par exemple permettre d’estomper un « effet spaghetti » lors d’une

superposition importante de flux. D’un point de vue géographique, changer

d’échelle ou de niveau d’agrégation permet de passer d’une image globale à

une échelle plus locale, jusqu’à abandonner les représentations agrégées

pour narrer les histoires individuelles.

La thématique migratoire propose un retour à la cartographie des

itinéraires et des parcours. Mais, contrairement à la dimension descriptive

des illustrations des itinéraires de voyages et d’exploration, cette

cartographie se veut analytique en tentant de saisir les contraintes subies

par celles et ceux qui effectuent le parcours et qui n’apparaissent pas

dans les données statistiques.

Plutôt qu’une carte globale, il s’agit alors de représenter l’ensemble des

lieux de l’itinéraire d’une personne. Dans cette démarche, la

représentation de la dimension temporelle permet de saisir des contraintes

qui n’apparaissent pas au niveau spatial (attente, errance). Mais à cette

complexité méthodologique s’ajoute alors une relative complexité

technologique (animation, 3D) qui peut représenter un frein (coût, temps de

traitement) pour la production cartographique.

Nouvelles technologies, nouvelles cartographies ?

Avec l’ordinateur, on peut faire bouger les cartes. »

— Brunet, 1987.

On peut les animer et rendre possible l’interaction avec l’utilisateurice.

Dans le cadre de la cartographie des flux migratoires, ce dernier point est

un moyen souvent utilisé pour transférer la responsabilité de la sélection

de l’information du ou de la cartographe à l’usager/usagère de la carte.

Ainsi de nombreux sites proposent des cartes où il est possible de cliquer

sur tel ou tel pays pour voir se dessiner les flux de populations entrantes

ou sortantes. Ces mouvements se matérialisent soit par des symboles

proportionnels [16

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb16

], des gradations de couleur ou des lignes plus ou moins épaisses [17

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb17

].

Certaines représentations inspirées de l’infographie peuvent aussi être

relativement originales [18

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb18

]. Combinées avec l’animation temporelle, ces cartes permettent de tracer

l’évolution dans le temps des flux migratoires pays par pays. L’exposition

de Raymond Depardon et Paul Virilio, Terre natale. Ailleurs commence ici

https://cafe-geo.net/wp-content/uploads/Terre-Natale.pdf, scénographiée

par les artistes et architectes américain·es Diller Scofidio, Renfro et

Mark Hansen, Laura Kurgan et Ben Rubin, offre, dans une salle de près de

400 mètres carrés, des visualisations à 360 degrés : celle des migrations

de réfugié·es au cours des cinq dernières décennies, et celle des

transferts d’argent des migrant·es. Elles font sûrement partie des

réalisations les plus réussies [19

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb19

].

Lorsque les initiateurices de ces projets de cartographie dynamique

laissent le choix aux usagères et usagers de sélectionner elles et

eux-mêmes l’information (indicateur, année, pays), les cartographes, ainsi

transformé·es en développeureuses, ne jouent plus leur rôle de

thématicien·es puisqu’ils et elles renoncent à livrer des clefs de lecture

globale (ou du moins leur intention, leur vision du monde). Dans ce type

d’application, la carte n’est plus un moyen de matérialiser et donner à

voir un regard spécifique sur le monde, elle est construite par les

développeureuses de l’application et par celles et ceux qui vont générer, à

la demande, des représentations spécifiques.

Mais ces nouvelles applications cartographiques dynamiques ne sont pas

dégagées des enjeux politiques et éthiques : on peut parfois y déceler –

comme pour la cartographie thématique classique ou conventionnelle – des

intentions politiques. Le 26 octobre 2015, l’agence d’informations

finlandaise Lucify [20

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb20

] publiait une carte interactive (carte 12) et animée permettant de

visualiser les flux de demandeurs et demandeuses d’asile arrivé.es

http://xn–arriv-fsa.es en Europe entre janvier 2012 et septembre 2015.

Repérée par The Independent (27 octobre 2015) et diffusée par la presse

française (Slate le 29 octobre 2015, L’Observateur le 30 octobre 2015),

cette carte s’est à l’époque répandue comme une traînée de poudre sur

Internet.

Tout d’abord, sur cette carte européocentrique, seuls les flux vers les

pays « européens » sont représentés. Les réfugié·es accueilli·es dans les

autres pays (tels la Jordanie, le Liban et la Turquie qui en accueillent

pourtant la majorité) ne sont pas représentés. Deuxièmement, les choix

graphiques utilisés pour représenter l’information sont également

significatifs des intentions des auteurs. Sur cette carte animée, les

mouvements des demandeureuses d’asile sont représentés par de petits traits

qui se déplacent des pays de départ vers les pays d’arrivée. Contrairement

à ce qui peut sembler au premier abord, cette carte ne se situe donc pas au

niveau des parcours individuels et ne raconte pas les histoires des

personnes en mouvement. Loin des réalités sinueuses des parcours

migratoires réels, ici chaque trait (qui représente vingt-cinq ou cinquante

personnes) suit une trajectoire rectiligne, comme un missile lancé vers

l’Europe.

[image: JPEG - 160 kio]

Carte 12 - *The Flow towards Europe *, Lucify, 26 octobre 2015

Source : Ville Saarinen et Juho Ojala, 2015 ; MIT License (MIT) –

https://github.com/lucified/lucify-refugees

Finalement, cette sémiologie graphique animée met en scène un scénario

d’invasion quasi militaire, avec des pays européens attaqués – et envahis –

par les étrangèr·es. Il est difficile de savoir si la rhétorique d’invasion

de cette carte est consciente et volontairement choisie. Ce qui est

certain, c’est que cette agence, qui n’est pas spécialisée en cartographie,

voulait montrer « l’ampleur de la crise » des réfugié·es. Cette carte

résulte probablement à la fois d’une maladresse (la sélection des données)

et de la volonté de retranscrire graphiquement une idée préconçue

(l’arrivée massive d’exilé·es en l’Europe).

Au-delà de la sémiologie graphique, une carte résulte d’un processus

technique et intellectuel qui consiste à convertir des données concrètes

plus ou moins connues en une représentation abstraite (Lacoste, 1976). Or

cette abstraction graphique remplace la richesse contenue dans la

multiplicité des histoires vécues par une représentation holiste qui tente

de porter un regard sur le monde. De fait, les cartes de géographie, leur

construction et leur sémiologie passent bien souvent à côté de la réalité.

Elles dessinent et schématisent la géographie des phénomènes spatiaux, mais

les racontent mal. Les cartes des migrants morts aux frontières [21

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb21

] permettent-elles de rendre compte des drames humains qui ne cessent de se

succéder ? Et que veut dire « rendre compte » de ces drames depuis la

cartographie et plus largement la science ? Si la sémiologie graphique

utilisée dans la cartographie scientifique ne peut pas tout, qu’en est-il

de l’approche artistique ? L’art permet-il de raconter autrement l’espace

géographique ?

Cartographies des migrations entre art, science, politique et militantisme

Parmi les cartographies ayant pour objet les migrations internationales,

certaines réalisations se distinguent des représentations conventionnelles

regroupées dans les manuels scolaires, les ouvrages universitaires ou les

atlas. Ces cartographies défient les règles des fonds de carte

institutionnalisés et de la sémiologie graphique. Elles inventent des

langages nouveaux et bouleversent nos repères habituels de fabrication et

de lecture de cartes. Ces productions, individuelles ou collectives, sont

le fait de cartographes, d’artistes, de militant·es, de personnes en

situation d’exil. Si elles constituent un corpus très hétérogène, elles

relèvent toutes, à différents degrés, d’un positionnement que l’on pourrait

qualifier de « critique », d’« expérimental » (Crampton et Krygier, 2005 ;

Gintrac, 2012), d’« indisciplinaire » ou encore de « participatif »

(Mitchell, 1995), chacun de ces termes renvoyant à des horizons

épistémologiques distincts. En interrogeant les normes de représentation,

ces cartes visent à défier le projet positiviste de la supposée neutralité

du savoir.

Sans prétendre à l’exhaustivité, nous proposons dans cette troisième partie

d’explorer la nébuleuse de ces cartographies migratoires critiques, en

tentant de dégager au moins deux tendances principales : celles qui donnent

à voir, selon la métaphore du dévoilement, les dispositifs de contrôle et

de surveillance des migrations afin de les dénoncer ; et celles qui

documentent les parcours et les expériences migratoires individuelles et

collectives. Ces deux catégories n’épuisent évidemment pas la richesse des

perspectives adoptées. Amenée à être complétée et discutée, cette typologie

ouverte est pensée comme une invitation à poursuivre la réflexion sur les

modes de figuration des processus migratoires.

Cartographies de « dévoilement » des dispositifs du contrôle migratoire

Les réalisations qui suivent prennent le contre-pied des cartographies

conventionnelles : elles ne représentent pas le mouvement, mais tout ce qui

le contrarie, le restreint, le prolonge ou le réoriente. Par la mise en

visibilité des dispositifs de contrôle, ces cartes servent d’arguments

scientifiques et politiques, voire parfois de preuves juridiques.

Publié et mis à jour depuis 2012, l’Atlas des migrants en Europe

https://migreurop.org/rubrique454.html?lang_nav=fr, sous-titré « géographie

critique des politiques migratoires », du collectif scientifique et

militant Migreurop, s’inscrit dans cette « topique de la dénonciation »

(Boltanski, 2007 : 113). Sur fond de cartes et à l’appui d’une sémiologie

graphique conventionnelle, l’apport critique tient ici aux données

représentées. À titre d’exemple, la carte des lieux de détention arbitraire

des étrangèr·es au Maroc

https://closethecamps.org/2015/03/20/rafles-et-detention-arbitraire-au-maroc-fevrier-2015/,

imaginée et réalisée en février 2015 par une des membres du collectif, Elsa

Tyszler, est symptomatique de l’enjeu cartographique. Pour la première

fois, une carte montrait a minima le nombre d’étrangèr·es détenu·es dans

dix-huit villes du Maroc (écoles, centres sociaux, complexes sportifs,

etc.). Elle a non seulement eu un impact dans différents médias, mais elle

a également conduit le président du tribunal administratif de Casablanca à

dépêcher un huissier sur plusieurs lieux, afin d’ouvrir une enquête suite à

la grande rafle menée par les autorités marocaines dans les camps établis

près de l’enclave espagnole de Melilla.

Une collection d’atlas sur les questions migratoires

Depuis 2009, le réseau Migreurop https://migreurop.org/ [22

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb22

] a publié aux éditions Armand Colin quatre atlas

https://migreurop.org/rubrique454.html (trois éditions de *l’Atlas des

migrants en Europe* et un ouvrage général hors-collection), pour donner à

voir et mieux faire comprendre l’évolution des politiques migratoires

européennes et leurs conséquences, réalités finalement peu connues du grand

public

Si de nombreuses cartes de l’Atlas des migrants en Europe utilisent des

données compilées par des organismes chargés de comptabiliser afin de

surveiller les migrations [23

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb23

], ces données sont en partie subverties pour faire la démonstration des

conséquences néfastes, voire meurtrières des dispositifs de contrôle.

D’autres réalisations opèrent une critique des politiques migratoires en

représentant des données permettant de comprendre leurs fonctionnements et

leurs effets, mais aussi en bouleversant les conventions cartographiques.

Dans le blog Carnet Néocartographique https://neocarto.hypotheses.org/,

Nicolas Lambert présente des « métaphores cartographiques » [24

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb24

] créées avec Olivier Clochard (Clochard et Lambert, 2015). À partir de

statistiques sur la mortalité migratoire aux frontières de l’Union

européenne et de dessins de presse, trois cartes explorent des figurations

frontalières inédites. La combinaison des sources statistiques et

médiatiques dans l’élaboration de ces cartes donne lieu à des travaux qui

permettent de s’interroger tant sur les processus migratoires (ici, à

partir du taux de mortalité en migration) que sur leur médiatisation.

La Cartographie critique du détroit de Gibraltar, « carte tactique », a

été réalisée en 2004 par le collectif d’artistes, scientifiques et

militant.e.s Hackitectura https://hackitectura.net/en/ basé en Espagne et

fondé en 1999 par des architectes, programmeurs, artistes et activistes qui

se consacraient à l’étude des corps en mouvement et des flux électroniques

dans des territoires émergents [25

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb25

] (carte 13). Au fond de carte référentiel sur le détroit de Gibraltar sont

associées des données sur les localisations et le fonctionnement des

dispositifs de surveillance de l’Union européenne. La représentation de la

terre en jaune et de la mer en noir, et le foisonnement des symboles de

dispositifs de surveillance servent un propos critique sur

l’hypersécurisation et la militarisation de ces territoires.

[image: JPEG - 190.5 kio]

Carte 13 - Extrait d’une partie de la carte réalisée par Hackitectura

Source : Hackitectura.net, 2017.

Dans un registre où le référentiel topographique est absent, Migmap

https://www.transitmigration.org/migmap/home_entry.html, programme de

création artistique, produit par la plateforme de conservation et

d’exposition d’œuvres d’art k3000 établie en Allemagne, est une création en

quatre volets de visualisation des politiques migratoires européennes [26

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb26

]. Sont ici cartographiés, à partir de figurations dynamiques et

interactives, les discours politiques, les réseaux d’acteurs, les lieux et

pratiques significatifs des politiques migratoires ainsi que le processus

d’européanisation dont elles émanent (Carte 14).

[image: JPEG - 118.6 kio]

Carte 14 - Discourses

Source : Labor k3000, 2004.

Enfin, au-delà de cartes mises au service de démonstrations scientifiques

et politiques, le travail du collectif d’artistes, activistes et

chercheur.se.s Forensic Architecture

https://forensic-architecture.org/about/agency investit la carte en tant

que preuve juridique. À partir de sources diverses, et notamment d’images

provenant des dispositifs de surveillance en Méditerranée, le projet *The

Let-to-Die Boat* [27

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb27

](Heller et Pezzani, 2014) reconstitue la cartographie du naufrage d’un

navire et de ses passagers en exil. Ce document a servi de preuve dans le

cadre d’un procès intenté par une coalition d’ONG contre plusieurs États

membres de l’OTAN, accusés de non-assistance aux naufragé.e.s, et a été

utilisé en tant que modèle de preuve dans d’autres procès du même type. À

cette entreprise de « visibilisation » des effets des politiques

migratoires, répond une autre forme de critique qui entend documenter les

expériences individuelles et collectives.

Deux projets se situent à l’interface des cartes de « dévoilement » des

politiques migratoires et des cartes d’expériences vécues par les individus

et les groupes. On peut citer dans ce registre la cartographie

participative et dynamique Close the Camps https://closethecamps.org/,

créée par Migreurop en 2013, qui cherche à faire connaitre l’Europe des

camps en « *mobilisant toutes celles et ceux qui s’opposent aux mécanismes

d’enfermement et d’éloignement des migrants en vue de défendre leurs droits

fondamentaux* ». Des éléments d’expériences de personnes ayant subi les

camps d’étrangers sont croisés à un projet de recensement de ces camps.

On peut également citer une série de cartes réalisées par Philippe

Rekacewicz et publiées à la fois dans Le Monde diplomatique et sur notre

site de recherche indépendant visionscarto.net. Dessinées à la main, elles

rompent avec l’illusion de « cartes objectives » et sans auteur, et

réhabilitent la sensibilité des cartographes. La singularité de ce geste

cartographique, en esquisse, humanise la carte, et au-delà de la carte, le

sujet qu’elle représente.

[image: JPEG - 667.7 kio]

Carte 15 - La « Grande roue africaine »

Source : Philippe Rekacewicz, Exposition « Rendez-vous chez Sharon Stone »,

Vienne (Autriche), 2007.

La carte de la « Grande roue africaine » (carte 15), dessinée à la main,

entre ambition scientifique et artistique, place les questions migratoires

dans un système de causalités géopolitiques et économiques entre l’Afrique

et les autres continents. La carte figure un système d’échange assez

complexe dans lequel le continent africain est littéralement « empêtré ».

Elle décrit un mouvement perpétuel entre l’Afrique et différents

partenaires, que les flèches ne symboliseraient que très imparfaitement. Le

rouage, mode de représentation continu, symbolise la permanence et la

continuité dans les termes d’un échange profondément inégal : *« l’Afrique

sauve l’Europe qui appauvrit l’Afrique qui nourrit l’Europe qui asservit

l’Afrique qui paye l’Europe qui continue de détrousser l’Afrique… ».* Cette

symbologie circulaire peut être considérée comme une forme de

représentation alternative à la flèche.

On peut aussi citer une autre carte, issue d’un projet réalisé en

prolongement de la carte « Mourir aux portes de l’Europe

https://journals.openedition.org/com/865?file=1 [28

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb28

] crée par Olivier Clochard au début des années 2000 : l’« Europe des trois

frontières http://visionscarto.net/367 », qui représente la létalité de

l’ensemble du dispositif « d’empêchement » des circulations migratoires. La

carte fait apparaître une frontière européenne qui n’est plus seulement une

ligne qui sépare des ensembles géographico-politiques, mais un système qui

se déploie sur une immense surface diffuse et qui s’étend loin, très loin

vers l’Afrique subsaharienne et le Moyen-Orient. Philippe Bonditti parle de

« frontière pixélisée », où l’on *« passe d’une ligne à un ensemble de

points de connexion »*, c’est-à-dire que la « frontière ligne » devient une

« frontière surface » (Bonditti 2004, Bigo & Guild 2005) .

Les cartes présentées dans la section suivante, plutôt que donner à voir

des systèmes de causalité et des dispositifs de contrôle, relatent plus

spécifiquement des expériences individuelles et collectives, en proposant

d’adopter le point de vue de celles et ceux qui se déplacent.

Cartographies critiques des expériences migratoires

Les cartes présentées ici traitent de ce que les trajectoires vécues

engagent en termes d’obstacles et d’opportunités, de contraintes ou de

ressources, de pratiques et d’imaginaires.

Les cartographies manuscrites de parcours migratoires individuels réalisées

dans le cadre de l’exposition « Moving Beyond Borders

https://migreurop.org/article2601.html » [29

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb29

] en sont un exemple. Associées en binôme à des cartes numériques sur les

dispositifs de contrôle, ces cartes manuscrites ont pour objectif de

représenter leurs effets sur le parcours et le vécu des individus. C’est le

cas de la carte dessinée par Lucie Bacon

https://www.instagram.com/lu_bacon/ intitulée « Cinq ans pour rejoindre

Hambourg depuis Kaboul »

https://closethecamps.org/2015/12/16/cinq-ans-pour-rejoindre-hambourg-depuis-kaboul/,

réalisée sur la base d’un entretien entre un citoyen afghan rencontré en

Roumanie et Bénédicte Michalon, chercheuse et membre de Migreurop. La carte

exprime le poids de l’enfermement, les temporalités et les espaces

parcourus, les mobilités volontaires et contraintes, les expériences

multiples de privation de liberté (Carte 16).

Dans le registre de la visualisation de données narratives et discursives,

l’œuvre cartographique « H-OUT-Guide de l’immigration », réalisée en 2010

par le graphiste et illustrateur algérien Zineddine Bessaï, a été conçue

comme un guide cartographié à l’usage des Harragas [30

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb30

]. La carte présente la Méditerranée et ses deux rives, avec de nombreux

symboles représentant les dispositifs de contrôle, mais aussi des figures

de récits entendus depuis les rives du Maghreb. Les toponymes sont des

translittérations de l’arabe et reprennent le vocabulaire

lié à la harraga : par exemple l’Europe est traduite par « Oropa », et la

mer Méditerranée par « la mort méditerranée ».

[image: JPEG - 282.5 kio]

Carte 16 - Extrait de la carte intitulée « 5 ans pour rejoindre Hambourg

depuis Kaboul »

Source = Lucie Bacon, 2015.

« The Mapping Journey Project »

https://www.moma.org/calendar/exhibitions/1627, installation réalisée

entre 2008 et 2011 par Bouchra Khalili, artiste franco-marocaine, s’inscrit

également dans un processus de cartographies narratives. Composée de huit

courts-métrages (The Mapping Journey) et de huit sérigraphies (*The

Constellations*), cette installation donne à voir et à entendre des récits

de parcours migratoires individuels. Chaque vidéo est un plan fixe où se

meut une main traçant un parcours sur un fond de carte conventionnel.

L’image est accompagnée de la voix de la personne qui dessine et qui

élabore un récit à l’oral. Les sérigraphies (issues de huit récits,

réalisés dans cinq pays et six villes différents) cartographient des

trajectoires sous forme de constellations d’étoiles blanches sur fond bleu

uni, en brouillant ainsi les repères topographiques conventionnels (figure

17).

[image: JPEG - 103.9 kio]

Carte 17 - The Constellations (Figure 8 de la série The Constellations, 8

sérigraphies, 60x40 cm, 2011)

Source : The Opposite of The Voice-Over, exposition personnelle,

Färgfabriken Konsthall, Stockholm, 2016.

Au-delà du processus de ré-énonciation cartographique de récits et de

discours entendus ou suscités par les chercheur.se.s, les travaux suivants

sont issus de coproductions entre personnes exilées, artistes et/ou

chercheureuses.

« Latino/a https://pedrolasch.com/latinoaamerica.html#en » est une série

cartographique réalisée en 2003 par l’artiste mexicain Pedro Lasch et huit

personnes ayant traversé la frontière entre le Mexique et les États-Unis.

Ce travail met en jeu la carte depuis une perspective

« plus-que-représentationnelle ». Autrement dit, l’intérêt se porte sur

ce que représente la carte, mais aussi sur la carte comme objet transporté

pendant les voyages. De 2003 à 2006, l’artiste a remis quarante cartes

représentant l’Amérique du Nord à vingt personnes qui se préparaient à

traverser la frontière nord du Mexique vers les États-Unis. Chacune a reçu

deux cartes : une première à conserver et une seconde à renvoyer à

l’artiste à l’arrivée. Cette installation rassemble les huit cartes que

Pedro Lasch a reçues. Froissées, pliées, décolorées, elles portent les

marques de la traversée. Chacune d’entre elles est accompagnée d’un cartel

indiquant le nom de la personne qui en est la ou le co-auteurice,

accompagné de quelques éléments relatifs à son expérience.

Enfin, l’installation plastique « Cartographies traverses, des espaces où

l’on ne finit jamais d’arriver

https://www.visionscarto.net/cartographies-traverses » relève d’un

processus créatif partagé. Cette installation a été produite en 2013 par

des chercheuses, des artistes et douze habitant·es de Grenoble en situation

de demande d’asile ou de réfugié·es [31

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nb31

]. Réuni·es en atelier, les co-auteurices ont réalisé une légende

collective à partir de mots significatifs des expériences migratoires. Les

mots ont été symbolisés par des gommettes de formes et de couleurs

différentes. À partir de ce travail, qui avait notamment pour intention de

dépasser l’atomisation de la parole individuelle, chaque participant·e a

dessiné plusieurs cartes utilisant la légende collective. Certain·es ont

aussi modelé leur carte dans l’argile ou dessiné et brodé sur de grandes

nappes blanches, à l’invitation de l’artiste-plasticienne Marie Moreau

http://mariemoreau.fr/. Ce travail est autant une recherche sur les

modalités possibles de relations à établir entre artistes, chercheureuses

et personnes en situation de lutte pour leurs droits, que sur les modes de

figuration des expériences migratoires (Carte 18).

[image: JPEG - 224.5 kio]

Carte 18 - The World is Stopping Us

Photo : Mabeye Deme, 2013.

Conclusion

Au même titre que la recherche en migrations internationales s’est dotée de

nouveaux cadres théoriques et conceptuels pour penser les mobilités dans

leur changement et leur complexification, les cartographies semblent elles

aussi être remises en cause dans leurs fondements par les dynamiques

internationales. Les migrations réinterrogent non seulement le territoire

et les frontières dans leur conception classique, mais conduisent également

à faire émerger d’autres types de représentations de l’espace, du mouvement

et des enjeux politiques associés.

Une partie des cartes présentées, en particulier dans la dernière partie de

l’article, ont pour point commun d’associer (et d’assumer) des intentions

artistiques, politiques, scientifiques et militantes. On pourrait les

définir comme relevant de cartographies « loin des us et coutumes

académiques » et qui s’affirment « contre la pensée unique » (Lambert,

2013).

Néanmoins, ces cartes ne peuvent pas se penser uniquement comme des «

contre-cartographies » : plutôt que de les opposer aux cartes qui répondent

à un régime normé de représentation (flèches par exemple), il s’agit de les

penser comme complémentaires. Depuis la posture du dévoilement et de la

dénonciation jusqu’au processus de subjectivation du geste et de la

figuration cartographique, ces réalisations entendent dénaturer nos

imaginaires des migrations, largement construits à partir d’images

récurrentes et omniprésentes, et notamment cartographiques.

Lire aussi

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https://www.visionscarto.net/rendez-vous-a-sharon-stone » (2007),

et « Mourir

aux portes de l’Europe

https://www.visionscarto.net/mourir-aux-portes-de-l-europe » (2014)

naufrage migratoire en Méditerranée

https://www.visionscarto.net/ceux-qui-ne-sont-jamais-arrives ».

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[1

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh1

] Référence papier : Lucie Bacon, Olivier Clochard, Thomas Honoré, Nicolas

Lambert, Sarah Mekdjian et Philippe Rekacewicz, « Cartographier les

mouvements migratoires », Revue européenne des migrations internationales,

vol. 32 - n°3 et 4 | 2016, 185-214.

Référence électronique : [En ligne], vol. 32 - n°3 et 4 | 2016, mis en

ligne le 1er décembre 2018, consulté le 31 octobre 2025. URL :

http://journals.openedition.org/remi/8249 ; DOI :

https://doi.org/10.4000/remi.8249.

[2

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh2

] Voir par exemple la carte « De Kaboul à Calais, l’itinéraire de Khan »

imaginée et réalisée par Thomas Honoré et Emmanuelle Hélio (Migreurop,

2012).

[3

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh3

] Parmi les nombreuses bases de données statistiques que nous utilisons

pour créer des cartes de flux migratoires à différentes échelles, il y a

celles d’Eurostat, du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés

(UNHCR), de l’Organisation de coopération et de développement économiques (

OCDE), de l’Institut national d’études démographiques (INED), etc.

[4

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh4

] Contrairement au journalisme traditionnel qui ne divulgue pas ou très peu

ses sources, le data journalism indique les données utilisées et les rend

accessibles à travers des outils de visualisation (par exemple OWNI

http://owni.fr/tag/data-journalisme/ ;et The Migrants’ Files

http://www.themigrantsfiles.com/.

[5

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh5

] La « carte des morts aux frontières », imaginée à la fin des années

1990 par Olivier Clochard, aurait été impossible à établir sans le travail

des membres de l’ONG UNITED https://unitedagainstrefugeedeaths.eu/ à

Amsterdam et de leur réseau, qui ont les premiers, dès les années 1990,

essayé de documenter les décès de migrants. Ils ont été rejoints par la

suite par des initiatives personnelles comme celles du journaliste Gabriele

Del Grande (voir son site http://fortresseu-rope.blogspot.fr/) et plus

récemment par des institutions comme l’Organisation internationale pour les

migrations (OIM) et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les

réfugiés (UNHCR).

[6

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh6

] L’année d’édition de la carte n’est pas précisée. Au regard de la vie de

l’éditeur Iliine Alekseï Alekseevitch (1832-1889), le document semble avoir

été réalisé au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, voire peut-être

à la même période que la carte de Ernst Georg Ravenstein.

[7

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh7

] « 60 millions de candidats s’embarquèrent vers les Amériques entre 1820

et 1914 dans les pays de départ, le cas le plus inouï est celui de

l’Irlande qui vit partir plus du tiers de sa population : 3 millions de

départs entre 1845 et 1870. Du côté des pays d’accueil, le rythme annuel

des entrées aux États-Unis passe de 300 000 vers 1850 à plus de 1 million à

partir de 1900 et atteint même 1,4 million à la veille de la guerre »

(Simon, 2008 : 32).

[8

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh8

] Voir également les travaux de Matthew Sankey sur le Wikipédia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Diagramme_de_Sankey.

[9

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh9

] La recherche, qui demande encore à être affinée, s’appuie sur des

fouilles documentaires à la Bibliothèque nationale de France (BNF),

notamment à partir du site Gallica http://gallica.bnf.fr/, du département

de géographie de l’Université de Poitiers et d’ouvrages respectifs des six

auteurs de l’article.

[10

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh10

] Diplômée de l’École supérieure de cartographie géographique en 1967, elle

fut cartographe à Migrinter depuis sa création jusque dans les années 1990.

[11

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh11

] Cf. Simon, 1992.

[12

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh12

] Voir par exemple La nuit des réfugiés avec six reportages diffusés sur

Arte le 6 octobre 2015.

[13

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh13

] Par définition, ces migrations ne peuvent évidemment pas être

comptabilisées.

[14

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh14

] Mouvement pour la Remigration (2015) Rapport choc : pourquoi faut-il

cesser de recevoir des migrants ?, [en ligne]. URL :

http://www.mouvementpourlaremigration.fr/ blog/ (le site originel n’est

plus disponible). Nous ne partageons pas les points de vue défendus par les

auteurs de cet article (en France notamment Éric Zemmour et Renaud Camus).

[15

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh15

] Philippe Rekacewicz, Cartes en colère, exposition de cartes à la Maison

des métallos, Paris, octobre 2012.

[16

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh16

] http://www.therefugeeproject.org

[17

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh17

] http://migrationsmap.net/

[18

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh18

] https://www.iom.int/world-migration

[19

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh19

] Cette exposition a été présentée pour la première fois à Paris, du

21 novembre 2008 au 15 mars 2009, à la Fondation Cartier pour l’art

contemporain.

[20

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh20

] Lucify est une agence de data visualisation basée à Helsinski. Lucify,

qui signifie « rendre lucide ou clair » en anglais, se propose « d’aider

» les client·es à visualiser leurs données sous forme de représentation

interactives, pas forcément cartographiques. Les visualisations proposées,

développées pour le web, sont facilement intégrables sur un site ou un

blog, et les codes source de leurs visualisations sont parfois diffusés

librement. Selon le site Internet de l’agence, un certain nombre de

réalisations ont été intégrées dans plusieurs journaux en ligne : *The

Guardian, The Atlantic, The Huffington Post, The Independent, Helsingin

Sanomat* et le Daily Mail. Les deux auteurs de la carte sont cofondateurs

de l’agence. Ville Saarinen travaille dans la communication et le

développement de logiciels. Selon la description qu’il donne sur le site de

l’agence, il passe beaucoup de temps à penser la combinaison de la

sociologie et de la technologie. Juho Ojala se présente quant à lui comme

fasciné par la communication et curieux d’idées dangereuses. L’agence a

produit d’autres infographies sur le même sujet http://www.%20lucify.com/.

[21

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh21

] Nicolas Lambert (2015) Mer Morte (1993-2015)

http://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/1381/files/2015/04/MerMorte.png,

Carnet (néo)cartographique.

[22

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh22

] Migreurop est un réseau euro-africain de chercheurs, de militants,

d’associations et de collectifs engagés dans la défense des droits des

personnes migrantes et la critique des politiques migratoires menées par

l’Union européenne et ses États membres. Il dénonce les politiques

d’enfermement et d’éloignement des étrangers et les conséquences de la

généralisation des camps dans le monde.

[23

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh23

] Voir par exemple les cartes des personnes soumises aux apories

administratives de la Convention de Dublin, réalisées à partir de données

produites par Eurostat (Migreurop, 2012 : 60-63).

[24

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh24

] Les cartes qui sont visibles sur le site (néo)cartographie (

http://neocarto.hypotheses. org/1731) ont été également publiées dans

l’ouvrage coordonné par Amilhat Szary et Giraut (Clochard et Lambert, 2015).

[25

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh25

] Pablo Soto, Sergio Moreno, Jose Perez de Lama etc. Voir également leurs

autres projets : GISS (Stream Global Support indépendant, 2005-2007),

Indymedia Détroit (2003-2007), Fadaiat (Tarifa-Tanger, 2004-2005), Emerging

Géographies TCS2, Estrémadure (2007) ou Libertés Plaza, Sevilla (2005-2007).

[26

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh26

] k3000 est composé de Helmut Dietrich, Matthew Gaskins, Sophie Goltz, Nana

Heidenreich, Sabine Hess, Sylvia Kafhesy, Serhat Karakayali, Astrid Kusser,

Maureen Müller, Efthimia Panagiotidis, Susanna Perin, Peter Spillmann,

Vassilis Tsianos, Michael Vögeli et Marion von Osten.

[27

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh27

] lire le rapport

https://content.forensic-architecture.org/wp-content/uploads/2019/06/FO-report.pdf

[28

https://www.visionscarto.net/cartographier-les-mouvements-migratoires?fbclid=IwY2xjawRhxDlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAwzNTA2ODU1MzE3MjgAAR4wI2botHXtgAlUbtxYwMnDDPhV0sqLMMhI7uEToIdxT8MmCKYyPByv2FfI_A_aem_7UCbibegSNGoJDEARTnI7g#nh28

] Olivier Clochard, « La Méditerranée : dernière frontière avant l’Europe

https://journals.openedition.org/com/862 », Les Cahiers d’Outre-Mer, 222

| 2003, 159-180.

[29

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] Moving Beyond Borders est une exposition itinérante produite par

Migreurop et mise en scène par la compagnie Étrange Miroir.

[30

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] Terme en arabe maghrébin qui signifie les « brûleurs », celles et ceux

qui « brûlent » les frontières. Ainsi, les « Harragas » désignent les

migrant.e.s qui tentent de franchir la mer Méditerranée depuis les rives du

Maghreb.

[31

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] Marie Moreau, Lauriane Houbey, Fabien Fischer, artistes, Sarah Mekdjian

et Anne-Laure Amilhat Szary, géographes, Laetitia Abbas, Alishum Ahmedin,

Ahmedin A., Shamil Astahanov, Nasruddin Gladeema, Karim huseynov, Issa

Ibrahm Hamid, Fiston Massamba, Tatevik Melkonyan, Salomon Paluku, Aboubakar

Souleiman Guelleh, Kanké Tounkara, habitant·es grenoblois·es, en situation

de réfugié·es ou de demandeureuses d’asile.

Le bandeau représente un détail d’une œuvre de Felix Nussbaum , Le réfugié,

1939, huile sur toile, 61 × 76 cm, Musée Felix-Nussbaum-Haus, Osnabrück.

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autrices et les auteurs, vous pouvez le faire par courriel via

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FermerPhilippe Rekacewicz

Cinq cent ans d’histoire du monde

en en cinq actes et un entracte#cartographie #cartographie radicale

#sémiologie #chôrématique #histoire moderne #histoire contemporaine15

février 2016

https://www.visionscarto.net/cinq-cent-ans-d-histoire-du-monde

ADTC-Grenoble

Véloparade à Grenoble sur les traces de femmes remarquables#femmes

#toponymie #odonymie #Grenoble5 novembre 2025

https://www.visionscarto.net/veloparade-grenobleRichard Pereira de Moura

Pixel prison#cartographie radicale #cartographie sensible #prison

#enfermement29 octobre 2025 https://www.visionscarto.net/pixel-prison

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Cette contribution est une réédition de l’article collectif du même nom

paru en 2016 dans la Revue Européenne des Migrations Internationales [1].

Il peut sembler curieux de republier une réflexion sur les représentations

visuelles « vieille » de presque dix ans, puisque ce monde fort mouvant

change de plus en plus vite, mais les approches réflexives,

épistémologiques et méthodologiques développées ici restent pertinentes

dans un contexte où la représentation figurée de l’information est devenue

omniprésente. Le texte a été adapté, édité, partiellement mis à jour et

augmenté de quelques exemples et de nouvelles cartes et illustrations, par

les auteurices et le collectif Visionscarto. Il explore l’évolution de la

cartographie des migrations internationales depuis le début des années 1990.

Après un bref rappel des évolutions de la cartographie des flux migratoires

depuis ses origines au XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui, les auteurices

évoquent les principaux défis techniques et épistémologiques que les cartes

de flux ou représentant des itinéraires ne cessent de poser, et présentent

de nouvelles formes cartographiques, ayant émergé depuis le début des

années 2000, dans les domaines croisés de la science, de l’art et du

militantisme.

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