Fwd: Dérégulations européennes : un coup d'État silencieux. La lettre du 24 avril 2026

miladyrenoirmiladyrenoir
2026-4-24 11:16

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[image: Observatoire des multinationales]

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Observatoire des multinationales

Enquêtes et veille citoyenne

pour la démocratie économique

Newsletter du 23 avril 2026

Dérégulations européennes : un coup d’État silencieux. La lettre du 24

avril 2026

Cette semaine, nous tournons notre attention vers Bruxelles, où loin, très

loin des regards des citoyens et citoyennes européennes, la Commission,

appuyée par l’alliance des droites au Parlement, a engagé depuis 18 mois

une politique de déréglementation tous azimuts.

Responsabilité des multinationales, finance, numérique, agriculture,

pesticides, armement, automobile… On compte désormais pas loin de dix

propositions de loi dites « Omnibus » (qui permettent de modifier plusieurs

textes en vigueur à la fois) introduisant diverses formes

d’assouplissements, d’exonérations, d’exemptions ou de suppressions pures

et simples de normes sociales et environnementales.

Séverin Lahaye vous propose un tour d’horizon des principales mesures

adoptées ou proposées et des lobbys qui ont poussé pour les obtenir : À

Bruxelles, une succession de reculs pour la santé, les droits et la

transparence

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.

De fait, ces déréglementations ne renvoient pas vraiment à une vision

économique cohérente. La Commission semble se contenter de réceptionner et

traduire en loi les « listes de courses » transmises par les lobbys, au nom

de la « compétitivité ». Mais tout laisse à penser que les difficultés des

entreprises européennes tiennent surtout à d’autres facteurs comme les prix

de l’énergie, plutôt qu’à « l’excès de réglementations » qui pourrait être,

en réalité, une force. Faute de stratégie et faute de moyens d’actions pour

remédier aux vrais problèmes, les instances européennes se sont lancées

dans une fuite en avant anti-régulations dont elles espèrent surtout des

gains politiques.

Certes, les institutions européennes n’ont pas la réputation d’être

particulièrement rétives aux intérêts privés et aux lobbys. Mais en

l’occurrence elles ont franchi un palier supplémentaire dans la soumission

structurelle aux intérêts privés, affichant clairement de donner la

priorité aux industriels et d’ignorer la société civile et les citoyens,

comme l’explique Anne-Sophie Simpere dans une nouvelle enquête : Derrière

la vague de dérégulation, des institutions européennes de plus en plus

soumises aux industriels

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.

Les règles de transparence et de pluralisme qui avaient été mises en place

ces dernières années sont foulées aux pieds à travers des processus ad hoc

opaques et au nom de « l’urgence ». Les commissaires européens ne daignent

même plus rencontrer les syndicats et les ONG. Stéphane Séjourné, le

commissaire français macroniste, n’a rencontré que des industriels pour

préparer l’omnibus dont il était responsable.

Cette offensive dérégulatrice de la Commission va de pair avec l’alliance

de plus en plus officielle nouée au Parlement européen entre la droite

classique du PPE et les groupes d’extrême droite. Alliance dont l’une des

cibles principales – avec les migrants – sont les ONG, obligées de se

battre sur deux fronts à la fois.

On parle peu, dans le débat politique et médiatique français, de ce qui se

passe à Bruxelles. Trop technique, trop abstrait, trop loin de nos

préoccupations immédiates, et qui plus est en anglais la plupart du temps.

Les institutions bruxelloises et les acteurs qui profitent de ce fossé

démocratique – les lobbys privés mais aussi les États membres comme la

France qui défendent des positions contraires à leurs discours officiels au

niveau national – n’ont rien fait pour y remédier.

Le problème n’est pas récent, mais il devient encore plus dramatique à un

moment où l’alliance des droites au Parlement et de la Commission von der

Leyen ont mis en branle une transformation profonde du modèle européen,

accentuant et aggravant les aspects les plus critiquables de l’UE (la

porosité aux lobbys, la promotion d’un pseudo « marché libre » bénéficiant

seulement aux multinationales) et détruisant ce qu’elle avait encore de

positif (le souci des normes sociales et environnementales).

Ce qui revient, au fond, à un véritable coup d’État silencieux dont nous ne

commençons qu’à peine à ressentir les conséquences.

Un think tank anti-migrants lié à l’internationale réactionnaire. Il

écume les plateaux des médias Bolloré (et au-delà) et les couloirs de

l’Assemblée nationale (jusque chez la majorité présidentielle) pour brandir

des chiffres biaisés sur l’immigration en France et ses prétendues menaces.

Ce qu’il dit moins, c’est qu’il a lancé son « Observatoire » après une

visite aux États-Unis sous l’égide du réseau Atlas, qu’il reste très proche

des pseudo-instituts de la droite américaine qui inspirent la politique de

Trump, qu’il passe sa vie en Hongrie avec les think tanks financés par

Orbán, ou encore qu’il est l’une des pièces centrales du projet Périclès de

Pierre-Édouard Stérin. Dans le cadre d’une nouvelle série sur

l’internationale réactionnaire et ses réseaux en France, nous avons mené

l’enquête sur Nicolas Pouvreau-Monti et son « Observatoire de l’immigration

et de la démographie ». À lire ici

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Trésor de guerre. 7,5 milliards d’euros. C’est la somme que pourrait

toucher en argent liquide Vincent Bolloré s’il acceptait l’offre du

milliardaire étatsunien Bill Ackman de racheter ses parts dans Universal

Music. Alors que beaucoup de ses médias perdent de l’argent,

particulièrement les plus marqués à l’extrême droite, Universal représente

250 millions d’euros de dividendes par an pour le milliardaire

réactionnaire, et les deux tiers de la valorisation de son portefeuille.

Revendre cette poule aux œufs d’or rapporterait beaucoup à court terme à

Vincent Bolloré, mais mettrait à nu la fragilité économique de son groupe.

Lire nos explications

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Première décision dans l’affaire Lafarge. Pour la première fois, un PDG

du CAC 40 – Bruno Lafont, ex patron de Lafarge – a été condamné, avec son

bras droit, à des peines de prison ferme pour financement du terrorisme,

dans le cadre de l’affaire des versements octroyés à Daesh entre 2012 et

2014 en Syrie. L’entreprise Lafarge a elle aussi été condamnée, en tant que

personne morale, à la peine d’amende maximale. Le jugement consacre la

responsabilité directe du groupe et de ses dirigeants dans les faits

survenus durant la guerre civile syrienne, pour des motifs de préservation

de leurs profits. Le tribunal a cependant considéré que le jugement

n’ouvrait pas le droit à une réparation pour les anciens employés de la

cimenterie de Lafarge. Une autre procédure, visant l’entreprise et ses

dirigeants pour complicité de crime contre l’humanité, est encore en cours.

Pantouflage en procès. Il est rare que les « portes tournantes » de hauts

fonctionnaires ou de responsables publics vers le secteur privé donnent

lieu à des procès, faute de pouvoir prouver qu’ils ont bien, dans leur

nouvelles missions, tiré profit de leurs fonctions passées, ou que ces

dernières ont pu être influencées par une perspective de reconversion

lucrative. L’ancien conseiller d’État Xavier de Lesquen pourrait bien être

une exception, après avoir été pris la main dans le sac. Devenu avocat

d’affaires, il a plaidé pour TotalEnergies à l’occasion du contentieux

autour du projet abandonné d’implantation d’un campus au sein de

Polytechnique. Or deux ans plus tôt à peine, encore au sein de

l’institution du Palais Royal, il avait traité une autre affaire impliquant

le groupe pétrogazier, autour cette fois de ses permis d’exploration au

large de la Guyane. Soit exactement le type de situation que les règles

encadrant les « portes tournantes » sont censées éviter. L’audience a eu

lieu le 10 avril dernier.

Charbon mozambicain à Dunkerque. La France importe encore du charbon. Pas

tant pour générer de l’électricité, même si les dernières centrales

françaises fonctionnant avec cette source d’énergie n’ont toujours pas

définitivement fermé leurs portes. Surtout pour la production industrielle,

notamment d’acier. ArcelorMittal, en particulier, ayant repoussé sine die

ses projets d’acier vert, continue à s’approvisionner massivement en roche

noire pour ses hauts fourneaux de Dunkerque. Socialter et Disclose ont

remonté la trace d’une livraison d’août 2025 en provenance de la mine de

Moatize au Mozambique. En plus de générer en France des émissions

importantes de gaz à effet de serre, ce recours au charbon à des

conséquences dramatiques pour les populations locales et leur santé. Une

enquête à lire ici

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Le secret des affaires au service des « data centers ». C’est une

illustration parfaite de la porosité des institutions européennes aux

lobbys évoquée en introduction de cette lettre. Nos partenaires de

Corporate Europe Observatory ont révélé comment Microsoft et le lobby

Digital Europe ont réussi à convaincre la Commission de reprendre mot pour

mot une de leur proposition, de maintenir l’omertà sur les impacts

environnementaux des centres de données au nom du « secret des affaires ».

Un moyen de couper court à la contestation grandissante de ces

infrastructures numériques, qui va cependant totalement à l’encontre du

droit international et de la jurisprudence. Lire l’article du *Monde

https://fajabce.r.bh.d.sendibt3.com/tr/cl/aH3KDn-WjIvJHTeflw0zJMdwKzD1gHNKbFzW1KZOyLauqTXhEfYv26ih2Eb2eLNJWot6lO9lpfN0TfGV2A4Y_BqQWcRqq38rhoGDNyUBNwKWmOeN8-wJNQ1sHqaGXfOqjxPVK722C0Y3oYh9FnT8G1KeBOGvFHyDsB4UJGMj_P6y1qTWA9-kBzYihod55u4E41H3RISw-MIfZb7qh-9qdKIJEpVuAq9YLKn48nq4wnnaZmdZZPqfyGHQhjdbB4qTczTt5oqxzf4q1LMyncEzv_B6oyQagB_8GyxnRAcWdquEqopKjFP9GkVk4UR_APAQl_z-qZP_vWATNzn8XRuPRSExSmkQ5-GdTMXNL9gMVvSnXPAssDUFfSwmU8RsNa97-j6JsQcqdQQDd6weUzJzQyLHKWhHb69_CY2H8Cwt9rcxX2vZd3SywqOiDIPX_t-WYYi4ULNClnK4ktKePGUHoLSnZclhRWFMpf7TyUt_SQJ0XHtDDGsxLycz5QcQ5w*

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Cette lettre a été écrite par Olivier Petitjean.

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