Selon le dernier bilan publié par le ministère de la Santé à Ghaza et
arrêté au 23 décembre, il a été enregistré 70 942 morts et 171 195 blessés
dans l’enclave palestinienne dévastée depuis le 7 octobre 2023. Les
hôpitaux du territoire côtier ont reçu les dépouilles de cinq martyrs ainsi
que trois blessés en vingt-quatre heures, entre le lundi 22 et le mardi 23
décembre.
Depuis l’entrée en vigueur du “cessez-le-feu” le 11 octobre 2025, les
autorités palestiniennes ont recensé 406 morts et 1118 blessés. Ce nombre
effarant de victimes témoigne des violations répétées de la part de l’armée
israélienne, de l’accord de Charm El Cheikh béni par Trump.
Dans le bilan quotidien publié par les autorités sanitaires palestiniennes
à Ghaza, une précision d’importance est apportée, et cette formule revient
dans tous les décomptes : «Un certain nombre de victimes se trouvent
toujours ensevelies sous les décombres, et les équipes de secours et celles
de la Défense civile ne parviennent toujours pas à les atteindre.»
De fait, un très grand nombre de civils palestiniens sont toujours coincés
sous les gravats des bâtiments détruits par l’aviation et l’artillerie
sionistes.
653 corps retirés des décombres depuis le cessez-le-feu
Il convient de noter par ailleurs que parmi les chiffres publiés ce mardi,
le ministère de la Santé dans la bande de Ghaza a indiqué que sur les cinq
martyrs dont les dépouilles ont été réceptionnées par les hôpitaux de
Ghaza, quatre sont en réalité des victimes qui étaient emprisonnées sous
les habitations qui se sont écroulées sous le feu des bombardements
israéliens.
Au total, depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, autrement dit en
deux mois et demi, les équipes de secours à Ghaza ont retiré les corps de
653 personnes des montagnes de décombres qui se sont empilées dans
l’enclave dévastée, affirment les autorités sanitaires palestiniennes.
L’ampleur de la dévastation à Ghaza est telle que des milliers de familles
n’ont pas retrouvé les restes de leurs proches. Cette situation a poussé à
la création d’un Comité national des disparus. Son président, Alaa Eddine
Al Akluk, a déclaré lors d’une conférence de presse organisée près d’un
mois après le début du cessez-le-feu, précisément le 7 novembre 2025 :
«Ghaza est aujourd’hui la plus grande fosse commune au monde.
Environ 10 000 Palestiniens y sont encore ensevelis sous les décombres.»
Ces propos ont été rapportés par l’agence turque Anadolu. «Ces martyrs sont
restés écrasés sous les ruines de leurs maisons, privés du droit à une
sépulture digne», s’est indigné M. Al Akluk, dénonçant l’immobilisme des
institutions internationales qui ne se sont pas empressées d’envoyer des
équipes spécialisées sur place.
Dans la foulée, le président du Comité des disparus à Ghaza a mis l’accent
sur l’urgence d’agir pour retirer les corps incarcérés sous les décombres.
Il a appelé à «l’entrée à Ghaza d’équipes internationales, d’engins lourds
et d’équipements de détection ADN, afin de lancer sans délai les opérations
de déblaiement (des décombres) et de récupération des corps». Selon Al
Jazeera, Alaa Eddine Al Akluk a perdu à lui seul «près de 50 de ses proches
qui sont toujours prisonniers des décombres, sous leurs maisons détruites».
«Israël nous a interdit l’introduction d’engins lourds pour déblayer»
Le porte-parole de la Défense civile palestinienne à Ghaza, Mahmoud Bassal,
a déclaré de son côté, le 16 décembre à Al Jazeera, que «la question des
corps des martyrs coincés sous les décombres est l’un des dossiers
humanitaires les plus complexes et les plus graves dans la bande de Ghaza,
en raison de ses implications psychologiques qui sont pénibles pour des
milliers de familles qui brûlent de connaître le sort de leurs proches et
qui continuent d’espérer qu’ils soient encore en vie». Ceci «alors que les
équipes de secours sont dans l’incapacité de les atteindre en raison de
l’interdiction d’introduire les équipements lourds nécessaires pour
déblayer les décombres», fera remarquer M. Bassal.
Le porte-parole de la Défense civile précise que l’organisme qu’il
représente «avait très tôt attiré l’attention sur l’importance de ce
dossier» et «clairement demandé à la communauté internationale d’autoriser
l’entrée d’équipements spécialisés».
Mais «ces appels ont été ignorés», a-t-il regretté. D’après lui, l’absence
du matériel adéquat à même de faciliter les fouilles «rend presque
impossible le dégagement des corps, laissant des milliers de victimes sous
les décombres jusqu’à aujourd’hui». Mahmoud Bassal a fait savoir que les
opérations de recherche qui ont été entamées n’ont pu compter que sur un
seul engin, une «pelle mécanique qui a été mise à notre disposition en
coordination avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Mais
cet engin ne peut être utilisé que dans des espaces restreints et pour des
maisons de petite taille». «Les premières opérations ont débuté dans la
maison de la famille Abou Ramadhane, sous les décombres de laquelle se
trouvent probablement plus de 95 corps après avoir été prise pour cible au
début de la guerre», a indiqué le porte-parole de la Défense civile.
«Jusqu’à présent, les équipes de recherche ont réussi à extraire environ
les dépouilles de 30 martyrs, la plupart en état de décomposition avancée»,
a-t-il affirmé.
«Certains ne sont plus que des squelettes et des restes de corps, ce qui
rend leur identification extrêmement difficile», a-t-il ajouté. Dans un
certain nombre de cas, les victimes ont pu être identifiées «grâce à leurs
papiers d’identité trouvés dans leurs vêtements».
Mahmoud Bassal souligne que l’opération d’extraction des corps des gravats
de cette seule bâtisse «nécessite environ trois jours à l’aide du petit
engin actuellement disponible, alors que la tâche aurait pu être accomplie
en une demi-journée seulement si des bulldozers tels que ceux utilisés pour
récupérer les corps des captifs israéliens avaient été mis à notre
disposition».
«61,5 millions de tonnes de débris»
Dans une dépêche datée du 19 novembre, l’AFP rapportait que sur la base de
données de l’ONU que l’agence de presse a pris soin d’analyser, il apparaît
que «la destruction des trois quarts du bâti par l’armée israélienne (à
Ghaza) a enfoui en deux ans de guerre le territoire palestinien sous 61,5
millions de tonnes de débris, l’équivalent de 6000 fois la tour Eiffel. Et
le matériel de déblaiement manque cruellement pour ‘soulever les toits et
les tonnes de ciment qui recouvrent les corps’, explique Mahmoud Bassal,
porte-parole de la Défense civile à Ghaza».
Le 26 novembre 2025, le Premier ministre de l’Autorité palestinienne,
Mohammad Mostafa, a annoncé la création d’une commission nationale chargée
du dossier des disparus dans la bande de Ghaza. Cette instance a pour
mission, précise-t-on, de «documenter et de suivre la situation de plus de
10 000 personnes disparues à la suite de la guerre d’extermination menée
par Israël à Ghaza pendant deux ans».
Mustapha Benfodil