Fwd: la fin de l'impunité de Frontex en matière de refoulement / End of Frontex impunity in term of pushbacks

miladyrenoirmiladyrenoir
2026-4-13 19:19

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De : Claire Rodier

Droits fondamentaux : la CJUE rappelle les obligations de Frontex

FÉVRIER 2026 ·

https://euradio.fr/emission/2JLj-leurope-un-ecrin-de-droits/PE1v-droits-fondamentaux-la-cjue-rappelle-les-obligations-de-frontex

*Alice Collin** est avocate au Barreau de Bruxelles, en droit public et

européen. Après avoir étudié les sciences politique et le droit, elle s’est

spécialisée en études européennes au Collège d’Europe à Bruges.*

*Le 18 décembre dernier, la Cour de justice de l’Union européenne a rendu

une décision importante en estimant que l’agence Frontex pouvait être tenue

responsable de violations des droits fondamentaux lors d’opérations de

retour de migrants. Cette décision concerne le refoulement d’une famille

kurde syrienne entre la Grèce et la Turquie. Quels sont les faits à

l’origine de cette affaire et pour quelles raisons a-t-elle été portée

devant la Cour de justice de l’Union européenne ?*

Oui, c’est une affaire qui remonte à 2016. Il s’agit de deux parents kurdes

syriens et de leurs quatre enfants, qui arrivent en Grèce, sur l’île de

Milos, après avoir fui la Syrie. Très vite, ils expriment leur volonté de

demander l’asile, ce qui est un droit fondamental garanti par le droit

européen et international. Mais au lieu d’être intégrée dans une procédure

d’asile, la famille est transférée quelques jours plus tard dans un avion

et renvoyée vers la Turquie, dans le cadre d’une opération coordonnée par

Frontex avec les autorités grecques. Le problème, c’est que ce renvoi est

illégal. Il viole le principe de non-refoulement, qui interdit de renvoyer

des personnes vers un pays où elles risquent des persécutions ou un renvoi

vers leur pays d’origine. La famille, craignant d’être renvoyée en Syrie

depuis la Turquie, a ensuite fui vers l’Irak. Elle a donc saisi la justice

européenne pour demander réparation.

*Dans un premier temps, la justice européenne avait pourtant donné raison à

Frontex. Qu’est-ce qui a changé avec la décision de la Cour de justice ?*

Effectivement, en 2023, le Tribunal de l’Union européenne avait rejeté le

recours de la famille. Il estimait que Frontex n’était qu’un acteur

technique, chargé d’un simple soutien logistique, et qu’elle ne pouvait pas

être tenue responsable des décisions prises par la Grèce. Mais la Cour de

justice de l’UE, qui est l’instance supérieure, n’est pas du tout d’accord

avec cette lecture. Elle dit clairement que le rôle de Frontex ne se limite

pas à “aider” les États membres. Selon la Cour, le droit de l’Union impose

à Frontex de véritables obligations en matière de protection des droits

fondamentaux, y compris lors des opérations de retour. Autrement dit, si

Frontex participe à une opération illégale, sa responsabilité peut être

engagée, au même titre que celle de l’État concerné.

*Concrètement, qu’est-ce que la Cour reproche à Frontex dans cette affaire

?*

La Cour reproche surtout à Frontex de ne pas avoir vérifié si les

conditions légales du renvoi étaient réunies. Par exemple, les juges

insistent sur l’importance de décisions de retour écrites et individuelles,

qui permettent de s’assurer que chaque personne renvoyée ne risque pas une

violation de ses droits fondamentaux. En participant à un vol de retour

sans s’assurer que ces garanties existaient, Frontex a manqué à ses

obligations. La Cour dit aussi quelque chose de très important : des

violations des droits fondamentaux commises pendant un vol de retour

peuvent relever à la fois de la responsabilité de l’État membre et de celle

de Frontex. C’est une rupture nette avec l’idée selon laquelle l’agence

serait juridiquement “intouchable”.

*Est-ce que cette décision peut avoir un impact plus large sur la politique

migratoire européenne ?*

Oui, clairement. C’est une décision de principe, qui va bien au-delà de

cette seule famille. Frontex est déployée dans de nombreux pays européens

où des refoulements illégaux, les fameux pushbacks, sont régulièrement

dénoncés par les ONG. Avec cet arrêt, la Cour envoie un message très clair

la protection des frontières ne peut pas se faire au détriment des droits

fondamentaux. Frontex devra désormais être beaucoup plus vigilante, au

risque d’engager sa responsabilité juridique. L’affaire est d’ailleurs

renvoyée devant le Tribunal de l’UE, qui devra réexaminer la demande de

dommages et intérêts de la famille. Mais surtout, cette décision renforce

le contrôle judiciaire sur l’action de Frontex et rappelle que, même en

matière migratoire, l’État de droit ne s’arrête pas aux frontières de

l’Union.

Un entretien réalisé par Laurence Aubron.

De : romain lanneau romain@statewatch.org

Bonjour Cécile,

dorénavant (jurisprudence) Frontex sera obligée de justifier pourquoi elle

n’a pas agi alors qu’elle était présente et observait (preuves et évidences

apportées par la victime) le déroulement de cas de refoulement (et par

extension d’ autres violations des droits) ?

La Grande Chambre (la plus haute juridiction de l’Union européenne) a

estimé que la charge de la preuve pour établir l’expulsion collective était

trop lourde et rendait impossible pour les requérants d’apporter la preuve

de l’implication des autorités. Les juges ont décidé qu’une fois que le

requérant avait apporté des preuves prima facie du refoulement et de sa

présence lors de l’événement, il incombait aux autorités de prouver

qu’elles n’avaient pas été impliquées dans l’événement ayant causé un

préjudice à la victime. Les preuves prima facie doivent être suffisamment

détaillées, spécifiques et cohérentes ; il peut s’agir de témoignages (y

compris ceux de la victime elle-même), d’articles de presse ou de rapports

d’ONG.

Quelle est la suite ? Comment Frontex v a-t-elle être condamnée pour ces

manquements ? la réforme du mandat de Frontex en 2026 va certainement

tenter de contourner cette jurisprudence …

La Grande Chambre a établi de nouvelles règles pour toutes les affaires qui

seront jugées par le Tribunal de l’Union européenne. L’affaire Hamoodi a

été renvoyée devant le tribunal. Le requérant devra démontrer qu’il a

atteint le seuil de la preuve prima facie, ce qui ne devrait pas être trop

difficile puisque la Grande Chambre a expliqué à quel point cette affaire

constituait un cas exceptionnel en matière de preuve, et Frontex devra

prouver que l’agence n’était pas impliquée. Les juges auront le pouvoir de

demander à Frontex de fournir des détails sur ses opérations.

Reste à voir si cela changera quelque chose à la pratique et à la prochaine

réforme. L’affaire Hamoodi est exceptionnelle en termes de preuve et il

sera très difficile de porter une autre affaire devant les tribunaux pour

atteindre le seuil requis. Il est également important de rappeler que cette

affaire vise à obtenir une indemnisation pour une faute commise par

Frontex. Cela signifie qu’elle ne conteste pas l’opération de Frontex en

elle-même, mais uniquement l’impact de l’opération de Frontex ce jour-là

sur Alaa Hamoodi. Il est également très probable que Frontex tentera de

parvenir à un accord avec Hamoodi, qui ne sera pas rendu public, ce qui

laissera en suspens la partie opérationnelle de la jurisprudence.

Romain

On 09/01/2026 09:50, Cecile Vanderstappen wrote:

Bonjour Romain,

Si je comprends bien cela signifie que dorénavant (jurisprudence) Frontex

sera obligée de justifier pourquoi elle n’a pas agi alors qu’elle était

présente et observait (preuves et évidences apportées par la victime) le

déroulement de cas de refoulement (et par extension d’ autres violations

des droits) ?

Quelle est la suite ? Comment Frontex v a-t-elle être condamnée pour ces

manquements ? la réforme du mandat de Frontex en 2026 va certainement

tenter de contourner cette jurisprudence …

Merci pour tes précisions.

Cécile

Cécile VANDERSTAPPEN

Chargée de recherche et de plaidoyer Justice Migratoire

(Absente le lundi)

Centre national de coopération au développement - CNCD-11.11.11 asbl

Quai du commerce, 9 - 1000 Bruxelles

Tél.: 32 (0) 2 250.12.61

cecile.vanderstappen@cncd.be

De : romain lanneau romain@statewatch.org romain@statewatch.org

FR - Eng Bellow and link to spanish articles bellow

Bonsoir tout le monde,

La Cour de justice de l’Union européenne annonce, à l’occasion de la

Journée internationale des migrants, la fin de l’impunité de Frontex en

matière de refoulement.

Les juges de la grande chambre ont rendu une décision claire dans l’affaire

Hamoodi c. Frontex.

Le demandeur d’asile syrien, Alaa Hamoodi, refoulé en mer alors que l’avion

de Frontex survolait plusieurs fois les lieux, a prouvé que la charge de la

preuve était impossible a respecter dans des cas comme le sien.

La Cour de Luxembourg a décidé d’adopter une nouvelle exigence, qui

consiste à ce que la personne apporte des preuves suffisamment détaillées,

spécifiques et cohérentes de sa présence lors du refoulement.

Cela s’appliquera à tous les nouveaux cas.

Une victoire bienvenue pour clôturer une année où les droits des réfugiés

et des migrants ont été constamment bafoués, et qui donne l’espoir que

toutes autoritées, même Frontex, puisse être tenue responsable !

Eng:

Evening everyone,

The Court of justice of the European Union announced on the international

day of migrants the end of Frontex impunity for pushbacks.

The judges of the grand chamber have taken a clear decision on the case

Hamoodi v Frontex. The Syrian asylum seeker, Alaa Hamoodi, pushed back at

sea while Frontex aircraft flew over the scene several times proved that

the rules of evidence where impossible to reach in cases like his. The

Luxembourg Court decided to adopt new requirement, that consist in the

person establishing sufficiently detailed, specific and consistent

evidence of its presence during the pushback.

This will apply to all new cases.

A very welcome win to end a year where refugees and migrants rights have

been consistently undermined and giving hope that the any authority, even

frontex, can be held accountable!

Article in En

https://apnews.com/article/pushback-frontex-cjeu-greece-turkey-migration-hamoudi-syria-court-831f34ba6e72893ff7eac6e6f8485516and

in Spanish

https://elpais.com/internacional/2025-12-18/la-justicia-europea-considera-responsable-a-frontex-por-primera-vez-de-una-devolucion-en-caliente.html

Best,

Romain Lanneau

Researcher

Statewatch

www.statewatch.org