Généralisation de la vidéosurveillance en Belgique
*Bruxelles, 5 novembre 2025 – Le collectif Technopolice BXL
https://technopolice.be/ et la Ligue des droits humains
https://www.liguedh.be/, avec le soutien du Soir
https://www.lesoir.be/ et du Vif https://www.levif.be/, publient le
dossier « Sous surveillance » https://camera-lv.netlify.app/, résultat
d’une recherche sur la vidéosurveillance dans les communes belges
francophones. Des articles seront publiés toute la semaine par ces deux
média, tant sur le web que sur papier. Grâce à une longue campagne de
demandes d’accès aux documents administratifs
nous avons récolté des données révélant un niveau de surveillance alarmant.*
Notre enquête met en lumière une explosion du nombre de caméras de
surveillance en Belgique francophone. En 2016, seules 20 % des communes de
la Fédération Wallonie-Bruxelles y avaient recours. Aujourd’hui, le ratio
s’est inversé et 80 % des communes disposent de caméras de surveillance
dans l’espace public. Dans les communes qui disposaient déjà de caméras en
2016, on estime que leur nombre a doublé en dix ans*. Technopolice BXL
déplore cette évolution sécuritaire pour plusieurs raisons.
Après exclusion des communes pour lesquelles nous ne disposions pas de
données (grisées sur la carte) et celles ne possédant pas de caméras (en
bleu sur la carte), les communes restantes ont été divisées en quatre
groupes de taille égale (quartiles).
En rouge, on retrouve les communes les plus vidéosurveillées ; en orange,
les moyennes hautes ; en couleur crème, les moyennes basses ; et enfin en
vert, les densités les plus faibles.
Ont été comptabilisées tant les caméras fixes classiques, que les caméras
temporaires et les ANPR.
Cliquer ici pour afficher la carte détaillée
https://technopolice.be/wp-content/uploads/2025/11/cada2025-detail-2560.cleaned.jpg
Le technosolutionnisme nous empêche d’aborder les problèmes autrement que
par la répression
La vidéosurveillance est souvent présentée comme une solution miracle à
tous les problèmes de sécurité, prétendant pouvoir lutter tant contre le
terrorisme que contre n’importe quel délit ou « incivilité ». On voit ainsi
proliférer des caméras à reconnaissance de plaques (ANPR) pour gérer
l’accès aux zones piétonnes, ou des caméras temporaires à proximité des
bulles à verre pour identifier les responsables de dépôts clandestins.
Cette banalisation de la vidéosurveillance détourne des ressources
publiques vers des technologies coûteuses et inefficaces. Plutôt que
d’investir dans des mesures sociales et de réduction des risques, les
pouvoirs publics privilégient une approche répressive qui ne résout pas les
causes profondes de l’insécurité comme les inégalités sociales.
La sécurité est un business
Derrière cette expansion de la vidéosurveillance se cachent des intérêts
économiques majeurs. De nombreuses entreprises privées profitent de ce
marché lucratif, en faisant fi des droits fondamentaux. Par exemple, le
consortium Proximus-Trafiroad a décroché un contrat de plus de 30 millions
d’euros pour équiper les principales routes belges de caméras ANPR
On constate aussi qu’à côté de nombre d’acteurs locaux (CCDA, Macq, Tein…),
des multinationales s’assurent de larges parts de marché, comme Securitas
pour les bodycams, ou Equans (filiale de Bouygues) pour la
vidéosurveillance classique**. Nous avons recensé pas moins de 6000 caméras
publiques en Belgique francophone, soit un investissement de l’ordre de 150
à 200 millions d’euros. La sécurité devient ainsi une marchandise, source
de rentabilité aux frais des contribuables.
La surveillance renforce les logiques de contrôle classistes et racistes
Nos recherches montrent que la vidéosurveillance cible de manière
disproportionnée les communes denses, avec quantité d’immeubles à
appartements, où résident les gens les plus défavorisés, notamment issus de
l’immigration. A l’inverse, on retrouve des corrélations négatives entre la
densité de caméras et des caractéristiques comme des revenus supérieurs à
la moyenne, ou des maisons quatre façades en zone résidentielle,
relativement rurales. Il est difficile de savoir dans quelle mesure cet
état de fait est intentionnel ou non. Quoi qu’il en soit, la
vidéosurveillance reproduit une approche sécuritaire discriminatoire qui
renforce les inégalités raciales et sociales.
Ce graphe représente les corrélations de Spearman
https://fr.wikipedia.org/wiki/Corr%C3%A9lation_de_Spearman entre la
densité de caméras de surveillance par commune en Belgique francophone fin
2024 et différentes variables. Plus la corrélation est proche de 1, plus
les variables sont corrélées entre elles (c’est-à-dire qu’elles évoluent de
concert, sans que cela ne suffise à établir une relation de cause à effet).
Plus la corrélation approche de -1, plus les variables évoluent en sens
opposés. Ont été comptabilisées tant les caméras fixes classiques, que les
caméras temporaires et les ANPR.
Pour un moratoire sur la vidéosurveillance !
Technopolice BXL exige des autorités de stopper net la prolifération de la
vidéosurveillance sous toutes ses formes tant qu’un débat sérieux n’a pas
été mené sur les réelles menaces qui pèsent sur la sécurité des
habitant·es. Un tel débat doit permettre d’explorer les alternatives à
cette logique sécuritaire, qui s’appuient sur les solidarités locales et la
justice sociale.
——————————
études réalisées en Wallonie et à Bruxelles :
Gallez, 2016. *PTZ Pilot. L’acceptabilité juridique et sociale des
caméras PTZ*. Namur : CRIDS.
géographique de la vidéosurveillance dans les lieux publics de la Région de
Bruxelles-Capitale. Brussels Studies. 10 octobre 2016. DOI :
10.4000/brussels.1422 https://doi.org/10.4000/brussels.1422
** Nous avons l’ambition de mettre en ligne une base de données recensant
les achats de matériel de surveillance par les autorités belges dans le
courant de l’année 2026.
——————————
LDH. « Vidéosurveillance : la Ligue des droits humains demande un moratoire
sur l’installation de nouvelles caméras en Belgique francophone »
Communiqué de presse. 05/11/2025.
Candice Bussoli, Joël Matriche, Arthur Sente, Xavier Counasse (avec « Le
Vif », la Ligue des droits humains et Technopolice.be). « En dix ans, la
vidéosurveillance a conquis plus de trois communes sur quatre à Bruxelles
et en Wallonie (carte interactive) »
. Le Soir. 05/11/2025.
Thierry Denoël. « À quel point êtes-vous surveillés ? Enquête inédite sur
les caméras dans l’espace public (carte interactive) »
. Le Vif. 05/11/2025.
Laurence Van Ruymbeke. « Les caméras de surveillance ne sont pas utilisées
pour ce à quoi elles étaient censées servir : pourquoi personne ne les
remet en cause »
. Le Vif. 05/11/2025.
Laure Dewit, Arthur Sente. Les coulisses de l’enquête collaborative «Sous
surveillance» sur les caméras publiques
. Le Soir. Podcast « Grand angle ». 05/11/2025.
——————————
À propos du collectif Technopolice BXL
Depuis 2019, la campagne Technopolice documente et critique les projets de
« smart city » et la prolifération des technologies de surveillance en
France et en Belgique. Fondé en janvier 2021, l’objectif du collectif
Technopolice BXL est de rendre visibles les menaces liberticides que
représentent ces outils de contrôle en région bruxelloise, en centralisant
l’information les concernant sur une plateforme accessibles à tout·es. Au
travers de ce travail informatif, nous souhaitons donner à chacun·e la
possibilité d’appréhender ces enjeux, de bâtir des outils et des stratégies
de résistance contre la surveillance, afin que le déploiement de ces outils
policiers s’enraye, que la militarisation de l’espace public soit mise en
échec et qu’in fine, la technopolice trépasse !
technopolice.be
contact@technopolice.be
https://carto.technopolice.be/
Le contrôle social en Belgique: La carte du contrôle social présente les
dispositifs de contrôle social présents en Belgique. Cette carte est une
initiative de Technopolice Belgique https://technopolice.be/. Elle est
basée sur les données présentes dans OpenStreetMap
https://openstreetmap.org/. Chaque type de dispositifs y est isolé dans
une couche.
Couches :
Caméras privées https://carto.technopolice.be/#
Caméras publiques https://carto.technopolice.be/#
Caméras ALPR https://carto.technopolice.be/#
Antennes émettrices https://carto.technopolice.be/#
Antennes 5G https://carto.technopolice.be/#
Publicités https://carto.technopolice.be/#
Urbanisme défensif https://carto.technopolice.be/#
Zone de footfall analytic https://carto.technopolice.be/#
[image: Screen Shot 2026-01-03 at 17.20.14.png]
Nous mettons à disposition un guide pour compléter la carte et nous
organisons également des balades avec ce même objectif –> plus
d’informations ici https://carto.technopolice.be/#.
Le projet Technopolice ne s’intéresse qu’à la surveillance sécuritaire.
Nous présentons ici d’autres types de contrôle social car il nous semblait
utile, dans nos efforts de cartographie, de ne pas nous y limiter.
Pour contribuer à la carte, vous pouvez contacter Technopolice Belgique
https://technopolice.be/nous-ecrire/, contribuer directement à
OpenStreetMap https://learnosm.org/en/beginner/ ou encore participer à
l’une de nos balades de cartographies. Plus d’info sur notre groupe
Mobilizon https://agenda.collectifs.net/@technopolice_be. Lors de ces
balades, tout vous sera expliqué sur comment contribuer. Nous utiliserons
ceci:
- Le tutoriel pour contribuer à la carte [pdf]
https://carto.technopolice.be/tuto_controle_social.pdf
- Le modèle d’attribut du contrôle social [zip]
https://carto.technopolice.be/preset_controle_social.zip
- L’application Vespucci : F-Droid
https://f-droid.org/en/packages/de.blau.android/, Google PlayStore
https://play.google.com/store/apps/details?id=de.blau.android&hl=fr
- La fiche de participation [odt]
https://carto.technopolice.be/Fiche_participation.odt
Lors de ces balades, nous avons couvert la zone suivante de Bruxelles:
carte
https://umap.openstreetmap.fr/fr/map/zone_cartographiee-technopolice_be_534063
Précédentes balades :
12/06/2021 : 20 participant·e·s - 117 éléments ajoutés - Schaerbeek
(balade décentralisée avec Médor)
23/05/2021 : 17 participant·e·s - 281 éléments ajoutés - Schaerbeek
(balade décentralisée)
03/04/2021 : 19 participant·e·s - 404 éléments ajoutés - Marolles (balade
décentralisée)
prochaines sances d’information en 2026
[image: Screen Shot 2026-01-03 at 17.22.11.png]
Outils en ligne :
Si vous souhaitez cartographiez par vous mêmes, vous pouvez également
utiliser les outils en ligne suivants:
- MapComplete: pour les caméras
https://mapcomplete.osm.be/surveillance
“Plus de caméras sur la côte pour contrer les départs
*Surveillance. Le cap des 200 caméras de vidéosurveillance va être dépassé
sur le littoral picard. Des communes autorisent désormais l’usage de la
transmission en direct, afin de mieux “contrer les tentatives de traversées
de migrants.”*
Le 30 septembre 2025, le conseil municipal de Fort-Mahon-Plage a autorisé
l’exploitation en direct des images de vidéosurveillance situées à divers
points stratégiques de la station balnéaire picarde. Les agents du centre
régional de vidéoprotection à Lille peuvent désormais alerter en direct les
gendarmes de l’opération Poséidon sur les tentatives de traversées de la
Manche par des migrants, ou, au moins, repérer et intercepter les
préparatifs effectués par les passeurs.
Quads, 4x4, drones, motocross, chevaux et hélicoptères
Cette vidéo surveillance et les équipements de l’opération Poséidon sont
financés par l’État britannique. Il faut compter plus de 100 000 euros pour
une quinzaine de caméras. Les gendarmes, de leur côté, déploient des
effectifs actifs mais aussi des réservistes particulièrement bien équipés
avec des quads, des 4x4, des motocross, des chevaux, des drones et même un
hélicoptère… Ceux-ci sont mobilisés sept jours sur sept sur le littoral.
L’installation des caméras a commencé en 2021. En 2023, les autorités
annonçaient un objectif de 80 unités destinées à scruter le littoral
picard. Celles-ci sont disséminées à Fort-Mahon, Quend,
Saint-Quentin-en-Tourmont, Saint-Valery-sur-Somme, Cayeux-sur-Mer et Ault,
zones aujourd’hui les plus concernées par les tentatives de traversées.
180 caméras en place sur la côte
Aujourd’hui, cet objectif est bien dépassé ! En effet, sollicitée lundi 6
octobre 2025, la préfecture de la Somme indique que 180 caméras sont
désormais en place, annonçant même que « 31 autres devraient être mises en
service d’ici à mars 2026 ».
La préfecture insiste sur la volonté de contrer « les tentatives de
traversées illégales » en « facilitant le travail des forces de l’ordre,
notamment dans la lutte contre les réseaux de passeurs ». Elle souligne
également l’opportunité « d’agir plus rapidement » face aux « situations de
détresse » avec les services de secours, afin de réduire « les drames en
mer ». 27 migrants sont morts en dans la Manche, mais aucun sur la côte
picarde, pour l’instant.”
////
A lire: Livre enquête La Battue - L’Etat, la police et les étrangers sur
la politique du “zéro point de fixation” et le “harcèlement” policier. [image:
image.png]
”*Calais est devenue une ville-forteresse où on ne fait pas 100m sans
croiser des policiers, un caméra de surveillance ou du barbelé.*” de Louis
Witter
[image: Des policiers stationnés dans les dunes de Marck, près de Calais,
d’où certains exilés prennent le départ vers le Royaume-Uni.]
Des policiers stationnés dans les dunes de Marck, près de Calais, d’où
certains exilés prennent le départ vers le Royaume-Uni. • © LOUIS WITTER
/ LE PICTORIUM / MAXPPP
- *La police du futur de Mathieu
Rigouste: https://mathieurigouste.net/La-police-du-futur *
marchés des catastrophes et des frontières:
Évoquant des millions de morts liés à la pollution de l’air et des sols,
la revue Préventique [
22 https://mathieurigouste.net/La-police-du-futur#nb22]
assure que « la crise écologique appelle à une vaste transition ». Selon
elle, la « réponse nécessaire à ces vastes mutations » consiste dans «
l’approche globale de sécurité que défendent de nombreux acteurs ». Les
catastrophes liées aux ouragans Katrina, Irma et Harvey ont vu la montée en
puissance de modes d’intervention militaro-policiers, mais aussi
l’expérimentation de multiples technologies de contrôle déployables à
grande vitesse : surveillance du territoire et des côtes, évacuations, «
mises à l’abri » et internement de masse, fichage, tri et encadrement des
personnes… Les polices des États-Unis et du Mexique ont tiré des
conclusions sur les capacités de « résilience » des habitants durant les
dévastations de 2017 afin de concevoir de nouveaux modèles de «
collaboration police-population ». Juste après les tremblements de terre de
septembre 2017 qui ont touché la ville de Puebla, les Mexicains ont vu
débarquer des experts de défense et sécurité envoyés du Japon, de Turquie
et d’Israël venus « soutenir l’assistance ». Les unités israéliennes ont «
mis à disposition » des forces de l’ordre mexicaines des systèmes
technologiques capables de « voir » à travers les murs grâce à des ondes à
haute fréquence et qui ont l’intérêt d’être « particulièrement utiles […]
pour les forces de l’ordre et l’antiterrorisme » précise la revue
International Safety and Security
[23 https://mathieurigouste.net/La-police-du-futur#nb23]
secteur du « risque climatique » est directement connecté avec le business
des frontières. Le projet de mur qui doit séparer les États-Unis du Mexique
prévoit des tours de surveillance, des « aérostats attachés » (ballons
dirigeables), des essaims de drones et d’hélicoptères, des scanners géants
à rayons X adaptés aux trains et aux camions… À la demande des chefs de
patrouilles de la frontière dans la vallée du Rio Grande, le laboratoire
Lincoln du MIT développe un radar laser aéroporté et automatisé (Ladar)
capable de déceler des personnes dans une forêt dense [
24 https://mathieurigouste.net/La-police-du-futur#nb24]. Une équipe de
l’université d’Arizona intègre des données de la Nasa à un algorithme dans
le but de prédire le déplacement de groupes à travers un terrain camouflé
et par diverses conditions météorologiques. L’État israélien fabrique lui
une clôture barbelée de six à huit mètres de haut sur soixante-cinq
kilomètres à la frontière avec Gaza, équipée de caméras et de capteurs
couplés à des systèmes de détection souterrains capables de repérer des
tunnels jusqu’à douze mètres de profondeur. Ce Project Hourglass coordonne
aussi des ballons dirigeables de surveillance et des robots-gardes
autonomes sur rails circulant le long de la frontière, capables de
contrôler les personnes, de délivrer des amendes et de projeter des gaz
lacrymogènes. Les technologies israéliennes de contrôle des frontières sont
en cours d’exportation auprès de pays sud-américains [25
https://mathieurigouste.net/La-police-du-futur#nb25]. De son côté, la
Turquie adopte des dirigeables de surveillance à trois cent soixante degrés
pour contrôler ses frontières avec l’Irak et la Syrie. On observe aussi
l’émergence d’appareils portables d’imagerie thermique qui complètent
l’équipement des forces de contrôle des frontières, mais également des
surveillants d’établissements pénitentiaires ou de centres d’internement. À
Calais, la « sécurisation » de la frontière franco-britannique bénéficie à
une quarantaine d’entreprises réalisant des murs « intelligents », de
nouveaux systèmes de drones, des scanners pour camions, des portiques et
lecteurs de badge ; le contrôle humain passe lui aussi de plus en plus aux
mains de firmes de sécurité privée [26
https://mathieurigouste.net/La-police-du-futur#nb26].
Le marché global des systèmes de surveillance des frontières et des côtes
prévoit un taux de croissance de 6,2 % entre 2017 et 2021 selon la
plateforme Research and Markets [27
https://mathieurigouste.net/La-police-du-futur#nb27]. Ce marché
continuera sans doute de profiter des « crises climatiques » et des
conflits frontaliers, mais il devra aussi faire face à de nouvelles formes
de résistances politiques mues par la nécessité de survivre.
++ EN BELGIQUE, la même obsession avec un nouveau système de
surveillance et de grilles à Ostende, De Panne, …:
Une vaste opération de contrôle cible la criminalité à la frontière …
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