Rapport des naufrages à la frontière euro-africaine occidentale 2024 - Boza Fii

miladyrenoirmiladyrenoir
2025-12-29 15:08

*Benn Kaddu, *Benn Yonn

Rapport des naufrages à la frontière euro-africaine occidentale 2024

https://bozafii.org/index.php/2024/12/21/rapports-des-naufrages-a-la-frontiere-euro-africaine-occidentale-2024/

Contexte et chiffres

Ces dernières années, on assiste à une *multiplication des accords

d’externalisation des frontières européennes dans les pays tiers*, et en

particulier ouest africains. Si cette stratégie de délégation de la

gestion des frontières existe depuis plusieurs décennies, elle s’est

*intensifiée

depuis 2015*, notamment depuis le Sommet euro-africain de La Valette,

prévoyant de* « s’attaquer aux causes profondes de la migration »* et de* «

renforcer la lutte contre l’immigration irrégulière »*.

Depuis, de nombreux accords sont passés, à la fois à l’initiative de

l’Union Européenne, mais également des Etats membres eux-mêmes, prenant

l’initiative de négocier avec les pays tiers pour limiter les flux.

Parmi eux, l’accord passé en 2017 entre l’Italie et la Libye visant à

augmenter la présence des forces de police afin d’endiguer les traversées

entre ces deux pays. La fermeture des enclaves de Ceuta et Melilla, suite à

l’accord passé entre Madrid et Rabat en 2020, va également pousser à

redessiner les trajets migratoires pour rejoindre l’Europe.

En conséquence de ces accords passés en méditerranée et le déploiement des

forces de police dans cette zone, on assiste à un *déplacement des points

de départ sur les pays côtiers ouest africains*. S’il y a encore quelques

années, de nombreuses embarcations partaient des plages de Tarfaya ou Tan

Tan au Maroc, un nombre croissant d’embarcations prennent la mer *depuis

des points de plus en plus reculé sur la côte*, impliquant pour les

migrants, l’emprunt de routes plus longues et plus dangereuses.

Le Sénégal et la Mauritanie sont aujourd’hui devenus des pays clefs pour

les départs vers les Canaries.

Les politiques d’externalisation de l’UE contribuent à précariser les

départs et à rendre toujours plus dangereuses les traversées.

La route des Canaries

La route migratoire des îles Canaries est connue pour être *la plus

meurtrière* parmi celles empruntées pour rejoindre l’Europe. On estime à

près de 70% la proportion de décès sur cette route migratoire sur

l’ensemble des décès enregistrés sur la route euro africaine occidentale.

Les risques de dérive des pirogues à travers l’Atlantique, jusqu’aux

côtes brésiliennes, font de la traversée jusqu’aux îles Canaries la plus

dangereuse de toutes.

Cette route est marquée historiquement par la « crise des cayucos »,

survenue en 2006. Au cours de cette années charnière, pas loin de 40 000

migrants débarquent en pirogue sur les côtes canariennes. Cet événement

marque un tournant dans la gestion des flux, l’accueil des migrants

devenant alors un sujet central dans les discussions entre l’Union

Européenne et le Sénégal.

Depuis, les accords passés avec les pays côtiers se multiplient, comme le

démontrent les accords passés fin août entre l’Espagne et le Mauritanie

ainsi que la Gambie visant à *« renforcer la coopération contre les

passeurs de migrants illégaux *».

En parallèle du renforcement de ces accords, la *possibilité d’obtention de

titre de séjour et de visa*s est rendue extrêmement compliquée et

arbitraire pour les ressortissants des pays ouest africains.

L’impact de ces politiques de limitation des flux, conjugué à une absence

de politique de libéralisation de visas, se compte en vies humaines. Les

chiffres le montrent, ces politiques de fermeté n’empêchent pas les

départs, *elles les rendent seulement plus dangereux et mortifères pour les

candidats à l’exil.*

Le coût en vies humaines des routes du détroit est *difficilement

quantifiable*. Si un système de collecte des données a été mis en place

pour les bateaux atteignant le rivage des côtes canariennes, permettant un

recensement relativement exhaustif des arrivées, les données concernant les

départs et naufrages demeurent rares et incomplètes. Aucune *approche

harmonisée* de la collecte de ces données n’existe réellement. Cependant,

grâce au travail d’acteurs associatifs tels qu’Alarm Phone ou *Caminando

Fronteras*, il est possible de recueillir une partie des informations

concernant les départs et tentatives de départ depuis les côtes ouest

africaines.

Caminando Fronteras réalise en particulier, au niveau des Iles Canaries, un

travail incontournable autour de la *mémoire et de l’impact des politiques

de contrôle migratoire.* Entre les mois de* janvier et mai 2024*,

l’association

comptabilise au moins 959 exilés sénégalais qui perdirent la vie en

tentant de rejoindre les Iles Canaries et au moins *3 600 en provenance de

Mauritanie.* C’est au total *4 808 victimes,* dénombrées par

l’association qui ont perdu la vie dans les eaux atlantiques, entre ces

cinq premiers mois. (source rapport) L’année précédente, l’association

avait compté plus de 6 800 décès sur cette même route.

L’écart entre ces chiffres et ceux d’autres organisations (telles que

l’OIM) découle de la *multiplicité des techniques de décompte des morts en

mer* qui existent entre les organisations compétentes. Si l’OIM se base sur

les corps retrouvés et les décomptes réalisés par les services de

sauvetage, des associations telles que Caminando frontera réalise ses

statistiques à partir de témoignages des familles de disparus.

Autres routes

Au niveau de la frontière euro-africaine occidentale, d’autres routes

existent. Les frontières sont des lieux complexes et *la délimitation des

itinéraires est basée sur l’expérience et l’histoire des différentes

communautés en déplacement.*

Toujours d’après le rapport de Caminando Fronteras pour les 4 premiers mois

de 2024, nous voyons que les 3 autres itinéraires empruntés sont beaucoup

moins meurtriers que la route des Canaries. Ils sont aussi certainement

moins empruntés sur cette période. On peut ainsi distinguer *trois autres

routes *beaucoup plus courtes mais aussi plus surveillées, d’ouest en est :

la route du Détroit, la route d’Alboran et la route d’Algérie.

La route du Détroit

La route du détroit correspond à l’itinéraire maritime du détroit de

Gibraltar et ses proximités immédiates. La distance à traverser est de 14

km au minimum mais la réalité de la surveillance et de la

répression complexifie

la traversée et pousse les personnes à partir de plus en plus loin.

La route d’Alboran

La mer d’Alboran relie les côtes rifaines à l’est de l’Andalousie. Les

personnes se déplacent avec des embarcations à moteur pour atteindre par la

mer des enclaves européennes (les enclaves militaires espagnoles en

Afrique (Isla de Mar, Isla de Tierra, Peñón de Al Hoceima, îles

Chafarinas…), la ville de Melilla) ou directement les côtes andalouses après

une traversée de 180 kilomètres.

Cette route a été particulièrement utilisée en 2015-2019. La pratique du

pushback a commencé à se répandre.* La militarisation et l’omission du

devoir d’assistance* ont commencé à être une réalité au cours de ces années

et se poursuivent encore aujourd’hui.

La route de l’Algérie

Principalement utilisée par les ressortissants algériens, elle se superpose

quelque peu avec la route d’Alboran. Les personnes en mouvement tentent de

rejoindre *l*es côtes d’Alméria. Cependant, du fait de l’intensification

des contrôles et de la militarisation, la route s’est étendue vers *les

îles Baléares et Valence*, tout en devenant de plus en plus dangereuse.

Parallèlement aux efforts de contrôles déployés, les activités de recherche

et de sauvetage sont presque inexistantes. De nombreux bateaux

disparaissent sans laisser de traces, laissant les familles dans

l’incertitude.

Navigation deM l’artihttps://

bozafii.org/index.php/2024/12/21/rapports-des-naufrages-a-la-frontiere-euro-africaine-occidentale-2024/clehttps://bozafii.org/index.php/2024/12/21/rapports-des-https://bozafii.org/index.php/2024/12/21/rapports-des-naufrages-a-la-frontiere-euro-africaine-occidentale-2024/naufrages-a-la-frontiere-euro-africaine-occidentale-2024/