[image: Collectif d’Initiatives Militantes pour l’Autogouvernement]
Collectif d’Initiatives Militantes pour l’Autogouvernement
Accueil https://colimacon.org/
Manifeste https://colimacon.org/manifeste
Panorama https://colimacon.org/panorama
Articles https://colimacon.org/blog
Contact https://colimacon.org/contact
Manifeste
Accueil https://colimacon.org/
Manifeste https://colimacon.org/manifeste
Le Colimaçon c’est la recherche d’une voie vers l’Autogouvernement ici et
maintenant
Un cheminement empirique ici et maintenant Une idéologie clé en mains
La démocratie directe avec des mandats révocables, bénévoles (ou faiblement
rémunérés) et des assemblées locales réunissant l’ensemble des habitants
d’un territoire donné Une démocratie faussement représentative
Le pouvoir pour tous, la dignité pour chacun Une République de techniciens
manipulés par des intérêts particuliers
Une route sinueuse, parfois mal tracée, souvent belle qui nous emmène vers
une destination librement choisie L’efficacité qui nous mène droit dans le
mur… mais vite
Un moyen de grandir l’humain qui est en nous Un système qui tourne en rond
Mettre en œuvre une réflexion collective pour l’Autogouvernement dans un
esprit d’ouverture (Chacun est légitime et pas seulement les experts), de
simplicité (chacun doit pouvoir comprendre et être compris, pas de jargon),
et de bienveillance (chacun est a priori aimable et mérite d’être traité
comme tel).
Proposer une nouvelle société plutôt que penser une contre société.
Dessiner en positif les contours d’une autre vie collective, dans la
non-violence, sans s’essouffler dans la contestation ou la réfutation
d’autres modèles, d’autres groupes.
Prendre conscience et redonner espoir dans un autre futur possible
https://colimacon.org/panorama. La société actuelle de surpuissance,
gâchis, misère collective et individuelle n’est pas inéluctable. « Les
choses continuent jusqu’à ce qu’elles s’arrêtent ». L’Autogouvernement
c’est remettre la politique au centre du jeu, c’est-à-dire le citoyen en
position d’influer sur les sphères productives, éducatives, sociales, etc.
Panorama
Accueil https://colimacon.org/
Panorama https://colimacon.org/panorama
Voici une liste non limitative d’expériences d’Autogouvernement. Chacune de
ces formes d’Autogouvernement plus ou moins abouties mérite une étude
approfondie.
Zapatistes du Chiapas :
https://colimacon.org/autogouvernement-au-chiapas L’expérience
d’Autogouvernement de l’ère moderne la plus durable observée à ce jour
(Presque 30 ans d’existence) sur un territoire équivalent à la Belgique et
comprenant environ 300 000 compañeros.
Grèce antique
https://colimacon.org/la-grece-aux-racines-de-la-democratie-directe : Bien
que fondamentalement inégalitaire (esclaves, métèques et femmes exclus de
la vie politique), la Grèce a vu naître, à son apogée 500 ans avant l’ère
commune, des formes de démocratie directe : Ekklèsia ou assemblée de
citoyens, magistrats tirés au sort, instances élues pour de courtes durées,
mandats révocables, rotation importante des charges, etc.
Kibboutz : https://colimacon.org/kibboutz-communaute-ou-societe Villages
collectivistes initialement à vocation agricole fondés par des juifs en
Palestine en 1910. Les décisions prises par assemblée générale y régissent
de façon très diverses mais en principe égalitaire la production, la
consommation et l’éducation. Chacun des 270 villages, regroupant près de
120 000 personnes est autogéré, plusieurs fédérations les regroupent.
Rojava : https://colimacon.org/democratie-directe-au-rojava Dans une
région en guerre, la Fédération démocratique de la Syrie du Nord, à
majorité Kurde, apparue en 2014 et empruntant les idées de Murray Bookchin,
prévoit que les 5000 communes fonctionnent à terme comme des Assemblées
indépendantes dans le cadre d’une démocratie directe.
Conseils ouvriers : Organisations insurrectionnelles apparues notamment en
Russie en 1917, en Allemagne en 1919, en Hongrie en 1956 et dans plusieurs
pays en 1968 afin de gérer une usine ou un territoire par démocratie
directe (non séparation entre la décision et son application, entre le
législatif et l’exécutif).
Collectivités libertaires de Catalogne : En 1936 et pendant quelques mois,
2 millions de travailleurs reprirent en main leur outil de production, un
demi-million de paysans mirent leurs terres et outils en commun. Les
Coopératives
Intégrales https://colimacon.org/cooperative-integralesont en quelque
sortes héritières de cette histoire.
Marinaleda https://colimacon.org/village-autogere-marinaleda : Depuis
1980, un village agricole andalou de 2 700 habitants est autogéré par sa
population. Grâce à son maire bénévole. Une quarantaine de réunions
publiques sont organisées chaque année et permettent des initiatives
audacieuses, par exemple l’accès à la propriété avec autoconstruction
encadrée contre 15€/ mois sur 90 ans. Les 1200 ha de terre collectives sont
travaillés par des coopératives villageoises dans lesquelles tous gagnent
le même salaire (1250€). En France, une expérience participative présentant
des similarités a eu lieu à Saillans
https://colimacon.org/commune-dissidente-saillans.
La République des Escartons
https://colimacon.org/la-republique-des-escartons, de 1343 à 1789 des
territoires de montagne autour de Briançon, représentant un triangle de 90
Km de côté et regroupant près de 40 000 habitants, ont vécus la démocratie
(directe) pendant près de 450 ans. Une quarantaine de communautés
d’habitant (universitas) réparties dans 5 escartons (divisions
territoriales) se réunissent régulièrement pour s’administrer eux-mêmes.
Sociétés aborigènes : Les anthropologues ont dépeints des sociétés plus ou
moins égalitaires, sans Etat, sans impôt, sans propriété, sans
conscription, dont on pouvait choisir de ne pas suivre le chef. On peut
citer les Mayas et autres peuples précolombiens, les Nuer au sud Soudan /
Ethiopie, les Warlpiri dans le désert australien, Les Zo’é dans la forêt
amazonienne brésilienne, les Iroquois, les Jivaros, les Inuits, les
Trobriandais, etc.
Par ailleurs, de nombreuses expériences communautaires alternatives plus
retreintes et non centrées sur l’autogouvernement existent :
Alfassa et toujours en cours d’expérimentation ;
avec Gandhi, en 1948 et qui compte trois communautés en France ;
d’autres à travers le monde, en tant que foyers contestataires et au-delà
du folklore touristique, peuvent sans doute aussi nous apprendre bien des
choses.
village démocratique de Pourgues
https://colimacon.org/de-l-ecole-au-village-democratique, etc.
Enfin, de nombreux penseurs ont théorisé l’autogouvernement tels Condorcet
https://colimacon.org/constitution-de-1793-ferments-dune-democratie-directe-francaise,
inspirateur de la Constitution girondine sous la Révolution française, Victor
Considérant https://colimacon.org/loi-fondamentale-inutile pour le XIXè
siècle, Murray Bookchin et son communalisme fédéré, et un penseur majeur de
la question au XXè siècle : Cornelius Castoriadis.
https://colimacon.org/cornelius-castoriadis
15 octobre 2023 https://colimacon.org/2023/10
Cecosesola, démocratie directe et autogestion
https://colimacon.org/cecosesola-democratie-directe-autogestion
Par Pasamontana https://colimacon.org/author/pasamontana dans Economie
https://colimacon.org/category/economie, Expériences locales
https://colimacon.org/category/experiences-locales Étiquette autogestion
https://colimacon.org/tag/autogestion, autogouvernement
https://colimacon.org/tag/autogouvernement, démocratie directe
https://colimacon.org/tag/democratie-directe
https://colimacon.org/cecosesola-democratie-directe-autogestion
[image: Carte du Venezuela indiquant la présence de la coopérative
Cecosesola dans l’Etat du Lara principalement.]
Depuis plus de 45 ans au Venezuela, dans l’État de Lara, un réseau d’une
cinquantaine de coopératives réunies sous la bannière de Cecosesola,
propose large variété de produits et services. Cette fédération emploie
1 200 de personnes et compte plus de de 20 000 membres associés,
principalement des foyers modestes. Produits agricoles, banque, soins de
santé, écoles, services funéraires, transports, biens d’équipements,
l’offre s’est étoffée au fil des années. La volonté de pratiquer des tarifs
accessibles persiste toutefois. 30% sous les prix du marché pour les
produits agricoles à 60% pour l’offre de santé, l’autogestion se porte bien.
Simple service funéraire au service des plus démunis de la ville de
Barquisimeto, Cecosesola s’est rapidement constituée à travers dix
coopératives du centre-ouest du Venezuela qui se sont fédérées dans une
structure commune en 1967. Le salaire est le même pour tous et un fonds
d’aide solidaire a été créé en cas de maladie ou de coups durs. Cecosesola
est complètement indépendante, à la fois des banques comme du gouvernement.
Le projet autogestionnaire ne reçoit aucune subvention du gouvernement.
Les « ferias »
Les marchés populaires appelés « ferias » sont l’une des activités
centrales du réseau. La feria centrale, la plus importante, est à la fois
un marché de fruits et légumes et un supermarché social qui couvre tous les
produits. Une grande partie de l’approvisionnement provient des dizaines de
coopératives agricoles et des « unités de production communautaires » qui
appartiennent au réseau Cecosesola. De prime abord, cet immense hangar aux
allures de supermarché discount, avec ses 180 caissiers faisant face à de
longues files d’attente, ne paye pas trop de mine. Mais le fonctionnement
coopératif, les prix « solidaires » souvent 30 % inférieurs aux prix du
marché, le microphone communautaire où chacun peut aller dire un mot ou
encore les caisses de soutien aux luttes indigènes sont parmi les détails
qui changent considérablement l’impression initiale…
Du côté de son réseau de santé, Cecosesola ne fait pas non plus dans la
demi-mesure : après plusieurs années de travaux et la récolte des millions
de bolivars nécessaires à leur financement, le « centre intégral coopératif
de santé » a ouvert ses portes dans l’Ouest populaire de la ville, en 2009.
Ils avaient déjà six centres de soins à leur actif, voici désormais un
grand hôpital ouvert pour toute la population – ce qui en fait le plus
important de cette ville d’un million d’habitants – avec tous les services
nécessaires et davantage : de la chirurgie à la médecine chinoise.
Loin de fanfaronner sur les chiffres de sa réussite – 50 000 familles
approvisionnées en produits agricoles, 150 000 visites annuelles dans leur
réseau de santé –, pour les membres de Cecosesola, la priorité n’est pas
celle-là. Jorge, qui travaille à l’hôpital, insiste : « Nous croyons que le
succès économique de Cecosesola vient du fait que ce n’est pas notre
intérêt principal ! » C’est avant tout une « expérience communautaire de
transformation sociale ».
Une coopérative sans patron
Petit retour dans le temps. En 1974, le réseau coopératif est encore
organisé de façon traditionnelle : la direction dirige, les travailleurs
obéissent. Mais lorsque le gérant de l’époque s’autorise un léger
détournement de fonds, les coopérateurs lancent une AG extraordinaire : les
chefs sont virés. De nouveaux mandatés favorisent alors un changement de
cap. Au fil des ans, ils s’engagent à réduire l’organisation verticale,
pyramidale des organisations du réseau et des réunions périodiques ont lieu
entre les travailleurs associés, afin de réfléchir à ce que nous voulions.
Aujourd’hui Cecosesola n’a plus de direction, plus de gérant, aucun signe
de hiérarchie formelle.
Dans le travail quotidien, il n’y a pas de surveillant, tout fonctionne au
travers de la conversation, en réunion, et en dehors des réunions. Pour
certaines activités, il y a des groupes de coordination, qui sont rotatifs
entre tous les travailleurs : la transmission de l’information entre eux
permet que ce soit le collectif qui s’instruise, se responsabilise, se
dynamise. De la même manière, si chacun a un poste principal, une personne
peut être affectée dans un centre de soins et tenir une caisse dans une
feria certains jours. Le but est qu’ils partagent tous les mêmes fonctions,
les mêmes connaissances et une vision globale et intégrée de leur
coopérative.
« La solution à tous les problèmes est dans la discussion permanente. Nous
nous réunissons donc de nombreuses fois, au moins 3 ou 4 fois dans la
semaine », explique Jorge. Un travailleur peut ainsi y consacrer autour de
20 % de son temps de travail, entre les réunions de secteur pour
l’organisation du travail quotidien et les réunions de gestion qui
concernent l’ensemble de Cecosesola et qui peuvent rassembler jusqu’à deux
cents personnes. Quant à la prise de décision, elle se fait par consensus,
de manière « à lui donner plus de force ». Chose rare à signaler, toutes
les réunions se font sans ordre du jour et sans animateur. Sourire aux
lèvres, Jesús admet que « pour les gens qui viennent nous voir, nos
réunions paraissent un peu folles ! »
Une organisation du travail proche du kibboutz
Le plus troublant est peut-être l’absence de règles écrites. Tout repose
sur la transmission verbale. Ainsi la règle tacite est que chacun participe
à une réunion par semaine minimum, mais ce n’est inscrit nulle part : pas
de charte, pas d’organigramme, pas de texte qui définisse l’organisation
collective. De la même manière le contrat de travail est banni de
Cecosesola, « car nous pensons que nous sommes une communauté et nous
travaillons donc sur la base de la confiance et non dans la méfiance ».
Au sein même de Cecosesola, l’école coopérative Rosario Arjona matérialise
l’importance donnée à la réflexion et à la discussion. Son animation se
fait à tour de rôle, et Jorge et Jesús sont dans l’équipe du moment. « Ici
c’est comme le carrefour des chemins, le réseau qui fait Cecosesola ».
Chaque nouveau prétendant y passera quinze journées de formation à son
entrée dans la coopérative. Dans cette école d’apprentissage, il s’agit
autant d’intégrer les principes de fonctionnement que de « partager une
culture commune ». Les publications3 éditées par l’école tentent de rendre
compte de la trajectoire de leur « organisation en mouvement » qui se base
sur « l’analyse permanente et la systématisation des expériences de vie au
quotidien ». Jorge admet que c’est un processus qui prend du temps, et
qu’il ne faut pas se tromper : « Ici ce n’est pas un paradis, encore
aujourd’hui il y a des coopératives partenaires de Cecosesola qui
fonctionnent avec un président-directeur, le vote… Nous sommes une
organisation constituée de nombreuses petites organisations, et nous en
formons une seule mais pas d’une manière uniforme, avec des rythmes
d’évolution différents. »
« Nous sommes dans une société qui est marquée par la méfiance, la
compétition, la hiérarchie, la pyramide » et Jesús admet que « tous et
toutes sont des fils et des filles de cette civilisation et de cette
société capitaliste ». Ainsi, une partie des réflexions menées concerne
l’analyse de la culture vénézuélienne, considérée comme un mélange de la «
culture patriarcale occidentale » et de cultures ancestrales. C’est pour
eux un préalable puisque « tout processus de transformation devrait partir
et s’appuyer sur ce que nous sommes et non sur ce que nous aimerions être
». Et de penser ainsi le coopératisme comme « un mode de vie », une façon
de s’organiser permettant « l’union et la lutte du peuple » au-delà du
simple cadre de Cecosesola. D’où la nécessité répétée de faire naître « des
relations solidaires dans la production et l’émergence de la possibilité
d’un processus auto-organisé, d’une organisation ouverte et flexible, en
permanent mouvement ».
Les coopérateurs de Cecosesola soutiennent que « la décadence d’un
processus autogestionnaire se manifeste quand le groupe reste dans le monde
des choses […] et qu’il ne se préoccupe pas d’alimenter son processus
interne, pour analyser collectivement les relations qui se jouent dans le
travail quotidien ». Ainsi « La relation patron-ouvrier, la tendance au
profit individualiste, font partie de notre culture. Il ne s’agit pas de
comportements externes à nous-mêmes. Par conséquent, éliminer la présence
du patron n’est pas suffisant ». Jorge, en vieux briscard, conclut
l’entretien par ce résumé : « La concurrence c’est : “je dois gagner ce que
ça te coûte”. La compétition c’est “je gagne pendant que tu perds”. Nous,
nous voulons construire un monde où tout le monde gagne ! »
15 septembre 2023 https://colimacon.org/2023/09
Town meetings et démocratie directe locale
https://colimacon.org/town-meetings-et-democratie-directe-locale
Par Pasamontana https://colimacon.org/author/pasamontana dans Expériences
locales https://colimacon.org/category/experiences-locales, Lois
citoyennes https://colimacon.org/category/lois-citoyennes Étiquette
démocratie
directe https://colimacon.org/tag/democratie-directe, Murray Bookchin
https://colimacon.org/tag/murray-bookchin, Town meeting
https://colimacon.org/tag/town-meeting
Que sont les « Town Meetings »? Quels hasards de l’histoire les ont fait
advenir? Que reste-t-il aujourd’hui de cette pratique de démocratie directe
locale?
A l’origine des Towns Meetings
Les Town Meetings, ces réunions de village permettant de voter entre
habitants les affaires communales, plongent leurs racines dans la glorieuse
légende de la fondation de l’Amérique. En 1620, des dévots puritains
persécutés dans leur foi en Angleterre, s’installent sur la côte nord-est
du futur territoire des États-Unis dans la région de la
Nouvelle-Angleterre. Pendant ce temps, une économie entretenue par les
planteurs esclavagiste occupe le sud du pays, et la vallée de l’Hudson est
travaillée par le système quasi féodal hollandais (tiré de « The Third
Revolution » de Murray Bookchin 2005). En 1629, la Massachusetts Bay
Company démarre la colonisation massive de la Nouvelle-Angleterre (Rhode
Island, Connecticut, New Hampshire), sauvant au passage de la ruine les
restes de la colonie initiale.
Voilà pour le substrat historique. Concernant les détails, on connaît mal
les débuts des Town Meetings que Bookchin (1921 – 2006), lui-même habitant
du Vermont, attribue aux prémices d’une culture démocratique apparue lors
de la première révolution anglaise (1642-1660) et héritière de croyances
religieuses hostiles à certaines formes de hiérarchie ecclésiastique.
D’autres auteurs relient l’apparition des Town Meetings au système
paroissial anglais du 17ème siècle (Vestry), dans lequel les affaires
religieuses et séculières de la paroisse sont traitées lors de réunions
tenues dans des sacristies d’églises.
« École » de la démocratie selon Jefferson (1743 – 1826), initiateur de l’
»esprit de liberté » pour Tocqueville (1805 – 1859) *, « véritable
congrès… le plus respectable jamais constitué aux États-Unis » pour Thoreau
(1818 – 1862), habitant de Concord dans le Massachusetts, cette pratique
n’est pas exempt des critiques habituelles dévolues au démocraties directes
locales (voir Saillans en France
https://colimacon.org/commune-dissidente-saillans) : surreprésentation
des personnes sans activités, en particulier les retraités, prises de
parole réduites des plus pauvres et des moins éduqués, désintérêt lié à la
faiblesse des enjeux traités au niveau local. Le taux de participation aux
Town Meetings invariablement plus bas que celui de la participation aux
élections nationales ou régionales atteste d’ailleurs de cette réalité (20%
de participation en moyenne, 7% seulement prenant la parole).
** Les institutions communales sont à la liberté ce que les écoles
primaires sont à la science; elles la mettent à la portée du peuple; elles
lui en font goûter l’usage paisible et l’habituent à s’en servir. Sans
institutions communales une nation peut se donner un gouvernement libre,
mais elle n’a pas l’esprit de la liberté.*
*– *De la démocratie en Amérique » par Tocquville (1835)
Des pratiques municipales diverses
Lieu des premières installations de pèlerins, les petites villes et les
villages ruraux de la Nouvelle-Angleterre (ceux de moins de 6000 habitants)
continuent de pratiquer cette forme de démocratie directe en face à face.
Le nombre de communes utilisant un système de Town Meeting est difficile à
170, Vermont : 190). D’abord limitée aux paroissiens mâles, cette
pratique concerne désormais l’ensemble des habitants d’un territoire
municipal (dans certains cas conditionné par un niveau de patrimoine de
1000$). Ceux-ci se réunissent généralement une fois l’an pour voter les
budgets et les règlements municipaux suivant un ordre du jour rendu public
le mois précédent. Auparavant, les Town Meetings déléguaient certains élus
pour négocier ou conclure des arrangements avec les instances régionales ou
fédérales moyennant un strict respect du mandat accordé (mandat impératif).
Les réunions durent souvent une journée entière et sont encadrées par un
« modérateur » choisi à chaque rencontre mais les façons de faire sont
multiples. Des motions portant sur des questions générales furent
fréquemment adoptées en signe de protestation à la politique fédérale (sur
le nucléaire, le changement climatique, etc.).
Après une longue éclipse dans le cœur des américains au 19 et 20è siècle,
les Town Meetings génèrent un relatif mais réel regain d’attention de la
part des universitaires notamment James Fishkin, fervent partisan des
sondages délibératifs.
https://colimacon.org/les-sondages-deliberatifs-panacee-ou-imposture-democratique
De Boeke, inventeur de la sociocratie
https://colimacon.org/prise-de-decision-sociocratie ne renie pas non plus
y avoir puisé une part importante de sa pratique.
Les leçons des Town Meetings
Même si leur autonomie a été bien érodée par le transfert des pouvoirs aux
niveaux étatique et fédéral, les Town Meetings peuvent avoir un impact
significatif sur la vie des habitants. Leur existence contraste avec la
concentration des pouvoirs en usage au niveau régional ou fédéral. Par
exemple, dans le Vermont et pour des raisons présentées comme relevant
d’une saine économie, les membres des commissions scolaires locales
devaient être élus non pas par et pour la commune lors des Town Meetings,
mais par et pour une communauté de communes artificiellement constituée.
Malgré ces limites, les Town Meetings constituent une source d’inspiration
non négligeable et en grande partie méconnue dans la vieille Europe. Les
pratiques diffuses et cantonnées à des questions purement locales ne
favorisent pas la publicité de ce modèle de démocratie directe locale
pourtant beaucoup plus substantielle que la démocratie participative
municipale en vogue parmi nos édiles.
Sources:
plus participative et délibérative? » Entretien avec Frank M. Bryan,
William W. Keith, James T. Kloppenberg, Jane J. Mansbridge, Michael E.
Morrell et Graham Smith 2016.
« The Third Revolution » de Murray Bookchin 2005.
Town-meeting, Real Democracy The New England Town Meeting and How It
Works by Frank M. Bryan (2004)