Chères toute et tous,
Nous avons été, plusieurs membres de Migreurop, mobilisé·es pour participer
à la création d’une grande exposition sur le thème des frontières qui
ouvrira à la cité des sciences en Avril 2026.
Parmi les installations présentées, celle des morts aux frontières qui met
en valeur l’extraordinaire travail de collecte de Geert Altes (United,
Amsterdam) sera prédominante. Dans ce cadre, il y aura une carte
interactive accompagnée d’une série de graphiques dont celui-ci en doc
joint et visible ici
pour
lequel nous nous posons des questions :
À votre avis, peut-on relier à des événements politiques ou géopolitiques
précis (ou une combinaison d’événements) les baisses et augmentations
sensibles des morts aux frontières pour les années suivantes
Baisse 2009-2010 -> Traité d’amitié Italie-Libye ?
Augmentation 2011 -> Révolution tunisienne ?
Baisse 2012-2013 -> ?
Augmentation 2015-2016 - Guerres civiles Libye Syrie ?
Baisse 2019 -> ?
Augmentation 2023 -> effet retour des Talibans, Intensification de la
guerre au Soudan et Somalie ?
Merci infiniment pour votre aide
Philippe
—————————
Philippe Rekacewicz
Associate researcher, Social Science Group,
University of Wageningen, The Netherlands
Narestø 76, N-4810 Eydehavn, Norway
tel : +47 992 78 815
Internet: visionscarto.net
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Cher Philippe,
bravo et merci pour cette belle initiative.
De mon point de vue, il est toujours utile de re-contextualiser les
évolutions montrées, en posant des jalons temporels, à l’image de ce qui
est fait par les collègues suisses mentionnés par Sophie Malka (
https://asile.ch/statistique/les-donnees-statistiques/evolution-demandes-dasile/
).
Concernant les données de mortalité manipulées ici, il me semble qu’il
serait important de les contextualiser également par des données - même
approximatives - des franchissements des mêmes frontières.
Car, en parallèle de l’évolution de cette mortalité brute, en partie liée à
celle des franchissements, celle du taux de mortalité me semble être
également pertinente et féconde à analyser.
Si l’on prend le cas de la Méditerranée centrale, par exemple, le taux de
mortalité des traversées maritimes (et donc leur dangerosité) a augmenté
depuis 2015, alors que le nombre de traversées a diminué, ce qui amène à
questionner les dispositifs mis en oeuvre (en lien avec l’externalisation
des frontières) et notamment la rhétorique humanitaro-sécuritaire qui
accompagne souvent, pour le justifier, leur déploiement.
Bien à vous,
Arnaud, chercheur au CNRS
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Bonjour,
Pour aller dans le sens de la réponse d’Arnaud, voici ci-dessous une
actualité qu’on avait publié en 2019 concernant la baisse des personnes
mortes ou disparues en Méditerranée centrale
https://www.lacimade.org/mediterranee-centrale-une-personne-migrante-sur-sept-meurt-ou-disparait/
*Méditerranée centrale : une personne migrante sur sept meurt ou disparaît
durant la traversée*
29 août 2019
*Malgré la forte baisse des arrivées, le risque de mourir pour les
personnes migrantes tentant de traverser la Méditerranée a atteint des
proportions alarmantes. Analyse par La Cimade d’une situation inadmissible
liée à l’inertie macabre des États membres de l’Union européenne.*
Depuis le début de l’année 2019, une personne sur sept meurt ou disparaît
en Méditerranée centrale en tentant de rejoindre les côtes européennes.
Pour la même période en 2018, c’était une personne sur 17, et une personne
sur 46 en 2017. Des chiffres effrayants et probablement plus élevés, le
nombre de bateaux quittant les côtes africaines demeurant inconnu.
Pourtant, les arrivées sur les côtes européennes, en particulier par la
Méditerranée centrale, ne cessent de baisser. Au début du mois d’août 2019,
l’agence européenne Frontex annonçait une baisse globale de 30 % des
arrivées irrégulières sur le territoire européen par rapport à 2018. Selon
le communiqué de l’agence
les arrivées via la Méditerranée centrale pour les sept premiers mois de
2019 représentent « un peu plus du quart du total des arrivées à la même
période en 2018 ». C’est à dire une baisse de plus de 75 %.
[image:
https://www.lacimade.org/wp-content/uploads/2019/08/Morts_Migrants_Mediterranée_2017-2019.jpg]
https://www.lacimade.org/wp-content/uploads/2019/08/Morts_Migrants_Mediterran%C3%A9e_2017-2019.jpg
*Source : UNHCR, Europe – Dead and missing at sea (January 2018 – July 2019
et January 2017 – July 2018) and UNHCR, Italy, Sea arrivals dashboard,
January-July 2017.*
Des moyens de sauvetage réduits
Cette augmentation sans précédent du taux de mortalité en Méditerranée
centrale est en grande partie due à des moyens de sauvetage de plus en plus
réduits.
En effet, les États membres de l’Union européenne ont peu à peu transféré
la responsabilité des sauvetages à la Libye (formation des garde-côtes,
création d’une région de recherche et de sauvetage -SRR- et d’un centre
conjoint de coordination des sauvetages en Libye). Pourtant, les risques
pour les personnes migrantes débarquées dans ce pays sont connus, tout
comme les insuffisances de l’action — parfois même dangereuse — des
garde-côtes libyens (cf. Méditerranée centrale : Une hécatombe sourde et
muette, désormais à l’abri de (presque) tous les regards
Parallèlement, les pressions et les entraves, notamment du gouvernement
italien, sur les ONG de sauvetage en mer se poursuivent (cf. Méditerranée,
les solidarités ne se laisseront pas faire
https://www.lacimade.org/mediterranee-les-solidarites-ne-se-laisseront-pas-faire/
).
Ainsi, les moyens de sauvetage en Méditerranée se limitent aujourd’hui,
dans le secteur le plus à risque, aux garde-côtes libyens, aux navires
marchands passant dans cette zone et aux rares ONG de sauvetage en mer, qui
maintiennent leur action malgré les incessantes pressions qu’elles
subissent de la part des États.
Dans un rapport
https://rm.coe.int/sauver-des-vies-proteger-les-droits-combler-le-manque-de-protection-de/168096883c
publié
en juillet 2019, la Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de
l’Europe, dénonçant « le coût humain terrible » de cette stratégie,
rappelle aux États membres leurs obligations en matière de sauvetage. *Elle
appelle notamment tous les États membres à « allouer des ressources
destinées spécifiquement aux activités de recherche et sauvetage en mer »
et à « déployer des navires le long des couloirs où ils peuvent
effectivement contribuer à éviter des décès et garantir un traitement digne
des personnes secourues »*. Elle souligne également la nécessité que les
États exploitent « pleinement toutes les unités de sauvetage et de
recherche […], notamment les navires administrés par des ONG ».
Loin de répondre à ces recommandations, le gouvernement italien a, de
nouveau, durant ce mois d’août, refusé l’entrée de ses ports à deux navires
de sauvetage et immobilisé au sol deux avions des ONG Pilotes volontaires
et Sea-Watch, qui opèrent des missions de reconnaissance en Méditerranée.
Le navire de l’ONG Open Arms a été bloqué pendant 19 jours, avec 147
personnes à son bord. Le débarquement n’a pu avoir lieu qu’après une
décision du procureur d’Agrigente. Ce dernier a également ordonné la mise
sous séquestre du navire dans le cadre d’une enquête contre X pour
séquestration de personnes, omission et refus d’actes officiels. Enquête
qui — une fois n’est pas coutume — ne vise pas l’équipage du bateau de
sauvetage, mais les autorités italiennes. L’Ocean Viking, navire affrété
par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières a, quant à lui, été bloqué
pendant 15 jours. C’est finalement Malte qui a accepté de débarquer les 356
personnes à bord, après que six États membres, dont la France, se sont
engagés à les accueillir.
La baisse des arrivées (moins de 4 000 personnes sur les côtes italiennes
en 2019) ne semble avoir aucun impact sur l’accueil des personnes exilées
traversant la Méditerranée. Les pourparlers européens sur la responsabilité
de leur prise en charge piétinent et la perspective de la création d’un
mécanisme opérationnel de solidarité permettant un débarquement dans le
port sûr le plus proche, tel que le prévoit le droit international, parait
dans une impasse. La question de la mobilisation des moyens nécessaires au
sauvetage en mer semble quant à elle reléguée au second plan.
*Aveuglés par le fantasme d’une invasion, les États membres de l’Union
européenne, figés dans une inertie macabre, laissent mourir des milliers de
personnes en Méditerranée.* Face à ce désastre, l’heure est venue de
changer de paradigme et de repenser les migrations non plus comme un
problème mais comme une des solutions, celle de la circulation et de
l’égalité des droits entre toutes et tous.
Anne-Sophie Wender
Chargée de mission
Pôle Solidarités internationales Europe
91 rue Oberkampf
75011 Paris
Portable +212 672 55 10 29 (Maroc)
Cher Philippe,
Je ne sais pas si cela peut aider, mais nous avons fait sur nos pages
statistiques, en lien avec les demandes d’asile en Suisse, un graphique
montrant l’évolution avec des indications liées à diverses crises
internationales, avant tout liées à la nationalité des demandes, mais sans
aller forcément jusqu’à qualifier ces crises plus précisément.
Comme l’évolution en Suisse est souvent proche de celle que l’on observe en
Europe, cela peut néanmoins être utile.
Voici le lien vers la page en question et le graphique commenté:
https://asile.ch/statistique/les-donnees-statistiques/evolution-demandes-dasile/
A bientôt et bravo pour ce travail!
Amitiés,
Sophie coordinatrice / rédactrice en chef asile.ch
Service d’information et de documentation
sur le droit d’asile
!! Nouvelle adresse !!
Rue des Savoises 15
1205 Genève
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Bonjour,
Autre exemple, dans ce rapport nous montrons les liens entre les morts et
violences aux frontières maroco-espagnoles et les événements diplomatiques
entre le Maroc, l’Espagne et l’UE :
https://www.borderforensics.org/fr/enquetes/nadormelilla/
Elsa TYSZLER
Sociologue - chercheuse postdoctorale
Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (CRESPPA)- CNRS
Equipe Genre, Travail, Mobilité (GTM)
https://www.cresppa.cnrs.fr/gtm/equipe/les-membres-du-gtm/tyszler-elsa/
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Bonjour à toutes, tous,
Ma contribution à la discussion va être assez spéculative et je m’en excuse.
Il me semble difficile d’analyser les chiffres des morts indépendamment de
celui des arrivées.
A mon sens, depuis notamment l’expérience de MSF, les natures des
phénomènes affectant mortalité et nombre des départs et arrivées sont
divers :
événements externes (politiques, sanitaires, etc. : Covid, conflits, etc.)
évolution des dispositifs de sauvetage : (cf. Heller / Pezzani
évidemment)
précédent bien sûr) : déclaration EU-Turquie de 2016, accord Libye /
Tunisie, Haftar / Grèce), diversification des routes (push route Atlantique
avec une mortalité très élevée)
Difficile d’isoler les facteurs il me semble, donc nécessité d’établir des
corrélations multiples, en prenant compte aussi l’évolution des
nationalités - et oui, le nombre des Soudanais s’accroit nécessairement à
la suite du rédémarrage du conflit 2023 alors que les Syriens ont disparu
des 10 nationalités les plus représentées).
Et pour info et les curieuses et curieux, je vous joins le rapport que nous
avons publié il y a quelques mois et qui contient quelques graphs retraçant
arrivées, évolution de la mortalité et interceptions
Rapport Fortress in the sand-final_compressed.pdf
Désolé pour les évidences et au plaisir de continuer la discussion,
Michaël michael.neuman@paris.msf.org
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