https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/
«* Je ne veux plus entendre parler de « malédiction des ressources » pour
décrire la situation du Congo… Qui a maudit ? Qui amène les instruments
pour exécuter la malédiction ? À quel moment habiter à Bunagana1
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_1_44395
devient
une malédiction ? Et pourquoi ceux qui exploitent et achètent ces
ressources ne sont-ils pas maudits, eux ? *»
David Maenda Kithoko, co-fondateur de l’association Génération lumière,
juin 2025.
*Cet article est le premier épisode d’une enquête en deux parties de Celia
Izoard sur l’extractivisme minier en RDC. Second épisode : « Au Congo,
l’extractivisme détruit une économie fondée sur la relation »
https://www.terrestres.org/2025/07/09/au-congo-lextractivisme-detruit/.*
À l’été 2025, la guerre en République démocratique du Congo (RDC) a fait
fuir 7 millions de personnes, dont 3,9 millions sont menacées de famine2
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_2_44395.
Les gouvernements européens sont en partie responsables de
l’intensification de ce conflit meurtrier. Pas seulement à cause des crimes
effroyables de la colonisation belge, ni à cause du soutien de l’État
français au dictateur Mobutu, qui a entraîné l’ex-Congo-Zaïre dans une
spirale de corruption et de violence dont il n’est pas encore sorti. Ni
même à cause du rôle joué par la France dans le génocide qui s’est produit
en 1994 au Rwanda voisin, principal soutien de l’offensive du
mouvement « M23 » au Congo. Malheureusement, les derniers crimes de
l’Europe dans la région des Grands Lacs ne datent pas d’hier, mais
d’aujourd’hui. Ils découlent d’une banale politique impériale : celle de
son approvisionnement en métaux.
Les projets d’ouverture de mines lancés en Europe ces dernières années ont
tendance à faire oublier que les entreprises de notre continent ne
pourraient en aucun cas se contenter de quelques milliers de tonnes de
lithium extraites en Auvergne et de cuivre d’Espagne. Même si tous les
projets miniers actuels voyaient le jour dans nos campagnes, ils seraient
loin de pouvoir approvisionner la production d’avions, de satellites et de
drones, les data centers et les réseaux, le BTP, les voitures électriques,
la production d’armement en plein essor, etc. C’est la définition même d’un
« mode de vie impérial » : les seules ressources européennes sont loin de
pouvoir satisfaire le niveau de consommation européen (qui est en grande
partie celui que le marché impose aux populations). Ainsi, la loi votée en
2023, le Critical Raw Materials Act, s’est fixé pour objectif
d’approvisionner 10 % des besoins de l’Union par des mines « locales »3
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_3_44395
d’ici
à 2030. Cela montre que, dans le meilleur des cas, au moins 90 % des métaux
extraits pour les entreprises européennes seront importés.
Le but de cette politique est de « sécuriser les approvisionnements » en
métaux (entendre : face à la concurrence chinoise et russe, entre autres)
par des importations ou des accès garantis à des gisements. Ce qui s’est
traduit depuis 2021 par la signature de « partenariats stratégiques » avec
une quinzaine de pays : Canada, Ukraine, Kazakhstan…4
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_4_44395
Ces
partenariats sont des accords miniers bilatéraux dont les clauses précises
ne sont pas publiées. En échange de subventions ou de promesses
d’investissements, le pays signataire s’engage à favoriser les entreprises
européennes dans l’attribution de permis miniers et de contrats de vente de
minéraux. C’est ainsi qu’en février 2024, la Commission a signé un accord
avec le Rwanda5
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_5_44395
.
Pourquoi le Rwanda ? Parce que ce pays de l’Est de l’Afrique, frontalier de
la RDC, « est un acteur majeur au niveau mondial dans le secteur de
l’extraction de tantale » et produit « de l’étain, de l’or, du tungstène »,
a justifié la Commission. Le tungstène est un métal très dur utilisé en
armement et en aéronautique qui sert aussi, entre autres, à faire vibrer
les téléphones. L’or est surtout destiné à fabriquer des lingots et des
bijoux. Mais si l’Europe s’intéresse au Rwanda, c’est surtout pour le
tantale et l’étain. Le tantale, métal bleu-gris issu d’un minéral nommé
coltan, est principalement utilisé pour fabriquer les condensateurs
présents dans les circuits imprimés de n’importe quel objet électronique.
On en trouve aussi dans les écrans à cristaux liquides. Quant à l’étain,
obtenu à partir d’un minéral nommé cassitérite, il est utilisé aux deux
tiers dans les soudures et les connexions des circuits imprimés. La demande
pour ces métaux connaît des pics réguliers depuis le lancement des premiers
PC et des PlayStation dans les années 1990. Il suffit d’imaginer les
milliards de circuits imprimés que peut contenir un data center pour
comprendre que la course à l’intelligence artificielle les rend plus
stratégiques que jamais.
De Celia Izoard, retrouvez aussi dans Terrestres « La ruée minière au
XXIe siècle »
https://www.terrestres.org/2024/01/11/la-ruee-miniere-au-xxie-siecle/,
paru en janvier 2024.
OÙ SONT LES MINES ?
Le problème, c’est que les minéraux vendus par le Rwanda sont
majoritairement un butin de guerre et non une industrie nationale. Le
secteur minier représente près de 70 % des exportations rwandaises. Mais
dans ce pays densément peuplé et très agricole, plus petit que la région
Normandie, les mines sont rares. Le gouvernement et les entreprises
minières du pays ont toujours refusé de publier les tonnages produits sur
chaque site d’extraction, ce qui est pourtant une information de base que
l’on peut trouver, même dans le secteur réputé opaque des matières
premières. Faute de mieux, les capacités de production du Rwanda ne peuvent
qu’être estimées. Les experts jugent que ses mines de coltan pourraient en
produire moins de 100 tonnes par an, alors que le Rwanda en a exporté près
de 2000 tonnes en 20236
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_6_44395.
Pour l’or, le Service géologique des États-Unis estime la production locale
à environ 0,3 tonne par an quand les exportations d’or du pays s’élèvent à
près de 20 tonnes7
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_7_44395
.
Selon l’agence Ecofin et l’ONG anglaise Global Witness, 90 % des minéraux
exportés et taxés par le Rwanda proviendraient de mines situées en
République démocratique du Congo. À moins de cent kilomètres de la
frontière, de l’autre côté du lac Kivu, ces collines abritent les gisements
de coltan (tantale) les plus riches de la planète. Comme par exemple la
mine de Rubaya, une sorte d’immense taupinière ocre perchée au milieu de la
forêt tropicale. Parsemée de puits de mine creusés à la main et
périlleusement étayés, elle produit à elle seule au moins 20 % du coltan
mondial. Plus au sud, entre Bukavu et Uvira, la cassitérite (étain) est
exploitée à faible profondeur sur les collines ou dans le lit des rivières.
Selon l’agence Ecofin et l’ONG anglaise Global Witness, 90 % des minéraux
exportés et taxés par le Rwanda proviendraient de mines situées en
République démocratique du Congo.
[image: image.png] Mine de coltan de Luwowo près de Rubaya, Nord-Kivu, mars
.
Du nord au sud, les gisements d’or parsèment toute la bande côtière des
Grands Lacs, du lac Edward au lac Tanganyika. Contrairement à cette région
minière du sud de la RDC appelée le Katanga, où de grandes entreprises
principalement chinoises exploitent le cuivre et le cobalt, il n’existe pas
de mégamines industrielles dans le Kivu. La plupart des mines sont
artisanales, et ceux qui s’y risquent sont des travailleurs migrants,
réfugiés de guerre ou anciens soldats, des mineurs unis en coopérative ou
encore des enfants. Ils seraient plusieurs dizaines de milliers à s’y
activer, toujours menacés d’être rackettés ou réduits au travail forcé par
des groupes armés.
La plupart de ces minéraux bruts sont ensuite achetés par des
négociants-contrebandiers qui les revendent dans les comptoirs
d’exportation de Goma, la capitale régionale congolaise. « L’intégralité
des ressources minières de l’est du pays [la RDC], explique Pierre
Jacquemot, ex-ambassadeur de France à Kinshasa, est exportée après une
première transformation par deux corridors principaux bien organisés : Nord
(la voie ougandaise) et Centre (la voie rwandaise) conduisant à Mombasa et
Dar es Salam, pour se poursuivre vers l’Europe, les Émirats arabes et
l’Asie. (…) L’État congolais ne perçoit évidemment aucun revenu sur ces
flux. »8
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_8_44395
Le pillage du Kivu est certainement le trafic de matières premières le plus
documenté au monde.
Cette situation, le groupe d’experts des Nations unies, posté au Kivu
depuis la Première guerre du Congo, l’a décrite dans chacun de ses rapports
semestriels depuis 2001. Des dizaines d’ONG l’ont analysée et dénoncée. Le
pillage du Kivu est certainement le trafic de matières premières le plus
documenté au monde. C’est de là que vient l’expression tristement connue de
« minerais de conflits ». Reparcourir les grandes lignes de cette histoire
permet de comprendre que la Commission européenne, en signant cet accord
avec le Rwanda, a choisi de s’associer à une économie de guerre.
[image: image.png] Carte issue de l’enquête « La laverie ITSCI »
https://globalwitness.org/fr/campaigns/transition-minerals/la-laverie-itsci/
de
l’ONG Global witness (2022).
AU KIVU, UNE ÉCONOMIE DE GUERRE EXTRACTIVE
Dans cette région de l’est du Congo, la guerre a commencé en 1995, dans le
sillage du génocide des Tutsis au Rwanda. En 1994, l’armée du Rwanda,
dominée par des extrémistes hutus, responsable de l’assassinat de près d’un
million de Tutsis, s’est repliée au Kivu. La France avait misé sur ce
gouvernement génocidaire pour protéger ses intérêts : elle l’a soutenu et
armé pendant les massacres9
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_9_44395.
Après sa défaite, elle protège sa fuite pour l’aider à reconquérir le
pouvoir à partir du Kivu, à l’est de l’actuelle République démocratique du
Congo qui s’appelle alors le Zaïre et est, lui aussi, soumis aux intérêts
de la « Françafrique ».
En signant cet accord avec le Rwanda, la Commission européenne a choisi de
s’associer à une économie de guerre.
Depuis trente ans, les réseaux des génocidaires hutus se sont maintenus au
Kivu, dans une région habitée depuis toujours par des communautés tutsies10
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_10_44395.
Dès 1996, le nouveau gouvernement rwandais de Paul Kagame y a envoyé des
troupes pour les traquer et les empêcher de reprendre le pouvoir11
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_11_44395.
Outre ce conflit non résolu, une centaine de groupes armés combattent
actuellement dans la région du Kivu : des milices venues du Burundi ou de
l’Ouganda, tel le groupe islamiste ougandais ADF, des milices d’autodéfense
locales ou encore des mouvements d’opposition congolais, parfois associés
aux forces rwandaises. Tous ces groupes commettent des exactions, y compris
l’armée régulière de la RDC, dont les officiers et les soldats postés à
3000 km de la capitale, Kinshasa, organisent leurs propres réseaux
criminels.
Depuis 25 ans, ces groupes armés se financent grâce à la contrebande de
minéraux, s’intéressant à tel ou tel métal en fonction de l’évolution des
cours mondiaux : étain, tantale, niobium, tungstène, or…. Leurs objectifs
immédiats sont de s’emparer des carrés miniers, de racketter les mineurs ou
les transporteurs, de dévaliser les entrepôts. Pour prendre le contrôle de
ces mines en obligeant les mineurs à travailler pour eux ou en prélevant
leur dîme au détriment des autres milices, chacun de ces groupes doit
instaurer un climat de terreur plus intense que ses concurrents. Le viol
des filles et des femmes des villages y est une véritable « stratégie
militaire à des fins minières », selon l’expression de Fabien Lebrun dans
son livre *Barbarie numérique*12
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_12_44395.
C’est pour soigner les corps suppliciés de ces femmes que le chirurgien et
gynécologue Denis Mukwege, prix Nobel de la paix en 2018, a ouvert une
clinique près de Bukavu qui n’a cessé de fonctionner depuis 1999.
Les guerres et les affrontements qui se sont succédé au Kivu depuis trente
ans auraient fait six millions de morts13
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_13_44395.
Le plus étrange est que ce climat de razzias, de meurtres et de viols ne
nuise pas fondamentalement à l’activité minière. Le Kivu est depuis les
années 2000 la principale productrice de tantale au monde. Quand, ailleurs,
la productivité est assurée par les mâchoires infatigables de gigantesques
machines, ici, elle est stimulée par la violence et l’extrême
vulnérabilité. Dans cette région dévastée, s’ils ne sont pas eux-mêmes
soldats, enfants ou réfugiés surendettés, les habitants du Kivu n’ont
d’autre choix que de descendre les uns après les autres dans le piège du
tantale, de l’or ou de l’étain, où les maintient l’angle de tir d’un fusil
ou d’une kalachnikov. Du fait de l’omniprésence du travail forcé, les prix
de ces minéraux extraits à la main rivalisent avec les coûts de production
des mêmes substances dans les mines industrielles ailleurs dans le monde.
Derrière le chaos apparent des conflits ethniques et historiques se
maintient donc une économie de guerre étroitement intégrée aux chaînes
d’approvisionnement mondiales.
Derrière le chaos apparent des conflits ethniques et historiques se
maintient donc une économie de guerre étroitement intégrée aux chaînes
d’approvisionnement mondiales. Que ce soit l’un ou l’autre des groupes
armés qui contrôle les mines ou rackette les mineurs, les minéraux bruts
arrivent dans les comptoirs de Goma d’où ils sont expédiés vers les
fonderies d’Asie, avant de parvenir, sous la forme de métal ultra-pur, aux
usines d’électronique, puis incorporés, pulvérisés en milliards de points
microscopiques, aux téléphones, tablettes, consoles de jeux, ordinateurs,
serveurs, etc. À la suite de l’écrivain Christophe Boltanski (*Minerais de
sang*, 2012), Fabien Lebrun (Barbarie numérique, 2024) l’a obstinément
décrit. Depuis un quart de siècle, les mines de coltan et d’étain du Kivu
ont alimenté la chaîne d’approvisionnement de la Silicon Valley : les
PlayStation de Sony, les téléphones de Motorola et les Macintosh d’Apple
dans les années 2000, puis les iPhone d’Apple à partir des années 2010, les
iPad, les objets connectés, les data centers, etc.
[image: image.png]
LA CROISSANCE DU RWANDA FONDÉE SUR LE COMMERCE DE MÉTAUX STRATÉGIQUES
En février 2024, quand l’UE signe cet accord minier avec le Rwanda, on sait
depuis un quart de siècle que cet État est le principal bénéficiaire du
pillage des minerais de la région des Grands Lacs. Dès 2001, le groupe
d’experts des Nations unies décrivait le fonctionnement de l’économie de
guerre mise sur pied par l’armée rwandaise, occupant la RDC avec 25
000 soldats au motif de traquer les anciens génocidaires hutus du Front
démocratique de libération du Rwanda (FDLR). Une cellule spéciale, le
« Bureau Congo », était alors chargée du trafic de minéraux qui partaient
par avion pour la capitale du Rwanda, Kigali. Elle était gérée
« directement par l’armée en étroite collaboration avec le gouvernement ».
Les sociétés exploitant les minerais congolais, écrivent alors les experts
de l’ONU, « appartiennent au gouvernement ou à des personnes très proches
du Président Kagame14
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_14_44395
».
Dès 2001, le groupe d’experts des Nations unies décrivait le fonctionnement
de l’économie de guerre mise sur pied par l’armée rwandaise.
En 2006, le gouvernement rwandais armait discrètement une organisation
congolaise nommée Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), dont
le but était de reconquérir la RDC. Le CNDP occupe alors la ville de Goma
et un territoire deux fois grand comme le Rwanda. À l’époque, un ancien
rapporteur de l’ONU posté au Kivu, interviewé par le journaliste Christophe
Boltanski, raconte : « Sous le prétexte de lutter contre les FDLR
[extrémistes hutus], le Rwandais Paul Kagamé procède à un pillage organisé
du Kivu. Une grande partie de l’économie de son pays en dépend. » Cet
expert a démontré au Comité des sanctions de l’ONU qu’en six mois, le
Rwanda avait augmenté de 100 à 150 % ses exportations de ressources
naturelles alors que les trois quarts de ses mines étaient fermées15
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_15_44395
.
Au début des années 2020, la situation du Kivu n’a pas beaucoup changé,
sauf que la rébellion congolaise armée par le Rwanda ne s’appelle plus le
CNDP mais le M23, le Mouvement du 23 mai16
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_16_44395.
Militairement défait en 2012, le M23 s’est reformé en 2021. Le président
Paul Kagame, s’il nie toujours l’implication des forces armées rwandaises
dans la zone, affiche son soutien au M23 avec la même justification qu’au
lendemain du génocide : la traque des criminels de guerre hutus et la
protection des communautés tutsies. Mais si les gouvernements congolais ne
semblent guère se donner les moyens de réprimer les anciens génocidaires au
Kivu, cet objectif paraît de moins en moins crédible. Pour le chercheur
Raphaël Granvaud, membre de l’association Survie et rédacteur de *Billets
d’Afrique*, « si la stigmatisation des Tutsis du Congo est une réalité
historique indéniable et la question de leur accès à la propriété foncière
un problème non résolu, ces injustices semblent surtout faire figure de
prétexte. La résurgence du M23 n’est pas précédée par une recrudescence
particulière des violences dans sa zone. Au contraire, écrit-il, c’est la
reprise de la guerre et le soutien militaire du Rwanda qui ont eu pour
effet de raviver dramatiquement le racisme et les persécutions contre les
Tutsis. La communauté tutsie n’a pas non plus été épargnée par le M23 en
matière de recrutements forcés, y compris d’enfants, dans les camps de
réfugiés17
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_17_44395
. »
Mais alors qu’est-ce qui motive l’offensive rwandaise ? Plus sûrement, la
volonté du pays de conforter sa position d’acteur de premier plan sur le
marché des matières premières. Le Rwanda a fait de l’exportation de métaux
précieux son principal moteur de croissance. Sa puissance économique et
géostratégique et ses appuis occidentaux en dépendent. Le gouvernement
s’est fixé pour objectif de doubler ses revenus d’exportation de minéraux
pour atteindre 1,5 milliard de dollars en 202418
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_18_44395.
En 2019, le pays a ouvert sa première raffinerie d’or, Aldango Ltd. Elle
est dimensionnée pour traiter plus de 70 tonnes par an, quand les mines du
pays en produisent autour de 300 kg19
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_19_44395.
Cet or est exporté vers les Émirats arabes unis, l’Inde et la Suisse.
Le Rwanda a fait de l’exportation de métaux précieux son principal moteur
de croissance.
Les investisseurs occidentaux comptent aussi sur le pays. L’UE est le
principal financeur étranger du Rwanda, avec des investissements atteignant
210 millions de dollars en 2022. Avec son aide, Kigali est en train de
devenir le centre métallurgique de la région des Grands Lacs. En 2018, une
entreprise d’intelligence artificielle polonaise domiciliée à Malte, Luma
Holdings, a racheté l’unique fonderie d’étain du pays, qui avait fermé ses
portes en 2005 faute de matière première. En co-propriété avec l’État
rwandais qui détient un quart des parts, elle vise à fournir le marché des
véhicules électriques, de la robotique et de l’IA. La fonderie dispose d’un
second haut-fourneau qu’elle espère mettre en service si elle parvient à
doubler son approvisionnement en minerai d’étain (passer de 360 à
720 tonnes par mois)20
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_20_44395
.
[image: image.png] Conseil d’administration de l’entreprise Luma Holdings,
qui vise à fournir le marché des véhicules électriques, de la robotique et
de l’IA.
En 2017, l’entreprise britannique Power Resources, domiciliée à Malte, a
investi dans la construction d’une fonderie de tantale. Si elle prévoit
aussi de développer l’extraction de coltan au Rwanda, ses besoins en
matière première risquent d’être conséquents, puisque la même entreprise a
construit en 2017 une fonderie de tantale en Macédoine. Elle a signé dès
son lancement un contrat d’approvisionnement avec Apple21
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_21_44395.
Power Resources a ensuite racheté Metalysis, une entreprise installée près
de Sheffield, en Angleterre, qui fournit des poudres et alliages
métalliques pour l’impression 3D, étroitement liée à la Défense anglaise et
à des groupes d’armement comme Safran22
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_22_44395
.
Pour aller plus loin, vous pouvez lire aussi dans Terrestres « « ChatGPT,
c’est juste un outil! » : les impensés de la vision instrumentale de la
technique »
https://www.terrestres.org/2025/06/28/chatgpt-cest-juste-un-outil/ d’Olivier
Lefebvre, juin 2025.
« RWANDA, VOTRE PORTE D’ENTRÉE EN AFRIQUE »
En 2021, le M23 s’est reformé après sa défaite de 2012 et a commencé à
annexer des territoires du Kivu en prenant possession des carrés miniers.
En juin 2022, il a envahi Bunagana, une cité stratégique située à 60 km de
Goma, la capitale du Nord-Kivu. Le président Kagame a beau nier
l’implication directe de l’armée rwandaise au sein du M23, elle est
établie : le Rwanda viole l’intégrité territoriale du pays voisin. En juin
2023, tandis que le M23 continue son offensive, avec l’appui évident de
l’armée rwandaise, une centaine d’entreprises européennes se réunissent à
Kigali pour un « EU Business Forum » coorganisé par l’UE et le gouvernement
du Rwanda. On y rencontre le patron polonais de Luma Holdings, ainsi que le
directeur général des partenariats de la Commission européenne. Le titre du
forum est évocateur : « Rwanda, your gateway to Africa » (« Rwanda, votre
porte d’entrée en Afrique »). De fait, tout indique que ces investissements
visent à faire du Rwanda une porte d’entrée vers la région du Kivu pour
intercepter les minerais avant qu’ils ne partent dans les circuits de vente
asiatiques, et donc à concurrencer la Chine. Le but est de casser les
monopoles chinois sur les matières premières afin d’offrir de nouvelles
chaînes d’approvisionnement aux entreprises européennes.
Le M23 poursuit son annexion du Kivu face à des soldats congolais peu payés
et souvent corrompus. Les soldats kenyans, burundais et ougandais de
l’armée de la Communauté d’Afrique de l’Est, formée en 2022, ont dû battre
en retraite23
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_23_44395.
Ils sont suivis quelques mois plus tard par le contingent sud-africain de
la Force de la Communauté de développement de l’Afrique australe24
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_24_44395.
En décembre 2023, le rapport d’experts de l’ONU établit que « les
opérations au Nord-Kivu ont été conçues et coordonnées par le général James
Kabarebe, actuellement conseiller du Président du Rwanda pour les questions
de défense et de sécurité. » Les observateurs constatent un « recours
systématique au travail forcé » dans les zones occupées par le M23 et des
dizaines de viols commis par ses combattants et des soldats rwandais, y
compris sur des mineures. Il conclut : « L’objectif des opérations
militaires de la RDF (armée rwandaise) sur le territoire congolais est de
renforcer le M23 en lui fournissant des troupes et du matériel et de
l’utiliser pour prendre le contrôle des sites miniers. »25
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_25_44395
.
Le but est de casser les monopoles chinois sur les matières premières afin
d’offrir de nouvelles chaînes d’approvisionnement aux entreprises
européennes.
Pourtant, malgré cette conclusion limpide, deux mois plus tard, la
Commission européenne signe avec le Rwanda ce fameux partenariat sur les
métaux, assorti d’un plan d’investissement de 900 millions d’euros. Le
Rwanda vient d’annoncer fièrement que ses revenus miniers sont « montés en
flèche, passant de 71 millions de dollars en 2010 à 1,1 milliard en 2023 ».
Bien sûr, cette ascension fulgurante n’a officiellement aucun rapport avec
les conquêtes du M23 au Kivu. Selon le Bureau des mines, l’augmentation de
43 % entre 2022 et 2023 serait « due à une croissance de la valeur ajoutée
et des investissements dans la mécanisation, ainsi que par la mise en œuvre
stratégique de pratiques minières responsables et durables ». Des efforts
que l’accord minier semble récompenser : sur le papier, il vise à rien de
moins que « le renforcement du devoir de vigilance et de la traçabilité, la
collaboration dans la lutte contre le trafic illicite de matières premières
et l’alignement sur les normes internationales en matière environnementale,
sociale et de gouvernance »26
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_26_44395
.
[image: image.png]Carte : Division géographique de la direction des
Archives du ministère des Affaires étrangères et européennes, novembre 2008.
UNE VASTE OPÉRATION DE BLANCHIMENT
Pour les personnes qui s’intéressent aux minerais de conflit dans le Kivu,
ce dernier passage a dû sembler, non pas seulement déconcertant, mais
parfaitement loufoque. Le gouvernement de Paul Kagame peut-il être un
partenaire dans la lutte contre le trafic illicite de matières premières ?
Non seulement les rapports semestriels de l’ONU ont montré depuis plus de
vingt ans qu’il était complice et bénéficiaire de la guerre des métaux au
Kivu, mais en avril 2022, l’ONG anglaise Global Witness a publié une
enquête accablante sur la question. Le document d’une centaine de pages,
fruit d’une investigation de terrain et de deux ans de travail, s’intitule *The
ITSCI Laudromat* (« La laverie ITSCI »). Il s’est intéressé au programme
« ITSCI », un système de traçabilité mis en place pour lutter contre
l’importation de coltan, d’étain et de tungstène au profit des groupes
armés.
Le programme ITSCI a été créé il y a une quinzaine d’années, justement
parce que l’accumulation de rapports sur le Congo décrivant les massacres
sur fond de trafic de minerais commençait à ternir l’image de marque des
entreprises de la Silicon Valley. En 2010, le gouvernement Obama vote la
loi Dodd-Frank (destinée à discipliner la finance après la crise des
subprimes) qui contient un article sur les « minerais de conflit ». Toute
entreprise qui utilise dans ses produits de l’étain, du tantale ou du
tungstène (les « 3T », en anglais) devra désormais auditer sa chaîne
d’approvisionnement pour s’assurer que les minéraux ne proviennent pas des
bandes armées du Kivu. Au Rwanda, l’association du commerce mondial de
l’étain met alors en place ITSCI pour étiqueter les minerais extraits dans
la région des Grands Lacs. Jusqu’à aujourd’hui, c’est sur cet étiquetage
que se reposent la plupart des grandes marques pour justifier la provenance
des 3T composant leurs appareils.
L’ONG Global Witness a montré que le programme « ITSCI », un système de
traçabilité mis en place pour lutter contre l’importation de métaux au
profit des groupes armés, fonctionne en fait comme un système de
blanchiment.
Pourtant, dès 2012, les experts de l’ONU considèrent ce système comme
inopérant : « La crédibilité du système rwandais de certification des
minerais est menacée par le blanchiment de produits miniers congolais, les
certificats d’origine étant couramment vendus par les coopératives
minières, écrivent-ils. Plusieurs négociants ont financé le M23 au moyen
des bénéfices qu’ils tirent de la contrebande de minerais d’origine
congolaise au Rwanda27
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_27_44395
. »
Ce que démontre Global Witness dix ans plus tard, ce n’est pas qu’ITSCI ne
fonctionne pas, c’est qu’il fonctionne comme un système de blanchiment. Il
a été fondé par un proche de Paul Kagame qui supervisait les opérations
minières du Congo Desk, le Britannique David Bensusan. Directeur général de
Minerals Supply Africa (MSA) et réputé à Kigali le « roi du commerce », il
commerçait un tiers de tous les 3T du Rwanda. Décédé en 2021, Bensusan
aurait souvent affirmé avoir fondé ITSCI avec le Général James Kabarebe,
ex-ministre de la Défense du Rwanda et actuel conseiller de Paul Kagame.
« Au Rwanda, dès le début, écrivent les enquêteurs, le système ITSCI semble
avoir été utilisé pour blanchir d’énormes volumes de minerais introduits en
contrebande depuis la RDC, ce qui a permis au Rwanda de continuer à
profiter des ressources du pays voisin. Certaines sources proches de
l’industrie considèrent que le blanchiment de minerais frauduleux de la RDC
au Rwanda serait la véritable raison d’être du programme ITSCI. »
Un autre négociant de 3T au Rwanda, l’homme d’affaires suisse Chris Huber,
a même créé un système de « mines factices » en utilisant des carrières
désaffectées. Global Witness a interviewé un jeune ingénieur recruté un
temps par ITSCI, qui raconte : « Tous les deux mois, des hommes du
voisinage étaient réunis et habillés en mineurs avec des casques pour
donner l’impression que les mines étaient actives. Une fois quelques photos
prises, on les renvoyait chez eux. » En 2020 et 2021, en visitant les mines
d’où étaient censés provenir les métaux exportés par le Rwanda, les
enquêteurs de Global Witness et de l’ONU les ont trouvées « à l’abandon »,
« sans aucune trace d’activité » ou très peu exploitées. Elles servaient
manifestement au stockage et à l’étiquetage des minerais revendus par les
groupes armés.
La Commission européenne a signé, en toute connaissance de cause, un accord
de recel.
Mais dans tous les cas, en février 2024, au moment de la signature de cet
accord minier, l’avancée du M23 au Kivu a fait voler en éclats la façade
qui aurait permis de prétendre à une quelconque traçabilité des minerais au
Rwanda. Dès mars 2023, les fonctionnaires d’ITSCI ont été obligés de
déclarer la suspension du programme dans toute la région de Masisi,
occupée. À mesure de l’avancée des troupes de l’Alliance du Fleuve Congo28
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_28_44395
et
du M23, les sites miniers supposés être « garantis sans conflit » sont
annexés par le groupe rebelle et les troupes rwandaises en violation
flagrante des lois internationales. La Commission européenne a signé, en
toute connaissance de cause, un accord de recel.
UTILISER LES CONFLITS ETHNIQUES POUR INVISIBILISER LA QUESTION DES MINERAIS
« Qu’est-ce que vous voulez ? Vous les avez déjà obtenues, vos
indépendances, non ? », s’est écrié un habitant de la banlieue de Mulhouse
qui promenait son chien, à la vue des drapeaux congolais et des marcheurs
et marcheuses à la peau noire. En ce 1er juillet 2024, au lendemain du
premier tour des élections législatives où le Rassemblement national est
arrivé en tête, ils sont une vingtaine à traverser l’est de la France.
Partie de Besançon à destination du Parlement européen de Strasbourg, cette
marche contre l’extractivisme est organisée par l’association Génération
lumière, fondée par des jeunes de la diaspora congolaise en France29
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_29_44395.
Elle revendique l’annulation du partenariat Rwanda-UE pour les métaux et un
embargo sur l’achat de matières premières en provenance du Kivu. « Depuis
que je suis enfant, raconte David Maenda Kithoko, co-fondateur de
l’association, j’entends des Européens expliquer que la guerre en RDC a des
causes “très complexes”, que ce sont des conflits ethniques et fonciers ».
Il est originaire d’Uvira, une ville du Sud-Kivu d’un demi-million
d’habitants sur les rives du lac Tanganyika. Après son arrivée en France,
il a étudié les sciences politiques. « J’ai été réfugié au Rwanda, j’ai
plein de potes rwandais. Avec cette ethnicisation du conflit, on nous monte
les uns contre les autres. Notre point de vue, à Génération lumière, c’est
qu’on met toujours en avant ces conflits dits ethniques pour invisibiliser
la question des minerais. En répétant que cette situation a des racines
historiques et culturelles complexes (comme toute situation), on brouille
les causes simples sur lesquelles on peut agir depuis l’Europe. »
[image: image.png] Marche de l’association Génération Lumière
https://generationlumiere.fr/ contre l’extractivisme pour la paix en
République Démocratique du Congo.
La signature de l’accord minier UE-Rwanda début 2024 coïncide avec une
amplification historique de l’offensive rwandaise au Kivu. En avril 2024,
le groupe d’experts de l’ONU note que « le M23 et la RDF [armée rwandaise]
ont renforcé leurs opérations conjointes grâce à des technologies et du
matériel militaires de pointe ». L’armée rwandaise a déployé 3000 soldats
et « contrôle de facto les opérations du M23 » qui visent « l’expansion
territoriale et l’occupation et l’exploitation à long terme des territoires
conquis ». Leur « zone d’influence [est] la plus vaste jamais enregistrée,
représentant une augmentation de 70 % par rapport à novembre 2023, y
compris de nouvelles zones qu’ils n’avaient jamais contrôlées auparavant ».
Goma, la capitale régionale du Kivu, abritant plus d’un million
d’habitants, est encerclée. La coalition « contrôle la ville de Rubaya et
toute la zone minière autour de Rubaya, où le coltan, l’étain et le
manganèse continuent d’être extraits », mais aussi les « centres de négoce
à Rubaya et Mushaki ainsi que des routes de transport des minéraux de
Rubaya au Rwanda, où ceux-ci [sont] mélangés à la production rwandaise.
Selon ces mêmes experts, « Il s’agit de la contamination la plus importante
jamais enregistrée des chaînes d’approvisionnement par des minéraux « 3T »
(étain, tantale et tungstène) non certifiés, dans la région des Grands
Lacs, ces dix dernières années ».
La signature de l’accord minier UE-Rwanda début 2024 coïncide avec une
amplification historique de l’offensive rwandaise au Kivu.
L’équipe de l’ONU insiste sur le fait que « l’extraction frauduleuse, le
commerce et l’exportation vers le Rwanda des minéraux de Rubaya ont
bénéficié à la fois à la coalition AFC-M23 et à l’économie rwandaise. Le
M23 a mis en place une véritable « administration minière » dans les
territoires occupés, la seule mine de coltan de Rubaya rapportant 800
000 dollars par mois au M23. De toute évidence, le gouvernement rwandais a
interprété l’accord minier européen comme une validation de son annexion du
Kivu.
Pourtant, les mois suivants, alors que le M23 poursuit ses exactions,
l’accord n’est pas remis en cause. À la veille de la commémoration du
génocide des Tutsis au Rwanda, une délégation française vient signer à
Kigali un plan d’investissement de 400 millions d’euros pour la
période 2024-2028. En novembre 2024, le Conseil de l’Europe vote le
versement d’une deuxième tranche d’aide militaire de 20 millions d’euros au
Rwanda dans le cadre de la Facilité européenne pour la paix. Ces fonds sont
officiellement destinés au déploiement de troupes rwandaises en Mozambique
pour combattre la rébellion islamiste, qui menace un gigantesque projet de
gaz naturel liquéfié de Total et Exxon Mobil (il a été calculé que ce
projet émettrait entre 3,3 et 4,5 milliards de tonnes de CO2, soit plus que
l’Union européenne en une année). Comment le financement de l’armée
rwandaise pourrait-il ne pas financer l’offensive au Kivu ? Cette aide
militaire « pour la paix » est critiquée de toutes parts, mais maintenue.
Alors que le M23 poursuit ses exactions, l’accord minier européen n’est pas
remis en cause.
Janvier 2025. L’Alliance Fleuve Congo-M23 occupe Goma, la capitale
régionale. Aux côtés de l’armée congolaise, les Casques bleus de la Monusco
ont échoué à défendre la ville, tout comme les mercenaires roumains
embauchés par le gouvernement de RDC via une société de sécurité française30
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_30_44395.
En février, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution demandant
au Rwanda de cesser tout appui au M23 et de retirer immédiatement, sans
condition, ses troupes déployées en RDC31
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_31_44395.
Au Royaume-Uni, le gouvernement de Keir Starmer prend des sanctions contre
le Rwanda en raison de son soutien au M2332
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_32_44395.
Le Parlement européen vote enfin une résolution pour condamner
« l’inacceptable violation de la souveraineté de la RDC » et exiger la
« suspension immédiate » du partenariat sur les métaux. Il demande aux pays
membres, à l’UE et aux institutions financières, le gel de tous les budgets
destinés au Rwanda. Mais l’exécutif européen s’y refuse toujours. Au
Conseil de l’Europe, dont les décisions se prennent à l’unanimité, le
Luxembourg s’est opposé à la décision. Quelques semaines plus tard, l’ONG
Global Witness révèle que l’entreprise Traxys, un géant mondial du négoce
de matières premières dont le siège est au Luxembourg, « a augmenté ses
achats de coltan au Rwanda en 2023 et est devenue l’un des plus gros
acheteurs de coltan du pays en 2024 ». Dès 2021, Traxys avait créé un
pôle « 3T » en embauchant une équipe spécialisée comprenant un négociant de
Kigali.
[image: image.png] Site web de Traxys, géant mondial du négoce de matières
premières
Pendant ce temps, dans Goma occupée par le M23, un prêtre de la ville
témoigne : « Le pillage, le viol et les exactions perpétrées par des hommes
armés de diverses factions ont creusé de profondes cicatrices. Plus de cent
jours après les combats, les blessures restent à vif, dans les corps et la
mémoire collective de la population. La liberté d’expression, la dignité
humaine, le droit à la vie et à la paix ont été brutalement violés.
Aujourd’hui, la terreur est imposée par les tirs et les tabassages. Le
système judiciaire s’est effondré. Les tribunaux ont été remplacés par des
centres de détention qui, en pratique, fonctionnent comme des chambres de
torture33
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_33_44395
. »
Pour aller plus loin, vous pouvez lire aussi dans Terrestres « Économie
numérique : la mue du système capitaliste contemporain »
https://www.terrestres.org/2021/05/17/economie-numerique-la-mue-du-capitalisme-contemporain/
d’Hélène
Tordjman, mai 2021.
KOBOLD METALS ET LA SILICON VALLEY : LE RETOUR DE L’IMPÉRIALISME ÉTATSUNIEN
Au printemps 2025, un an après la signature de l’accord minier, l’armée
rwandaise et le M23 ont annexé en RDC un territoire grand comme la moitié
du Rwanda qui comprend les principales zones minières du Kivu : les
gisements d’or, de tantale et d’étain. Le Premier ministre rwandais annonce
que l’État a dépassé ses objectifs d’exportation de minéraux pour
l’année 2024, avec un revenu de 1,7 milliard de dollars, contre
373 millions en 2017. Les États-Unis ont pris quelques sanctions : l’Office
de contrôle des actifs étrangers a gelé les avoirs et interdit les
transactions financières de plusieurs personnalités liées au M23, comme
James Kabarebe, ancien ministre de la Défense du Rwanda et actuel
conseiller spécial du président Paul Kagame, sanctionné pour son soutien
armé au M23, et Lawrence Kanyuka Kingston, porte-parole officiel de
l’AFC-M23. Sont aussi visées deux entreprises, « Kingston Fresh Ltd
(Royaume-Uni) et Kingston Holding SAS (France), deux sociétés-écrans
accusées de participer au commerce illégal de minerais extraits des zones
sous contrôle du M23, écrit l’agence étatsunienne. Ces entreprises auraient
facilité l’exportation d’or et de coltan, en contournant les mécanismes de
traçabilité internationaux et en fournissant au M23 un financement
indispensable à son expansion militaire34
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_34_44395
. »
Finalement, après les premières sanctions américaines et sous la pression
des parlementaires européens, en mars 2025, le Conseil de l’UE a gelé les
avoirs et interdit le séjour en Europe de huit dirigeants du M23 et du
directeur général de l’Office rwandais des mines accusé de « commerce
illicite de ressources naturelles ». La raffinerie d’or de Kigali, Aldango
Ltd, est sanctionnée35
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_35_44395.
Mais à ce jour, ni l’accord minier avec le Rwanda ni les centaines de
millions d’euros d’investissements européens n’ont été suspendus. Le
gouvernement français n’a pris aucune mesure contre la « Kingston
Holding », qui n’est autre que l’entreprise du porte-parole de l’Alliance
Fleuve Congo-M23, Lawrence Kanyuka Kingston. « Elle a son siège à Paris,
rue St Honoré, depuis 2017, s’insurge David Maenda Kithoko. Les services de
sécurité français ne savent-ils pas qu’il dirige une bande armée qui est en
train de tuer des Congolais dans cette région-là ? »
Les décisions politiques ayant conduit au génocide de 1994 sont aujourd’hui
reproduites à l’identique.
Emmanuel Macron soigne sa relation avec Paul Kagame, qu’il présente comme
une solidarité post-génocide. Pourtant, les décisions politiques ayant
conduit au génocide de 1994 sont aujourd’hui reproduites à l’identique.
Pour utiliser le Rwanda comme « porte d’entrée » en Afrique de l’Est et
protéger ses intérêts industriels, l’État français a choisi en toute
connaissance de cause de prendre le parti de l’agresseur.
Une autre conséquence de cet impérialisme minier européen est d’avoir
permis aux États-Unis de regagner leur influence dans la région des Grands
Lacs. Car le M23, armé par les fonds publics européens, a jusqu’ici vaincu
toutes les forces armées chargées de protéger l’intégrité territoriale de
la RDC et de faire respecter les accords de paix. Alors la valse des mafias
impériales se poursuit au Congo. En avril 2025, en désespoir de cause, le
gouvernement congolais a lancé un appel à l’administration Trump pour lui
proposer un accord « minerais contre soutien militaire » sur le modèle de
l’accord conclu avec l’Ukraine pour les terres rares. Proposition à
laquelle l’exécutif étatsunien s’est empressé de répondre, puisque l’une de
ses priorités est justement de regagner l’accès aux mirifiques gisements de
cuivre et de cobalt du Katanga, au sud de la RDC, dont les entreprises
occidentales ont été privées suite à un accord minier RDC-Chine en 2007.
Donald Trump a donc négocié l’accord en compagnie d’Erik Prince, le
fondateur de Blackwater, l’entreprise de mercenaires qui s’est illustrée
pendant la guerre en Irak. Quelques jours plus tard, une entreprise minière
étatsunienne nommée KoBold a annoncé qu’elle venait d’obtenir l’un des
principaux gisements de lithium de la RDC, pourtant revendiqué par une
entreprise chinoise, Zijin Mining. Pur produit de la ruée minière portée
par la Silicon Valley, KoBold est principalement financée par Jeff Bezos
(Amazon), Bill Gates (Microsoft) et Sam Altman (Open IA, l’entreprise de
Chat GPT)36
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_36_44395
.
[image: image.png] Site Internet de KoBold Metals.
Mais pas plus que la Commission européenne, le gouvernement des États-Unis
ne cherche à faire cesser l’expansionnisme du Rwanda. Telle est la loi
d’airain des impérialismes : ne jamais suspendre ses intérêts à la victoire
de l’un ou l’autre camp. En juin 2025, Donald Trump chapeaute la signature
d’un accord de paix RDC-Rwanda tout en officialisant avec Kigali un accord
minier pour l’importation d’étain, de tantale et de tungstène. Cet accord
est justifié dans les mêmes termes fabuleusement hypocrites que la
Commission européenne en 2024 : il vise à « renforcer la traçabilité des
minerais de conflits »37
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#footnote_37_44395.
Ce faisant, les États-Unis s’inscrivent dans la continuité de leur
politique étrangère dans la région : ménager eux aussi leur porte d’entrée
vers les gisements du Kivu en entretenant l’impunité du Rwanda. À ce jour,
Kigali continue de nier sa responsabilité dans l’annexion du Kivu, qui se
poursuit, au mépris du droit international, du traité de Luanda et de la
résolution 2773 des Nations Unies.
Si l’on s’en tient aux événements qui se sont déroulés au Kivu en
2023-2025, la responsabilité de l’Union européenne est accablante.
Pouvons-nous, depuis l’Europe, nous borner à constater que cette guerre —
l’une des guerres les plus dévastatrices du continent africain depuis
30 ans — est « très complexe », qu’elle a des « causes multiples » liées à
l’histoire locale et coloniale sur lesquelles nous ne saurions nous
prononcer ? Si l’on s’en tient aux événements qui se sont déroulés au Kivu
en 2023-2025, la responsabilité de l’Union européenne est accablante. Sa
stratégie impériale a consisté à se brancher sur une économie de guerre
pour en capter le butin avant les puissances concurrentes. Qu’elles
produisent des avions, des armes, des satellites ou des objets connectés,
les entreprises européennes en sont responsables, non seulement en tant que
bénéficiaires, mais aussi parce qu’elles font pression sur nos dirigeants
pour qu’ils assurent notre soi-disant « souveraineté minérale » :
c’est-à-dire, en réalité, pour qu’ils mènent des politiques impériales de
façon à leur fournir les matières premières dont elles ont besoin.
C’est ainsi que des régions et des pays entiers se retrouvent piégés dans
un destin extractiviste. Dans le meilleur des cas, dans une mono-industrie
minière exclusive, destructrice et corruptrice. Dans le pire des cas, comme
au Kivu, dans un cauchemar interminable de massacres, de viols et de
travaux forcés.
——————————
Image d’accueil : Mine de coltan de Luwowo près de Rubaya, Nord-Kivu, mars
.
NOTES
depuis juin 2022.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_1_44395
]
basée à Rome, 27 mars 2025.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_2_44395
]
comme des mines européennes.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_3_44395
]
Internal Market, Industry, Entrepreneurship and SMEs, European Commission.
[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_4_44395
]
Materials Value Chains”
https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/pl/ip_24_822,
European Commission.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_5_44395
]
suivantes. Voir aussi *Mining and illicit trading of coltan in the
Democratic Republic of Congo*, Rapport ENACT, mars 2022. Audrey
Weerts. « Ressources
naturelles au Kivu : vers l’institutionnalisation du pillage ? »
2013 (document pdf). Patrick Martineau, « La Route commerciale du coltan
congolais : une enquête »
https://www.ieim.uqam.ca/IMG/pdf/Martineau_coltan.pdf, 2003 (document
pdf).[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_6_44395
]
efforts de la République démocratique du Congo en faveur de la production
d’or sans *conflit »
https://impacttransform.org/wp-content/uploads/2020/09/The-Intermediaries_Sept-2020_FR-web.pdf,
2020, p. 26 (document pdf). Voir aussi “Rwanda, record gold exports but
under accusation for links to conflicts in the DR Congo”
, Focus on Africa, avril 2025.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_7_44395
]
Grands Lacs africains. Conflits armés, pillage des ressources naturelles et
violence extrêmes dans l’est du Congo »
Institut congolais d’études avancées (ICEA), octobre 2024, Kinshasa,
Congo–Kinshasa (document pdf).[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_8_44395
]
le rôle de la France », dans Thomas Borrel et al. (éds.), *Une
histoire de la Françafrique. L’Empire qui ne veut pas mourir*, 2023,
chap. 9, p. 761 et suiv.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_9_44395
]
propos des Grands Lacs se rappellent à l’ancien colon »
, Mediapart, 18 mai 2025.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_10_44395
]
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_11_44395
]
« Estimates
and Determinants of Sexual Violence Against Women in the Democratic
Republic of Congo »
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3093289/, *American
Journal of Public Health*, 101(6) : pp. 1060-1067, juin 2011.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_12_44395
]
of Congo »
https://www.cfr.org/global-conflict-tracker/conflict/violence-democratic-republic-congo
, Global conflict tracker, 9 juin 2025.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_13_44395
]
Unies sur la République démocratique du Congo, 2001.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_14_44395
]
moderne*, 2012, p. 163.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_15_44395
]
refusant l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda. Pour certains
observateurs, le M23 n’est autre qu’une force rwandaise maquillée en
mouvement congolais.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_16_44395
]
https://www.contretemps.eu/rdc-goma-m23-rwanda-guerre/, Contretemps,
février 2025.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_17_44395
]
https://www.newtimes.co.rw/article/13414/news/economy/2023-recap-a-look-at-rwandas-mineral-returns
, The New Times, décembre 2023.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_18_44395
]
efforts de la République démocratique du Congo en faveur de la production
d’or sans conflit* »
https://impacttransform.org/wp-content/uploads/2020/09/The-Intermediaries_Sept-2020_FR-web.pdf,
2020, p. 26 (document pdf).[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_19_44395
]
Katarzyna Janik et Sławomir Kozłowski, “Development of tin metallurgy in
Rwanda” https://doi.org/10.37904/metal.2022.4439, *Proceedings 31st
International Conference on Metallurgy and Materials*, novembre 2022.
Voir aussi Annemarie Roodbol, “Investing in a smelter in Rwanda”
https://www.miningreview.com/event-news/luma-holding-investing-in-a-rwandan-smelter/
, Mining review Africa, septembre 2019.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_20_44395
]
https://koha.mk/en/kompania-apple-do-te-furnizohet-me-materiale-nga-gostivari/
, Koha, 2017.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_21_44395
]
https://www.mining.com/web/power-resources-buys-woodford-backed-metalysis/
, Mining.com, 2019 ; Tom Austen, “News: Metalysis and the Ministry of
Defence”
https://www.rothbiz.co.uk/2018/04/news-5992-metalysis-and-ministry-of.html
, Rotherham Business News, avril 2018.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_22_44395
]
the fight against M23 »
, African Arguments, février 2025.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_23_44395
]
pour lutter contre l’avancée du M23 »
, Le Potentiel, décembre 2023.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_24_44395
]
République démocratique du Congo, 2023.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_25_44395
]
protocole d’accord sur les chaînes de valeur durables pour les matières
premières »
février 2024.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_26_44395
]
démocratique du Congo, 2012.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_27_44395
]
décembre 2023 autour du M23. Les experts de l’ONU le considèrent comme une
vitrine politique de l’offensive rwandaise, servant à « légitimer le M23 et
ses revendications, tout en minimisant le rôle du Rwanda dans la crise ».
Voir le « Rapport final du Groupe d’experts sur la République
démocratique du Congo » https://docs.un.org/fr/s/2024/432 du Conseil
de sécurité des Nations Unies document pdf).[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_28_44395
]
plaidoyer pour la paix en République démocratique du Congo et contre
l’extractivisme »
https://generationlumiere.fr/campagne-contre-lextractivisme/.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_29_44395
]
(in Goma DRC, and Bucharest, Romania), “Supermarket guards, truck
drivers and ‘very big mistakes’: the failed role of western mercenaries in
the fall of Goma”
, The Guardian, mars 2025.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_30_44395
]
(document pdf). Voir l’analyse juridique d’Alfred Reboul, « Sanctions
internationales contre le Rwanda et le M23 : entre condamnation unanime et
divergences stratégiques »
, Le monde du droit, mars 2025.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_31_44395
]
https://www.gov.uk/government/news/uk-statement-on-response-to-the-situation-in-eastern-drc,
Commonwealth & Development Office, février 2025.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_32_44395
]
of liberated Goma” »
, Agenzia fides, mai 2025.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_33_44395
]
M23 : entre condamnation unanime et divergences stratégiques »
, Le monde du droit, mars 2025.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_34_44395
]
une entité supplémentaires sur la liste »
communiqué de presse du Conseil de l’Union européenne, mars 2025. Mission
de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RD Congo
https://monusco.unmissions.org/militaire.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_35_44395
]
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_36_44395
]
Metals”
https://www.mining.com/us-establishes-new-tin-supply-chain-in-deal-with-rwandas-trinity-metals/
, Mining.com, mai 2025.[↩
https://www.terrestres.org/2025/07/05/la-banalite-de-lempire-laccord-ue-rwanda/#identifier_37_44395
]
Les guerres du Kivu en République démocratique du Congo : 1994-2025
1994 Génocide au Rwanda. Le parti de Paul Kagamé l’emporte sur les
extrémistes Hutus. Repli des géocidaires au Kivu.
1995 Création des Allied Democratic Forces (ADF), groupe armé ougandais
affilié à l’État islamique
1996-1997 1ère guerre du Congo. Chute de Mobutu au Congo-Zaïre (actuelle
RDC) après 32 ans de dictature soutenue par la France. Arrivée au pouvoir
de Laurent-Désiré Kabila avec l’appui du Rwanda (et du secteur minier
occidental)
1998-2003 2ème guerre du Congo. Laurent-Désiré Kabila fait scission avec le
Rwanda. Rébellion au Kivu soutenue par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi
2000 Le Conseil de sécurité de l’ONU crée un groupe d’experts posté au Kivu
pour surveiller les groupes armés et « réunir des informations sur toutes
les activités relatives à l’exploitation illégale des ressources
naturelles »
2001 En RDC, arrivée au pouvoir de Joseph Kabila, fils de Laurent Désiré
Kabila
2004-2009 Guerre au Kivu. Le Rwanda soutient l’offensive du Congrès
national pour la défense du peuple (CNDP) en RDC
2007 Accord minier RDC-Chine portant notamment sur l’extraction de cuivre
et de cobalt au Katanga (sud du pays) et de diamants (province du Kasaï)
2010 Loi Dodd-Frank (USA) sur les minerais de conflit
2012-2013 Guerre au Kivu. Création du M23 (issu d’une scission du CNDP),
vaincu en 2013
2016 Félix Tshisekedi devient président de RDC après des élections
(truquées)
2017 Au Rwanda, Power Resources (GB) investit dans une fonderie de tantale
2018 Au Rwanda, Luma Holdings (Pologne) investit dans la fonderie d’étain
en copropriété avec l’État
2019 Au Rwanda, création d’une raffinerie d’or
2021 Début de la nouvelle offensive du M23 au Kivu
2022 Annexion de la ville de Bunagana par les troupes du M23
2023 Accord de coopération entre la RDC et le Bureau des recherches
géologiques et minières (BRGM), France
Février 2024 Accord minier UE-Rwanda
Juillet 2024 En France, l’association Génération Lumière organise une
marche contre l’extractivisme
Décembre 2024 Accord minier UE-RDC
Janvier 2025 Annexion de la ville de Goma par le M23
Mai 2025 Accord minier USA-Rwanda. Accord de défense + mines USA-RDC
[image: image.png] Instagram de Gencost.