Collectif d’Initiatives Militantes pour l’Autogouvernement - ColIMAçon

miladyrenoirmiladyrenoir
2026-1-13 18:16

[image: Collectif d’Initiatives Militantes pour l’Autogouvernement]

https://colimacon.org/

Collectif d’Initiatives Militantes pour l’Autogouvernement

https://colimacon.org/

Manifeste

Le Colimaçon c’est la recherche d’une voie vers l’Autogouvernement ici et

maintenant

Un cheminement empirique ici et maintenant Une idéologie clé en mains

La démocratie directe avec des mandats révocables, bénévoles (ou faiblement

rémunérés) et des assemblées locales réunissant l’ensemble des habitants

d’un territoire donné Une démocratie faussement représentative

Le pouvoir pour tous, la dignité pour chacun Une République de techniciens

manipulés par des intérêts particuliers

Une route sinueuse, parfois mal tracée, souvent belle qui nous emmène vers

une destination librement choisie L’efficacité qui nous mène droit dans le

mur… mais vite

Un moyen de grandir l’humain qui est en nous Un système qui tourne en rond

Mettre en œuvre une réflexion collective pour l’Autogouvernement dans un

esprit d’ouverture (Chacun est légitime et pas seulement les experts), de

simplicité (chacun doit pouvoir comprendre et être compris, pas de jargon),

et de bienveillance (chacun est a priori aimable et mérite d’être traité

comme tel).

Proposer une nouvelle société plutôt que penser une contre société.

Dessiner en positif les contours d’une autre vie collective, dans la

non-violence, sans s’essouffler dans la contestation ou la réfutation

d’autres modèles, d’autres groupes.

Prendre conscience et redonner espoir dans un autre futur possible

https://colimacon.org/panorama. La société actuelle de surpuissance,

gâchis, misère collective et individuelle n’est pas inéluctable. « Les

choses continuent jusqu’à ce qu’elles s’arrêtent ». L’Autogouvernement

c’est remettre la politique au centre du jeu, c’est-à-dire le citoyen en

position d’influer sur les sphères productives, éducatives, sociales, etc.

Panorama

Voici une liste non limitative d’expériences d’Autogouvernement. Chacune de

ces formes d’Autogouvernement plus ou moins abouties mérite une étude

approfondie.

Zapatistes du Chiapas :

https://colimacon.org/autogouvernement-au-chiapas L’expérience

d’Autogouvernement de l’ère moderne la plus durable observée à ce jour

(Presque 30 ans d’existence) sur un territoire équivalent à la Belgique et

comprenant environ 300 000 compañeros.

Grèce antique

https://colimacon.org/la-grece-aux-racines-de-la-democratie-directe : Bien

que fondamentalement inégalitaire (esclaves, métèques et femmes exclus de

la vie politique), la Grèce a vu naître, à son apogée 500 ans avant l’ère

commune, des formes de démocratie directe : Ekklèsia ou assemblée de

citoyens, magistrats tirés au sort, instances élues pour de courtes durées,

mandats révocables, rotation importante des charges, etc.

Kibboutz : https://colimacon.org/kibboutz-communaute-ou-societe Villages

collectivistes initialement à vocation agricole fondés par des juifs en

Palestine en 1910. Les décisions prises par assemblée générale y régissent

de façon très diverses mais en principe égalitaire la production, la

consommation et l’éducation. Chacun des 270 villages, regroupant près de

120 000 personnes est autogéré, plusieurs fédérations les regroupent.

Rojava : https://colimacon.org/democratie-directe-au-rojava Dans une

région en guerre, la Fédération démocratique de la Syrie du Nord, à

majorité Kurde, apparue en 2014 et empruntant les idées de Murray Bookchin,

prévoit que les 5000 communes fonctionnent à terme comme des Assemblées

indépendantes dans le cadre d’une démocratie directe.

Conseils ouvriers : Organisations insurrectionnelles apparues notamment en

Russie en 1917, en Allemagne en 1919, en Hongrie en 1956 et dans plusieurs

pays en 1968 afin de gérer une usine ou un territoire par démocratie

directe (non séparation entre la décision et son application, entre le

législatif et l’exécutif).

Collectivités libertaires de Catalogne : En 1936 et pendant quelques mois,

2 millions de travailleurs reprirent en main leur outil de production, un

demi-million de paysans mirent leurs terres et outils en commun. Les

Coopératives

Intégrales https://colimacon.org/cooperative-integralesont en quelque

sortes héritières de cette histoire.

Marinaleda https://colimacon.org/village-autogere-marinaleda : Depuis

1980, un village agricole andalou de 2 700 habitants est autogéré par sa

population. Grâce à son maire bénévole. Une quarantaine de réunions

publiques sont organisées chaque année et permettent des initiatives

audacieuses, par exemple l’accès à la propriété avec autoconstruction

encadrée contre 15€/ mois sur 90 ans. Les 1200 ha de terre collectives sont

travaillés par des coopératives villageoises dans lesquelles tous gagnent

le même salaire (1250€). En France, une expérience participative présentant

des similarités a eu lieu à Saillans

https://colimacon.org/commune-dissidente-saillans.

La République des Escartons

https://colimacon.org/la-republique-des-escartons, de 1343 à 1789 des

territoires de montagne autour de Briançon, représentant un triangle de 90

Km de côté et regroupant près de 40 000 habitants, ont vécus la démocratie

(directe) pendant près de 450 ans. Une quarantaine de communautés

d’habitant (universitas) réparties dans 5 escartons (divisions

territoriales) se réunissent régulièrement pour s’administrer eux-mêmes.

Sociétés aborigènes : Les anthropologues ont dépeints des sociétés plus ou

moins égalitaires, sans Etat, sans impôt, sans propriété, sans

conscription, dont on pouvait choisir de ne pas suivre le chef. On peut

citer les Mayas et autres peuples précolombiens, les Nuer au sud Soudan /

Ethiopie, les Warlpiri dans le désert australien, Les Zo’é dans la forêt

amazonienne brésilienne, les Iroquois, les Jivaros, les Inuits, les

Trobriandais, etc.

Par ailleurs, de nombreuses expériences communautaires alternatives plus

retreintes et non centrées sur l’autogouvernement existent :

Alfassa et toujours en cours d’expérimentation ;

avec Gandhi, en 1948 et qui compte trois communautés en France ;

d’autres à travers le monde, en tant que foyers contestataires et au-delà

du folklore touristique, peuvent sans doute aussi nous apprendre bien des

choses.

village démocratique de Pourgues

https://colimacon.org/de-l-ecole-au-village-democratique, etc.

Enfin, de nombreux penseurs ont théorisé l’autogouvernement tels Condorcet

https://colimacon.org/constitution-de-1793-ferments-dune-democratie-directe-francaise,

inspirateur de la Constitution girondine sous la Révolution française, Victor

Considérant https://colimacon.org/loi-fondamentale-inutile pour le XIXè

siècle, Murray Bookchin et son communalisme fédéré, et un penseur majeur de

la question au XXè siècle : Cornelius Castoriadis.

https://colimacon.org/cornelius-castoriadis

15 octobre 2023 https://colimacon.org/2023/10

Cecosesola, démocratie directe et autogestion

https://colimacon.org/cecosesola-democratie-directe-autogestion

Par Pasamontana https://colimacon.org/author/pasamontana dans Economie

https://colimacon.org/category/economie, Expériences locales

https://colimacon.org/category/experiences-locales Étiquette autogestion

https://colimacon.org/tag/autogestion, autogouvernement

https://colimacon.org/tag/autogouvernement, démocratie directe

https://colimacon.org/tag/democratie-directe

https://colimacon.org/cecosesola-democratie-directe-autogestion

[image: Carte du Venezuela indiquant la présence de la coopérative

Cecosesola dans l’Etat du Lara principalement.]

Depuis plus de 45 ans au Venezuela, dans l’État de Lara, un réseau d’une

cinquantaine de coopératives réunies sous la bannière de Cecosesola,

propose large variété de produits et services. Cette fédération emploie

1 200 de personnes et compte plus de de 20 000 membres associés,

principalement des foyers modestes. Produits agricoles, banque, soins de

santé, écoles, services funéraires, transports, biens d’équipements,

l’offre s’est étoffée au fil des années. La volonté de pratiquer des tarifs

accessibles persiste toutefois. 30% sous les prix du marché pour les

produits agricoles à 60% pour l’offre de santé, l’autogestion se porte bien.

Simple service funéraire au service des plus démunis de la ville de

Barquisimeto, Cecosesola s’est rapidement constituée à travers dix

coopératives du centre-ouest du Venezuela qui se sont fédérées dans une

structure commune en 1967. Le salaire est le même pour tous et un fonds

d’aide solidaire a été créé en cas de maladie ou de coups durs. Cecosesola

est complètement indépendante, à la fois des banques comme du gouvernement.

Le projet autogestionnaire ne reçoit aucune subvention du gouvernement.

Les « ferias »

Les marchés populaires appelés « ferias » sont l’une des activités

centrales du réseau. La feria centrale, la plus importante, est à la fois

un marché de fruits et légumes et un supermarché social qui couvre tous les

produits. Une grande partie de l’approvisionnement provient des dizaines de

coopératives agricoles et des « unités de production communautaires » qui

appartiennent au réseau Cecosesola. De prime abord, cet immense hangar aux

allures de supermarché discount, avec ses 180 caissiers faisant face à de

longues files d’attente, ne paye pas trop de mine. Mais le fonctionnement

coopératif, les prix « solidaires » souvent 30 % inférieurs aux prix du

marché, le microphone communautaire où chacun peut aller dire un mot ou

encore les caisses de soutien aux luttes indigènes sont parmi les détails

qui changent considérablement l’impression initiale…

Du côté de son réseau de santé, Cecosesola ne fait pas non plus dans la

demi-mesure : après plusieurs années de travaux et la récolte des millions

de bolivars nécessaires à leur financement, le « centre intégral coopératif

de santé » a ouvert ses portes dans l’Ouest populaire de la ville, en 2009.

Ils avaient déjà six centres de soins à leur actif, voici désormais un

grand hôpital ouvert pour toute la population – ce qui en fait le plus

important de cette ville d’un million d’habitants – avec tous les services

nécessaires et davantage : de la chirurgie à la médecine chinoise.

Loin de fanfaronner sur les chiffres de sa réussite – 50 000 familles

approvisionnées en produits agricoles, 150 000 visites annuelles dans leur

réseau de santé –, pour les membres de Cecosesola, la priorité n’est pas

celle-là. Jorge, qui travaille à l’hôpital, insiste : « Nous croyons que le

succès économique de Cecosesola vient du fait que ce n’est pas notre

intérêt principal ! » C’est avant tout une « expérience communautaire de

transformation sociale ».

Une coopérative sans patron

Petit retour dans le temps. En 1974, le réseau coopératif est encore

organisé de façon traditionnelle : la direction dirige, les travailleurs

obéissent. Mais lorsque le gérant de l’époque s’autorise un léger

détournement de fonds, les coopérateurs lancent une AG extraordinaire : les

chefs sont virés. De nouveaux mandatés favorisent alors un changement de

cap. Au fil des ans, ils s’engagent à réduire l’organisation verticale,

pyramidale des organisations du réseau et des réunions périodiques ont lieu

entre les travailleurs associés, afin de réfléchir à ce que nous voulions.

Aujourd’hui Cecosesola n’a plus de direction, plus de gérant, aucun signe

de hiérarchie formelle.

Dans le travail quotidien, il n’y a pas de surveillant, tout fonctionne au

travers de la conversation, en réunion, et en dehors des réunions. Pour

certaines activités, il y a des groupes de coordination, qui sont rotatifs

entre tous les travailleurs : la transmission de l’information entre eux

permet que ce soit le collectif qui s’instruise, se responsabilise, se

dynamise. De la même manière, si chacun a un poste principal, une personne

peut être affectée dans un centre de soins et tenir une caisse dans une

feria certains jours. Le but est qu’ils partagent tous les mêmes fonctions,

les mêmes connaissances et une vision globale et intégrée de leur

coopérative.

« La solution à tous les problèmes est dans la discussion permanente. Nous

nous réunissons donc de nombreuses fois, au moins 3 ou 4 fois dans la

semaine », explique Jorge. Un travailleur peut ainsi y consacrer autour de

20 % de son temps de travail, entre les réunions de secteur pour

l’organisation du travail quotidien et les réunions de gestion qui

concernent l’ensemble de Cecosesola et qui peuvent rassembler jusqu’à deux

cents personnes. Quant à la prise de décision, elle se fait par consensus,

de manière « à lui donner plus de force ». Chose rare à signaler, toutes

les réunions se font sans ordre du jour et sans animateur. Sourire aux

lèvres, Jesús admet que « pour les gens qui viennent nous voir, nos

réunions paraissent un peu folles ! »

Une organisation du travail proche du kibboutz

Le plus troublant est peut-être l’absence de règles écrites. Tout repose

sur la transmission verbale. Ainsi la règle tacite est que chacun participe

à une réunion par semaine minimum, mais ce n’est inscrit nulle part : pas

de charte, pas d’organigramme, pas de texte qui définisse l’organisation

collective. De la même manière le contrat de travail est banni de

Cecosesola, « car nous pensons que nous sommes une communauté et nous

travaillons donc sur la base de la confiance et non dans la méfiance ».

Au sein même de Cecosesola, l’école coopérative Rosario Arjona matérialise

l’importance donnée à la réflexion et à la discussion. Son animation se

fait à tour de rôle, et Jorge et Jesús sont dans l’équipe du moment. « Ici

c’est comme le carrefour des chemins, le réseau qui fait Cecosesola ».

Chaque nouveau prétendant y passera quinze journées de formation à son

entrée dans la coopérative. Dans cette école d’apprentissage, il s’agit

autant d’intégrer les principes de fonctionnement que de « partager une

culture commune ». Les publications3 éditées par l’école tentent de rendre

compte de la trajectoire de leur « organisation en mouvement » qui se base

sur « l’analyse permanente et la systématisation des expériences de vie au

quotidien ». Jorge admet que c’est un processus qui prend du temps, et

qu’il ne faut pas se tromper : « Ici ce n’est pas un paradis, encore

aujourd’hui il y a des coopératives partenaires de Cecosesola qui

fonctionnent avec un président-directeur, le vote… Nous sommes une

organisation constituée de nombreuses petites organisations, et nous en

formons une seule mais pas d’une manière uniforme, avec des rythmes

d’évolution différents. »

« Nous sommes dans une société qui est marquée par la méfiance, la

compétition, la hiérarchie, la pyramide » et Jesús admet que « tous et

toutes sont des fils et des filles de cette civilisation et de cette

société capitaliste ». Ainsi, une partie des réflexions menées concerne

l’analyse de la culture vénézuélienne, considérée comme un mélange de la «

culture patriarcale occidentale » et de cultures ancestrales. C’est pour

eux un préalable puisque « tout processus de transformation devrait partir

et s’appuyer sur ce que nous sommes et non sur ce que nous aimerions être

». Et de penser ainsi le coopératisme comme « un mode de vie », une façon

de s’organiser permettant « l’union et la lutte du peuple » au-delà du

simple cadre de Cecosesola. D’où la nécessité répétée de faire naître « des

relations solidaires dans la production et l’émergence de la possibilité

d’un processus auto-organisé, d’une organisation ouverte et flexible, en

permanent mouvement ».

Les coopérateurs de Cecosesola soutiennent que « la décadence d’un

processus autogestionnaire se manifeste quand le groupe reste dans le monde

des choses […] et qu’il ne se préoccupe pas d’alimenter son processus

interne, pour analyser collectivement les relations qui se jouent dans le

travail quotidien ». Ainsi « La relation patron-ouvrier, la tendance au

profit individualiste, font partie de notre culture. Il ne s’agit pas de

comportements externes à nous-mêmes. Par conséquent, éliminer la présence

du patron n’est pas suffisant ». Jorge, en vieux briscard, conclut

l’entretien par ce résumé : « La concurrence c’est : “je dois gagner ce que

ça te coûte”. La compétition c’est “je gagne pendant que tu perds”. Nous,

nous voulons construire un monde où tout le monde gagne ! »

15 septembre 2023 https://colimacon.org/2023/09

Town meetings et démocratie directe locale

https://colimacon.org/town-meetings-et-democratie-directe-locale

Par Pasamontana https://colimacon.org/author/pasamontana dans Expériences

locales https://colimacon.org/category/experiences-locales, Lois

citoyennes https://colimacon.org/category/lois-citoyennes Étiquette

démocratie

directe https://colimacon.org/tag/democratie-directe, Murray Bookchin

https://colimacon.org/tag/murray-bookchin, Town meeting

https://colimacon.org/tag/town-meeting

Que sont les « Town Meetings »? Quels hasards de l’histoire les ont fait

advenir? Que reste-t-il aujourd’hui de cette pratique de démocratie directe

locale?

A l’origine des Towns Meetings

Les Town Meetings, ces réunions de village permettant de voter entre

habitants les affaires communales, plongent leurs racines dans la glorieuse

légende de la fondation de l’Amérique. En 1620, des dévots puritains

persécutés dans leur foi en Angleterre, s’installent sur la côte nord-est

du futur territoire des États-Unis dans la région de la

Nouvelle-Angleterre. Pendant ce temps, une économie entretenue par les

planteurs esclavagiste occupe le sud du pays, et la vallée de l’Hudson est

travaillée par le système quasi féodal hollandais (tiré de « The Third

Revolution » de Murray Bookchin 2005). En 1629, la Massachusetts Bay

Company démarre la colonisation massive de la Nouvelle-Angleterre (Rhode

Island, Connecticut, New Hampshire), sauvant au passage de la ruine les

restes de la colonie initiale.

Voilà pour le substrat historique. Concernant les détails, on connaît mal

les débuts des Town Meetings que Bookchin (1921 – 2006), lui-même habitant

du Vermont, attribue aux prémices d’une culture démocratique apparue lors

de la première révolution anglaise (1642-1660) et héritière de croyances

religieuses hostiles à certaines formes de hiérarchie ecclésiastique.

D’autres auteurs relient l’apparition des Town Meetings au système

paroissial anglais du 17ème siècle (Vestry), dans lequel les affaires

religieuses et séculières de la paroisse sont traitées lors de réunions

tenues dans des sacristies d’églises.

« École » de la démocratie selon Jefferson (1743 – 1826), initiateur de l’

»esprit de liberté » pour Tocqueville (1805 – 1859) *, « véritable

congrès… le plus respectable jamais constitué aux États-Unis » pour Thoreau

(1818 – 1862), habitant de Concord dans le Massachusetts, cette pratique

n’est pas exempt des critiques habituelles dévolues au démocraties directes

locales (voir Saillans en France

https://colimacon.org/commune-dissidente-saillans) : surreprésentation

des personnes sans activités, en particulier les retraités, prises de

parole réduites des plus pauvres et des moins éduqués, désintérêt lié à la

faiblesse des enjeux traités au niveau local. Le taux de participation aux

Town Meetings invariablement plus bas que celui de la participation aux

élections nationales ou régionales atteste d’ailleurs de cette réalité (20%

de participation en moyenne, 7% seulement prenant la parole).

** Les institutions communales sont à la liberté ce que les écoles

primaires sont à la science; elles la mettent à la portée du peuple; elles

lui en font goûter l’usage paisible et l’habituent à s’en servir. Sans

institutions communales une nation peut se donner un gouvernement libre,

mais elle n’a pas l’esprit de la liberté.*

*– *De la démocratie en Amérique » par Tocquville (1835)

Des pratiques municipales diverses

Lieu des premières installations de pèlerins, les petites villes et les

villages ruraux de la Nouvelle-Angleterre (ceux de moins de 6000 habitants)

continuent de pratiquer cette forme de démocratie directe en face à face.

Le nombre de communes utilisant un système de Town Meeting est difficile à

comptabiliser (chiffres approximatifs pour Rhode Island : 10, New Hampshire

170, Vermont : 190). D’abord limitée aux paroissiens mâles, cette

pratique concerne désormais l’ensemble des habitants d’un territoire

municipal (dans certains cas conditionné par un niveau de patrimoine de

1000$). Ceux-ci se réunissent généralement une fois l’an pour voter les

budgets et les règlements municipaux suivant un ordre du jour rendu public

le mois précédent. Auparavant, les Town Meetings déléguaient certains élus

pour négocier ou conclure des arrangements avec les instances régionales ou

fédérales moyennant un strict respect du mandat accordé (mandat impératif).

Les réunions durent souvent une journée entière et sont encadrées par un

« modérateur » choisi à chaque rencontre mais les façons de faire sont

multiples. Des motions portant sur des questions générales furent

fréquemment adoptées en signe de protestation à la politique fédérale (sur

le nucléaire, le changement climatique, etc.).

Après une longue éclipse dans le cœur des américains au 19 et 20è siècle,

les Town Meetings génèrent un relatif mais réel regain d’attention de la

part des universitaires notamment James Fishkin, fervent partisan des

sondages délibératifs.

https://colimacon.org/les-sondages-deliberatifs-panacee-ou-imposture-democratique

De Boeke, inventeur de la sociocratie

https://colimacon.org/prise-de-decision-sociocratie ne renie pas non plus

y avoir puisé une part importante de sa pratique.

Les leçons des Town Meetings

Même si leur autonomie a été bien érodée par le transfert des pouvoirs aux

niveaux étatique et fédéral, les Town Meetings peuvent avoir un impact

significatif sur la vie des habitants. Leur existence contraste avec la

concentration des pouvoirs en usage au niveau régional ou fédéral. Par

exemple, dans le Vermont et pour des raisons présentées comme relevant

d’une saine économie, les membres des commissions scolaires locales

devaient être élus non pas par et pour la commune lors des Town Meetings,

mais par et pour une communauté de communes artificiellement constituée.

Malgré ces limites, les Town Meetings constituent une source d’inspiration

non négligeable et en grande partie méconnue dans la vieille Europe. Les

pratiques diffuses et cantonnées à des questions purement locales ne

favorisent pas la publicité de ce modèle de démocratie directe locale

pourtant beaucoup plus substantielle que la démocratie participative

municipale en vogue parmi nos édiles.

Sources:

plus participative et délibérative? » Entretien avec Frank M. Bryan,

William W. Keith, James T. Kloppenberg, Jane J. Mansbridge, Michael E.

Morrell et Graham Smith 2016.

Works by Frank M. Bryan (2004)